L'APPRENTI, Raymond GuérinFiche de lecture

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Le calvaire de Monsieur Hermès

L'Apprenti relate la douloureuse initiation du héros au monde du travail et à la vie d'adulte. Placé en apprentissage par « Monsieur Papa » dans un palace parisien, Monsieur Hermès, jeune bachelier de province, supporte mal cette situation qu'il vit comme une brimade : « Lui qui avait voulu préparer Polytechnique, commis de restaurant ! Quel salaud son père. » Peu fait pour les tâches manuelles, loin de sa famille et de ses études, contraint d'obéir à des petits chefs qui l'humilient et à des clients qui l'ignorent, sa nouvelle existence se révèle une pesante aliénation qui le mène peu à peu à la perte de toute dignité : « L'hôtellerie, le plus beau des métiers : je t'en fous ! Au bout d'une perche ! Les mains toutes brûlées, la chemise toujours mouillée et les pieds en marmelade. » Au sortir du travail, ce n'est guère mieux. Logé dans une pauvre maison meublée, il passe ses nuits à épier ses voisins et se livre à des pratiques solitaires qui l'épuisent. Seuls quelques moments lui apportent un peu de lumière : le farniente aux terrasses des bistrots, les déjeuners avec son oncle, les compétitions sportives et surtout l'écriture d'une pièce de théâtre à peine ébauchée, La Joie du cœur.

Après un été infernal, l'automne marque un répit. Monsieur Hermès a une maîtresse, Angélique, la nièce des gérants de son meublé. Mais il s'en lasse vite, lui préférant les fantasmes et l'onanisme. Nommé garçon d'étage, il travaille de nuit et loge sur son lieu de travail dont il découvre, par ses fonctions, toutes les turpitudes et les perversions. Au cours d'une brève aventure avec une femme de chambre, il attrape une blennorragie. Épuisé par cette épreuve et par les veilles, il redevient simple commis de restaurant, sans avoir la place de demi-chef qu'on lui avait fait espérer. Cette injustice s'ajoutant à la conscience d'être devenu un domestique que l'on traite comme un chien le pousse à la révolte : « De coups durs en humiliations, d'humiliations en coups durs. Ils n'étaient plus des hommes, mais des carpettes [...]

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Écrit par :

  • : agrégé de lettres modernes, ancien élève de l'École normale supérieure

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«  L'APPRENTI, Raymond Guérin  » est également traité dans :

GUÉRIN RAYMOND (1905-1955)

  • Écrit par 
  • Michel P. SCHMITT
  •  • 501 mots

C'est au début des années 1980 qu'on redécouvre Raymond Guérin, tombé dans l'oubli depuis sa mort, en 1955. Les éditions Le Tout sur le tout, la revue Grandes Largeurs , Gallimard s'y emploient plus particulièrement. La vie de Guérin n'a rien d'exceptionnel. À la fin des années 1920, il fonde La Revue libre , noue des amitiés littéraires avec J. Grenier, J. Paulhan, H. Miller, Malaparte. Sa place […] Lire la suite

Pour citer l’article

Philippe DULAC, « L'APPRENTI, Raymond Guérin - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 juin 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/l-apprenti/