POPPER KARL RAIMUND (1902-1994)

La logique de la découverte scientifique

Comment distinguer, plus précisément comment « démarquer » la science véritable des pseudo-sciences : mythologies, gnoses, idéologies, métaphysiques ?

Telle est l'une des questions initiales auxquelles Popper se trouva très jeune confronté, lorsqu'il rencontra la psychanalyse, puis le marxisme, enfin – rencontre décisive – les théories d'Einstein. Le bilan de ses réponses, multiples, mesurées et circonstanciées, parut seulement en 1935. En premier lieu, Popper rejette la thèse classique selon laquelle les sciences se caractériseraient par leur méthode inductive. Il fait une critique radicale de cette dernière et résout de manière drastique le fameux problème de Hume : il n'existe ni méthode ni logique inductives. Ce n'est pas par un quelconque procédé inductif que l'on parvient aux théories scientifiques. La formation d'une hypothèse est un exercice actif et créateur, non un enregistrement passif de régularités données. Et même si l'induction elle-même permettait d'arriver aux hypothèses, ce n'est certes pas elle qui les justifierait. Une telle critique vise, après Hume, les néo-positivistes du Cercle de Vienne. Ceux-ci, en effet, s'efforçaient de distinguer énoncés pourvus de sens et énoncés dépourvus de sens, la vérifiabilité empirique fournissant la condition nécessaire, et donc le critère, pour qu'un énoncé soit pourvu de sens et puisse bénéficier d'un statut scientifique. Popper substitue à cette thèse une idée moins ambitieuse, qui lui avait été suggérée par Einstein et selon laquelle ce qu'il appellera du terme désormais classique de « testabilité » constitue la marque de la scientificité des énoncés comme des théories. « Ce qui m'a impressionné le plus, note Popper à propos d'Einstein, est qu'il considérait sa théorie comme insoutenable si elle ne résistait pas à l'épreuve de certains tests. » L'attitude scientifique est ainsi l'attitude critique qui ne cherche pas des vérifications mais des tests cruciaux, des tests qui peuvent réfuter la théorie, mais ne parviennent jamais à[...]


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  • : agrégée de l'Université, docteur en philosophie, maître de conférences à l'université de Rennes

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ÉPISTÉMOLOGIE

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  • Gilles Gaston GRANGER
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Dans le chapitre « Sciences formelles, sciences empiriques »  : […] les procédures de pensée qui aboutissent à formuler les régularités empiriques. Seul Popper, il est vrai, se réfère de façon explicite, quoique le plus souvent très schématisée, aux démarches qui s'expriment dans les œuvres mêmes de la littérature scientifique. Ainsi, une philosophie de la pensée inductive pourrait encore ouvrir de larges horizons […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/epistemologie/#i_36420

EXPÉRIENCE

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Dans le chapitre « Théorie et expérience »  : […] les termes théoriques étaient probablement inéliminables, en partie sous l'influence de Popper, qui soutient que le seul véritable critère de « démarcation » de la science et de la métaphysique est la réfutabilité des énoncés scientifiques, plutôt que leur confirmabilité. Selon la conception rationaliste de Popper (1936), les scientifiques […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/experience/#i_36420

FEYERABEND PAUL (1924-1994)

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poursuit ses études à Londres et y refuse à vingt-neuf ans le poste d'assistant que Popper lui proposait, comme il avait refusé un peu plus tôt de devenir l'assistant de Brecht. S'il ne dit pas grand-chose de ce qui le lia à Brecht puis le détourna du théâtre, sinon son regret de n'avoir pas poursuivi dans cette voie, il s'étend en revanche plus […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-feyerabend/#i_36420

HEURISTIQUE

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Dans le chapitre « Heuristique générale ou la logique de la découverte »  : […] La place de Karl Popper est évidemment considérable dans cette affaire depuis la parution de sa Logique de la découverte. Il réinterprète les problèmes heuristiques de plusieurs manières. D'abord en brisant le « noyau inductiviste » qui, on l'a vu, est au cœur de la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/heuristique/#i_36420

LOI, épistémologie

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  • Pierre JACOB
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Dans le chapitre « Les buts de la démarche scientifique »  : […] on ne peut pas en conclure que l'hypothèse est vraie car, comme l'a souligné K. R. Popper, c'est un sophisme de conclure de la vérité d'une conclusion à la vérité des prémisses, mais on peut tenir l'hypothèse pour confirmée. Si la prédiction est réfutée (à condition de tenir pour vraies les propositions auxiliaires), on peut […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/loi-epistemologie/#i_36420

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NÉO-POSITIVISME ou POSITIVISME LOGIQUE

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Dans le chapitre « La raison et la connaissance »  : […] La seconde est la thèse de Popper, concernant l'impossibilité de vérifier au sens strict des hypothèses empiriques. Comment s'assurer que tous les faits à considérer dans l'hypothèse lui seront également conformes ? Comment s'assurer qu'une autre hypothèse ne fournirait pas une explication aussi satisfaisante des faits ? En revanche, l'exhibition d […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rationalisme/#i_36420

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Dans le chapitre « Le type empirico-formel »  : […] prémisses fausses peut parfaitement découler une conséquence vraie. Seconde situation : P contredit P′. Dans ce cas, la théorie est réfutée, on peut la déclarer fausse, car de prémisses vraies ne peut découler une conséquence fausse. Il y a donc, comme l'a fait remarquer K. R. Popper depuis longtemps, une asymétrie entre confirmation et réfutation […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sciences-sciences-et-discours-rationnel/#i_36420

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Dans le chapitre « Le rationalisme critique »  : […] Karl Popper critique dans La Logique de la découverte scientifique le principe de vérifiabilité des Viennois. Ce principe revient à exclure du champ de la science les énoncés universels, qui, par nature, ne sont pas réductibles à un nombre fini d' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sciences-science-et-philosophie/#i_36420

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Pour citer l’article

Françoise ARMENGAUD, « POPPER KARL RAIMUND - (1902-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 septembre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/karl-raimund-popper/