LA GRANDE GRAMMAIRE DU FRANÇAIS (A. Abeillé et D. Godard)Fiche de lecture

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Montrer la diversité d’une langue

Au total, l’intérêt majeur de la GGF réside moins dans le détail descriptif de chaque point de la langue que dans l’importance et la diversité des données de langue présentées et analysées : est ici donné à voir et à comprendre l’éventail des variétés et des usages que recouvre le terme de « langue française contemporaine ». Ainsi, le français se trouve décloisonné géographiquement, sociologiquement et par rapport aux jugements normatifs. Ce n’est pas seulement le français de France qui est abordé (y compris celui des départements et territoires d’outre-mer), mais aussi celui que l’on parle dans de nombreux pays francophones proches (Andorre, Monaco, Belgique, Suisse, Luxembourg) ou plus lointains (Québec, Haïti, pays d’Afrique noire…). C’est un français qui inclut les particularismes régionaux, lesquels se manifestent non seulement dans l’accent ou le lexique, mais aussi dans certaines constructions grammaticales jusqu’ici assez peu prises en compte. Ce n’est pas seulement le français standard (celui dit de la bourgeoisie ou des lettrés) assimilé à la norme, ce sont aussi les usages réputés vulgaires ou populaires. Enfin, ce n’est pas seulement le français des bons auteurs, écrit sur un registre formel, c’est aussi le français oral des conversations familières et des échanges informels (qui n’est pas pour autant relâché ou déficitaire) ou le français des écrits numériques comme les SMS ou les chats, qui présentent certaines spécificités (écriture compacte, abréviations, recours aux signes iconiques…). La prise en compte de cette diversité des variétés et des usages du français, présente de façon transversale tout au long des différents chapitres, donne lieu à des descriptions précises. On saluera en particulier ‒ chose quasiment unique dans une grammaire d’ensemble de la langue ‒ les nombreux exemples oraux assortis de leur transcription phonétique et de la courbe mélodique correspondante.

La GGF fournit ainsi au lecteur profane comme au linguiste confirmé une mine d’exemples et de réflexions révélateurs des multiples facettes de cette langue bien vivante qu’est le français contemporain. La parution de la GGF, grammaire d’un état de langue abordé exclusivement dans une perspective synchronique, vient donc à point nommé après celle, parue en 2020 chez De Gruyter Mouton, de La Grande Grammaire historique du français (GGHF), sous la responsabilité éditoriale de Christiane Marchello-Nizia, Bernard Combettes, Sophie Prévost et Tobias Scheer. Ces deux grammaires, assez comparables en taille, diffèrent sensiblement dans leur approche de la langue : si la GGF se présente comme empirique et descriptive, la GGHF tient à énoncer explicitement ses fondements théoriques et méthodologiques ; alors que la GGF se termine par la forme sonore des énoncés et les codes de l’écrit, la GGHF commence au contraire par la phonétique et les codes de l’écrit. Il reste que la parution à un an d’intervalle de ces deux monuments consacrés à la langue française, dans deux perspectives complémentaires (diachronique et synchronique), permet d’avoir désormais un panorama complet sur cette langue.

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Catherine FUCHS, « LA GRANDE GRAMMAIRE DU FRANÇAIS (A. Abeillé et D. Godard) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/la-grande-grammaire-du-francais/