LA FABRIQUE DE L'ÉCRIVAIN NATIONAL (A.-M. Thiesse)Fiche de lecture

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Au commencement était l’oralité

Au xixe siècle, la publication du patrimoine oral semble être la première condition de possibilité d’une littérature nationale. Dans toutes les nations européennes, de véritables expéditions sont montées pour recueillir les voix collectives et populaires. Ainsi, pour consoler la Prusse humiliée par les victoires napoléoniennes, Friedrich von der Hagen publie en 1807 le Nibelungenlied, sorte d’Iliade allemande écrite en haut allemand peu après 1200. L’écrivain national se fait donc d’abord le scribe des épopées, des chansons et des contes. Rien n’oblige d’ailleurs à ce que cette culture soit pleinement authentique : les Chants d’Ossian de James Macpherson, publiés à Londres en 1760 comme épopée celtique du iiie siècle de notre ère, ont connu une énorme popularité et postérité malgré leur caractère apocryphe. La France, d’abord déstabilisée par cette nouvelle historiographie qui risque de remettre en question une hégémonie fondée sur la littérature classique, exhume La Chanson de Roland, un manuscrit datant de 1100 environ. Toutes les nations, y compris les plus petites, ont leurs collecteurs-auteurs de chants épiques : en Estonie, on publie en 1857 l’épopée du Kalevipoeg, qui mêle des emprunts à l’oralité populaire avec beaucoup d’éléments de création. Dans cette lutte pour la plus prestigieuse culture patrimoniale, certains textes sont revendiqués par plusieurs nations : le Roman de Renart est ainsi l’enjeu d’une grande bataille entre Renart et Reinhart, le grand philologue allemand Jacob Grimm contestant les origines françaises de l’ensemble des récits médiévaux qui composent le roman.

La Walkyrie, R. Wagner

Photographie : La Walkyrie, R. Wagner

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Au xixe siècle, la formation d'un esprit national conduit les pays européens à célébrer des textes qui témoignent de leur unité culturelle. Ce sera le cas de La Chanson de Roland pour la France ou de La Chanson des Nibelugen pour l'Allemagne. Par la suite, Richard Wagner s'inspirera de... 

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Les Plaintes d’Ossian, K. Károli

Photographie : Les Plaintes d’Ossian, K. Károli

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Personnage totalement fictif dû à l'imagination de James Macpherson, le barde Ossian et ses poèmes apocryphes n'en jouèrent pas moins un rôle considérable dans l'éclosion de la conscience romantique. Kisfaludy Károli, Les Plaintes d'Ossian, 1825. Musée des beaux-arts, Budapest. 

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Sur ce terreau ont pu surgir les premiers écrivains nationaux et se construire les genres caractéristiques du roman national – le roman historique à la Walter Scott, le roman réaliste à la Balzac –, la Fr [...]


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La Walkyrie, R. Wagner

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Les Plaintes d’Ossian, K. Károli

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Marie-Ève THÉRENTY, « LA FABRIQUE DE L'ÉCRIVAIN NATIONAL (A.-M. Thiesse) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/la-fabrique-de-l-ecrivain-national/