LA MONNAIE ENTRE VIOLENCE ET CONFIANCE (M. Aglietta et A. Orléan)Fiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un nouveau paradigme pour la théorie monétaire

C'est à une définition théorique de la monnaie que Michel Aglietta et André Orléan s'attellent, quant à eux, dans La Monnaie entre violence et confiance (2002), qui renouvelle leur essai de 1982 La Violence de la monnaie. Le second ouvrage vient associer à l'hypothèse mimétique, qui sous-tendait l'essai original, les notions de confiance et de souveraineté. L'hypothèse de base est « qu'il n'est d'économie marchande que monétaire » ou, autrement dit, que le rapport marchand est nécessairement un rapport monétaire. La monnaie n'est donc pas introduite après coup pour sortir du troc et faciliter les échanges comme dans la pensée classique ; elle précède la société marchande ; elle est l'institution fondatrice qui permet à celle-ci d'exister. Elle ne procède ni de l'État, ni du contrat, mais d'une polarisation mimétique fondée sur un processus « d'élection-exclusion », à travers lequel les individus en situation de lutte généralisée (violence essentielle) expriment leur besoin de protection, de certitude, de société : « La recherche mimétique de la richesse par tous les agents débouche nécessairement sur la focalisation de tous les désirs de richesse sur un même bien. Cette polarisation unanime [élection] a pour conséquence de transformer la nature du bien élu en le mettant à distance des individus [exclusion]. » Dans cette genèse théorique de la monnaie, deux incidences fondamentales sont à relever. D'une part, l'objet élu acquiert la confiance collective et change de nature : on passe d'une forme privée et provisoire de la richesse à une forme sociale de la richesse, reconnue par tous, une institution. Peu importent ici les propriétés particulières de l'objet élu, cet objet est devenu monnaie parce que tout le monde l'a considéré ainsi ; la monnaie, comme la richesse, a une nature auto-référentielle. D'autre part, ce processus d'institutionnalisation confère à la monnaie une souveraineté qui la place à distance des individus ; en [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Jézabel COUPPEY, « LA MONNAIE ENTRE VIOLENCE ET CONFIANCE (M. Aglietta et A. Orléan) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/la-monnaie-entre-violence-et-confiance/