LA NUIT DES ROIS, William ShakespeareFiche de lecture

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Une comédie des erreurs

Shakespeare reprend à son compte plusieurs sources italiennes et anglaises, mais, à son habitude, pour les transformer de manière radicale. Ainsi ses sources du xvie siècle (Bandello notamment) comprennent toutes les éléments stéréotypés d'une intrigue comique marquée par l'influence de Plaute : un amant malheureux, une héroïne déguisée en page qui tombe amoureuse du premier, son frère jumeau, une seconde héroïne, amoureuse du jeune page – qui est amené à jouer les intermédiaires entre son maître et la belle –, un naufrage, des confusions d'identités... Mais si Shakespeare semble accepter ces conventions, c'est pour mieux les transformer, en insufflant à ses personnages une vérité psychologique absente des modèles. Viola, notamment, véritable pivot de la pièce, devient l'un de ces personnages féminins inoubliables dont Shakespeare a le secret. Image du deuil inconsolable lorsqu'elle croit perdre son frère jumeau Sébastien dans un naufrage au début de la pièce, elle incarne ensuite l'amour véritable et adulte face aux errements des autres personnages, et en particulier ceux de l'homme qu'elle aime, le duc Orsino, dont la mélancolie pétrarquisante donne à la pièce une tonalité lyrique – mais aussi quelque peu comique – dès la première scène : « Si la musique est nourriture d'amour, joue encore,/ Donne-m'en à l'excès afin que, rassasié,/ Mon appétit languisse et meure./ Encore cette mélodie, elle avait une cadence mourante... »

Tous les amants – Orsino, la comtesse Olivia amoureuse d'une illusion (Viola qui s'est travestie en page et a pris le nom de Cesario pour entrer au service d'Orsino), Sir Andrew Aguecheek le fat coureur de dot, ou Malvolio, l'intendant puritain amoureux de sa maîtresse – sont en effet caractérisés par une forme de folie amoureuse qui relève de l'aveuglement sur soi et sur le monde.

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Écrit par :

  • : agrégée d'anglais, ancienne élève de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, maître de conférences à l'université de Paris-VIII-Saint-Denis

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SHAKESPEARE WILLIAM

  • Écrit par 
  • Henri FLUCHÈRE
  •  • 8 219 mots
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Dans le chapitre « Le sourire d'Éros »  : […] Les comédies de Shakespeare, à elles seules, constituent un genre à part. Elles sont pourtant si différentes les unes des autres qu'elles défient toute classification, et que chacune mériterait son analyse et sa dénomination propres. Lorsqu'il commence à écrire des comédies, il y a, grosso modo, deux directions dans lesquelles il pouvait s'engager. L'une est la tradition farcique, dérivée du Moyen […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/william-shakespeare/#i_27895

Pour citer l’article

Line COTTEGNIES, « LA NUIT DES ROIS, William Shakespeare - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 août 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/la-nuit-des-rois/