LA GRANDE DÉSILLUSION, Joseph StiglitzFiche de lecture

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Les affres du consensus de Washington

Au centre de la critique de Joseph Stiglitz figurent les politiques conduites depuis les années 1980 par les institutions internationales. S'éloignant peu à peu des principes qui avaient présidé à leur création, ces dernières, parmi lesquelles le Fonds monétaire international, l'Organisation mondiale du commerce et, dans une moindre mesure, la Banque mondiale, dont Stiglitz fut un temps le vice-président, auraient cédé à un certain dogmatisme, fondé sur le culte du marché, se faisant par là même les instruments d'intérêts privés, au détriment du bien-être collectif. L'environnement, la justice économique et sociale auraient ainsi été sacrifiés sur l'autel de la finance internationale, et la sphère réelle, assujettie à la sphère financière.

Plus préoccupant encore, les politiques de développement prônées par les institutions internationales, fondées sur le « consensus de Washington », qui préconise l'austérité budgétaire, la libéralisation des mouvements de capitaux, mais aussi des biens et des services, et la privatisation d'entreprises publiques, se seraient finalement révélées contre-productives. Conçue à l'origine pour des pays latino-américains, dont les économies se caractérisaient par des déficits publics élevés, une hyperinflation et un système de production peu efficient, cette politique normative, érigée en véritable credo par le F.M.I., est peu à peu devenue une fin en soi et a été appliquée de manière aveugle à de nombreux pays en développement, sans que son opportunité soit soumise à examen. C'est ainsi qu'au cours des années 1990, le F.M.I. a conditionné l'octroi de prêts au respect des préceptes du consensus de Washington ; ce qui s'est révélé, dans de nombreux cas, catastrophique pour les économies des pays qui s'efforçaient de les suivre en tout point. L'ouverture des frontières commerciales s'est révélée inégale, les pays industrialisés maintenant des barrières tarifaires tandis que les pays en développement assistaient impuissants à la déliquescence de leur tissu productif local. De la même manière, la libéralisation des capitaux en Asie du Sud-Est, dans la mesure où elle ne s'est pas accompagnée de la mise en place d'une réglementation prudentielle suffisante, a favorisé l'adoption de comportements spéculatifs, notamment pour les investissements de court terme, ou bien l'essor de prêts non performants lié à une mauvaise évaluation des risques, qui ont largement contribué à fragiliser le système financier de ces économies et expliquent en grande partie la crise financière de 1997. Dans les économies en transition, et plus particulièrement en Russie, le soutien indéfectible à la thérapie de choc, symbolisée par la privatisation massive des entreprises publiques, s'est soldé par un pillage des actifs nationaux et l'émergence de monopoles privés. Ce dernier exemple illustre par ailleurs le caractère souvent inadapté des politiques fondées sur le consensus de Washington, dans la mesure où celui-ci suppose l'existence préalable d'une économie de marché, condition qui était loin d'être vérifiée dans l'U.R.S.S. des années 1990.

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Anne DEMARTINI, « LA GRANDE DÉSILLUSION, Joseph Stiglitz - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/la-grande-desillusion/