L'ÎLE DES ESCLAVES, Pierre Carlet de Chamblain de MarivauxFiche de lecture

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Une esthétique de la brièveté

La scène représente une île, avec la mer, des rochers, des arbres et quelques habitations. C'est l'île des esclaves, une île colonisée par des esclaves révoltés de la Grèce qui l'ont soumise à leurs lois. À la suite d'un naufrage, Iphicrate, un jeune noble athénien, a été jeté sur ce rivage avec son serviteur Arlequin. Le petit maître et le valet sont rejoints par une coquette, Euphrosine, et sa suivante, Cléanthis. Trivelin les accueille en leur expliquant les lois de l'île : maîtres et valets échangent leurs habits, leurs conditions et jusqu'à leurs noms ; après trois années de mise à l'épreuve, les anciens maîtres sont renvoyés dans leur pays sous réserve de réussite de la cure morale qui leur est imposée. Le récit de cette épreuve constitue, selon un premier fil de la trame, la fable de la pièce. Mais un second fil croise le premier : très rapidement, il apparaît qu'Arlequin et Cléanthis ne sont pas soumis à une moins rigoureuse épreuve que leurs anciens maîtres. Ils devront surmonter leur rancœur et accéder à leur propre humanité.

L'action qu'exercent les personnages à la fois les uns sur les autres et sur eux-mêmes se manifeste dans et par la parole. Arlequin et Cléanthis expriment d'abord leur ressentiment. Ils évoquent les mauvais traitements qu'ils ont subis et jouissent de ce retournement de situation. Ils tutoient leurs anciens maîtres, leur donnent des ordres, parlent comme eux, se font apporter des sièges, entreprennent de leur conter fleurette. Mais Arlequin, puis Cléanthis sont vite touchés de compassion. Iphicrate et Euphrosine s'attendrissent. Arlequin rend son habit à son maître et est le premier à reprendre son ancienne condition. Pardon général.

L'intensité de L'Île des esclaves est en raison inverse de sa longueur : onze scènes seulement. Marivaux réutilise un type de pièces courtes qu'on voyait souvent au théâtre de la Foire et des motifs assez fréquents, comme le naufrage d'Arlequin, le séjour sur l'île, etc. Il ne construit pourtant nullement sa pièce autour d'une série de scénettes, mais selon une action unique, [...]


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MARIVAUX PIERRE CARLET DE CHAMBLAIN DE (1688-1763)

  • Écrit par 
  • Pierre FRANTZ
  •  • 4 529 mots

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Pour citer l’article

Pierre FRANTZ, « L'ÎLE DES ESCLAVES, Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/l-ile-des-esclaves/