LA GRANDE GRAMMAIRE DU FRANÇAIS (A. Abeillé et D. Godard)Fiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un état des lieux

L’objectif est de rendre compte de la diversité des usages contemporains du français ordinaire à l’écrit et à l’oral, en France et hors de France. C’est donc un état des lieux des pratiques usitées de la langue que se propose de dresser la GGF, grâce à l’exploitation de grands corpus numériques et de diverses bases de données. Les exemples sont tirés d’une variété de sources : littérature, journaux et revues, sites Internet ou SMS pour l’écrit ; radios et télévision, transcription d’entretiens et de conversations pour l’oral. Qui dit diversité des usages dit rapport à la norme : les usages non standard mais suffisamment stabilisés sont consignés et traités comme des écarts qui s’inscrivent dans le système de la langue.

Entreprendre un travail d’une telle envergure supposait de relever un triple défi : collecter, sélectionner et présenter les données ; concevoir une architecture d’ensemble équilibrée articulant les différentes parties ; harmoniser les descriptions et la terminologie. Sur ce dernier point, les responsables ont choisi de s’en tenir à une approche sans véritable rupture avec la tradition. La description est, de fait, centrée prioritairement sur la syntaxe. L’unité de base est la phrase, représentable par une structure arborescente bidimensionnelle dont chaque constituant relève d’une catégorie et possède une fonction. Sur ce socle syntaxique viennent ensuite se greffer les questions d’interprétation sémantique (de la proposition) et d’usage pragmatique en discours (de l’énoncé). Définie d’entrée et utilisée de façon cohérente tout au long de l’ouvrage, la terminologie retenue puise dans le fonds commun des grammaires, en particulier pour la nomenclature des catégories : sur les onze catégories distinguées, la plupart sont en effet reprises de la tradition (verbe, adjectif, adverbe, préposition, pronom) ; la principale innovation consiste à ne réserver la dénomination « conjonction » qu’aux cas de coordination et à appeler « subordonnant » ce que la tradition dénomme habituellement « conjonction de subordination ».

En ce qui concerne les fonctions syntaxiques, la GGF se démarque plus nettement puisque, sur les neuf fonctions proposées, seules deux (sujet et complément) sont reprises de la tradition ; les sept autres s’inspirent de courants linguistiques formels, soit les fonctions « tête », « spécifieur », « ajout », « coordonné », « extrait », « marqueur » et « périphérique ». D’où certaines innovations susceptibles de troubler quelques lecteurs. Mais un tableau de correspondances est donné avec la terminologie officielle de l’Éducation nationale dans ses versions de 1998 et de 2020.

Le choix du plan de la GGF résulte de l’approche retenue. Il part des éléments de la phrase simple, puis il aborde le fonctionnement de la phrase complexe, et s’élargit enfin en direction du discours. Après une introduction générale, très factuelle, consacrée à la notion même de langue, aux données considérées et aux composantes de la grammaire, le volume 1 comporte onze chapitres. Les neuf premiers sont, sans surprise, consacrés à la phrase et aux grandes catégories de constituants (verbe, nom, déterminant, adjectif, préposition, adverbe et pronom). Les deux derniers chapitres traitent respectivement de la négation et des expressions de temps, aspect et mode. Le volume 2, quant à lui, se compose de neuf chapitres. Les cinq premiers présentent les types de phrases, certaines constructions subordonnées (relatives, circonstancielles, comparatives et consécutives) ainsi que les constructions coordonnées et juxtaposées. Les deux chapitres suivants abordent la question de l’ordre des mots dans la phrase et de la construction des énoncés sur les plans énonciatif et discursif. Enfin, les deux derniers chapitres traitent de la forme sonore des énoncés et de la ponctuation ainsi que des codes de l’écrit. Aucun plan de grammaire ne saurait être parfait, chaque secteur de la langue nécessitant à l’évidence d’être développé et repris à plusieurs niveaux. C’est pourquoi les nombreux renvois entre les chapitres de la GGF sont particulièrement bienvenus. On peut toutefois s’interroger sur le choix de n’exposer qu’à la toute fin les phé [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Catherine FUCHS, « LA GRANDE GRAMMAIRE DU FRANÇAIS (A. Abeillé et D. Godard) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/la-grande-grammaire-du-francais/