JIMÉNEZ JUAN RAMÓN (1881-1958)

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Le spiritualisme symboliste

La période du spiritualisme symboliste, qui va jusqu'en 1940, est caractérisée par une recherche de plus en plus exigeante de l'essence des choses, par une stylisation de plus en plus épurée de la réalité. Délaissant les couleurs, les sonorités, le jeu des formes, le langage tend vers la sobriété, la concision, l'ellipse. « Intelligence, donne-moi le nom exact des choses », s'écrie alors le poète. Diario de poeta y mar (publié en 1916 sous un titre qui fut changé par la suite, Diario de un poeta recién casado, Journal d'un poète nouveau marié) a marqué le tournant. Les textes de ce livre, une suite de proses et de vers, retracent la traversée du poète en route pour New York, son voyage de noces dans quelques villes d'Amérique du Nord, le retour en Espagne. Un talent admirable de peintre est ici au service d'un observateur impitoyable et passionné, qui sait découvrir d'un regard l'essentiel des spectacles qui le ravissent : « Chaque fois que je voyage, c'est mon âme qui voyage, entre des âmes... » Jiménez était fier de ce livre : « Il y a en lui beaucoup de choses que l'on n'a jamais vues, disait-il. C'est un livre métaphysique... Je crois que c'est mon meilleur livre. » De l'aveu même de l'auteur, on est là au début d'un cycle nouveau de l'inspiration dont le déroulement est marqué par des œuvres d'une intense beauté : Eternidades (1918), Piedra y Cielo (1919, Pierre et Ciel), Poesía (1921) et Belleza (1923). Dans ces livres, le verbe poétique trouve en soi-même sa propre finalité ; mieux encore, il se met tout entier au service d'une pure assomption de la conscience à elle-même. Le poème d'ouverture de Piedra y Cielo traduit bien le désir éperdu qui hante le poète d'une correspondance parfaite entre la réalité et le langage qui l'exprime ; le voici, dans sa forme lapidaire :

Le PoèmeN'y touche plus ; Telle est la rose !

L'aventure poétique devient ainsi, par la pratique de cette ascèse, aventure de l'être en quête de sa plénitude, de l'élucidation de son propre mystère, dans l'angoisse, ou au contraire dans la jubilation qui se donne libre cours dans le dernier livre de cette époque, Canción (1936). Paru à la veille de la guerre civile, cet ouvrage portait sur la couverture la devise de Jiménez : « Amour et poésie chaque jour. »

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Écrit par :

  • : professeur émérite des Universités, membre correspondant de la Real Academia Española

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Pour citer l’article

Bernard SESÉ, « JIMÉNEZ JUAN RAMÓN - (1881-1958) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/juan-ramon-jimenez/