CÉLESTINE LA

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les interprétations

En fait, c'est par son art que La Celestina était révolutionnaire. Sa sobriété propice aux réinterprétations la rend immortelle. Elle devait apparaître au xixe siècle comme romantique avant la lettre, par le mariage du comique et du tragique, du drame sentimental et de la farce des proxénètes. Elle a de pâles précédents, plutôt que dans Térence, dans la comédie humanistique en prose latine cultivée par les lettrés du xive et du xve siècle, genre sans règles, mais sans vigueur et sans écho. Le coup de génie du jeune Rojas et de son devancier fut d'y faire sonner les divers registres de la prose castillane parvenue à maturité, depuis la verdeur du dialogue populaire jusqu'à l'emphase pédantesque des tirades ou des monologues farcis d'allusions érudites et de sentences morales (les œuvres latines de Pétrarque en firent en partie les frais). Nos auteurs sont maîtres dans l'art de faire vivre les personnages à travers leurs propos, émaillés de trouvailles, de les mettre en situation dans l'imbroglio noué par les faiblesses des uns et les machinations des autres, le tout illustrant un double enseignement indiqué dès le titre, leçon pour les « amants insensés » qui divinisent leurs amies (on aime à voir aujourd'hui dans cette passion sans frein l'héritage de l'amour courtois) et mise en garde « contre les tromperies des maquerelles et des mauvais serviteurs complaisants ».

La substitution de Celestina à Calisto et Melibea dans le titre usuel répond à la préférence que les lecteurs, jusqu'à la redécouverte moderne de l'œuvre, donnèrent à l'intrigue crapuleuse et aux personnages cyniques sur l'intrigue sentimentale dénouée tragiquement. Et puis, plus que les amants pathétiques, la vieille au nom désormais proverbial s'imposa comme un personnage étrangement complexe et puissant. Elle laissa loin derrière elle la vetula des fictions ovidiennes (Pamphilus) ou même la Trotaconventos de l'Archiprêtre de Hita, Juan Ruiz. Sûr et naturel est son art sagace de mener le jeu (jusqu'à [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages





Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, membre de l'Institut, administrateur honoraire du Collège de France

Classification


Autres références

«  CÉLESTINE LA  » est également traité dans :

LA CÉLESTINE (F. de Rojas) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Bernard SESÉ
  •  • 920 mots

La Tragi-comédie de Calixte et Mélibée, publiée en 1502, est l'édition définitive de l'œuvre couramment appelée la Célestine, en vingt et un actes. Cinq actes avaient été ajoutés à la première édition intitulée Comédie de Calixte et Mélibée, publiée en 1499 à Burgos, qui n'en comptait que seize. À l […] Lire la suite

ESPAGNE (Arts et culture) - La littérature

  • Écrit par 
  • Jean CASSOU, 
  • Corinne CRISTINI, 
  • Jean-Pierre RESSOT
  •  • 13 803 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Le XVe siècle »  : […] Du règne de Jean II à celui des Rois Catholiques, tous les genres se forment. La poésie reprend les rythmes des chansons populaires ou tourne à une savante rhétorique. Aux recueils des cancioneros s'ajoutent ceux des romances , lesquels formeront le Romancero. L'origine de ces merveilleuses pièces octosyllabiques a été beaucoup discutée : les plus anciennes sont peut-être des éclats arrachés à de […] Lire la suite

SIÈCLE D'OR (mise en scène C. Schiaretti)

  • Écrit par 
  • Didier MÉREUZE
  •  • 971 mots

Commencé en 1556 avec l'accession au trône de Philippe II qui hérite de son père Charles Quint un immense empire, le Siècle d'or espagnol s'achève en 1659 quand s'affirme la prédominance française en Europe. Il constitue l'une des périodes les plus importantes et les plus riches de l'histoire de la scène occidentale. Représenté à ciel ouvert sur des tréteaux dressés dans les corrales , ce théâtre […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - Histoire

  • Écrit par 
  • Robert PIGNARRE
  •  • 8 346 mots

Dans le chapitre « La Renaissance »  : […] L'Europe, de nom, est encore la Chrétienté. Cependant, l'Église romaine, si elle n'a pas renoncé à sa vocation œcuménique, est trop affaiblie par le schisme pour tenir d'une main ferme les clefs de la civilisation. Grandes découvertes, grandes inventions, révolution copernicienne, restitution des lettres antiques, tout semble se liguer contre la conception théocentrique de l'univers. C'est l' Ital […] Lire la suite

Pour citer l’article

Marcel BATAILLON, « CÉLESTINE LA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 juillet 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/la-celestine/