JURÉS & JURANDES

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Sous l'Ancien Régime, on appelait jurande un corps de métier constitué par le serment mutuel que se prêtaient, chaque année dans la plupart des cas, les maîtres : serment d'observer les règlements, mais aussi serment de solidarité et de morale professionnelle. Ces métiers étaient gouvernés par des syndics, ou gardes, ou maîtres (qu'il ne faut pas confondre avec les simples membres du métier ayant accédé à la maîtrise par lettres patentes du roi ou par confection du chef-d'œuvre), ou jurés (différents des jurés ou échevins qui gouvernaient certains corps de ville).

Ces jurés avaient pour charge principale de faire respecter les règlements concernant les normes de fabrication et les procédures de vente, de contrôler l'exercice de la concurrence et d'arbitrer les litiges proprement professionnels. Ils étaient à l'origine, aux xiiie et xive siècles, soit élus (à la majorité), soit (surtout dans le Midi) désignés par une procédure complexe de tirage au sort. La cooptation s'introduisit à partir du xive siècle et c'est par leurs prédécesseurs que furent désormais désignés les jurés de la plupart des métiers. Les mêmes familles, les plus riches et les plus influentes, gouvernèrent donc en pratique les jurandes pendant l'époque moderne. On alla même, au xvie siècle, jusqu'à considérer la fonction de juré comme propriété personnelle et à la vendre ; il fallut l'énergique réaction des états généraux de 1576 pour que cette pratique cessât. En fonctions pour un ou deux ans selon le métier, les jurés tendirent naturellement à se perpétuer au gouvernement ; la monarchie échoua dans ses tentatives (Charles IX, Colbert) pour rétablir l'annualité des jurandes.

La royauté chercha, en effet, à faire des métiers jurés l'un des rouages de sa mainmise sur la vie économique. Ils jouèrent donc un rôle essentiel dans la construction monarchique ; Étienne Boileau, compilateur du Livre des métiers au xiiie siècle, ne fait qu'annoncer Colbert, qui imposa la forme de la jurande à de nombreux métiers jusque-là libres. Devenues de véritables institutions publiques, les jurandes perdirent leur utilité et ne demeurèrent que comme des contraintes négatives. Un décret de mars 1791 les supprima et la loi Le Chapelier (14 juin 1791), dirigée en fait contre les compagnonnages ouvriers, engloba dans une même condamnation toute organisation professionnelle.

—  Jean FAVIER

Écrit par :

  • : membre de l'Institut, directeur général des Archives de France

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Pour citer l’article

Jean FAVIER, « JURÉS & JURANDES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jures-et-jurandes/