HERRERA JUAN DE (1530-1597)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un hidalgo devient architecte

Rien de plus invraisemblable que de voir un membre de la petite noblesse espagnole du xvie siècle devenir architecte. L'architecture en effet n'était pas une profession libérale, son domaine était le chantier où régnaient les sculpteurs et les maçons. Or Herrera n'avait rien en commun avec ce milieu artisanal. Fils de la branche cadette du seigneur de Maliano, il était né dans le nord de l'Espagne, près de Santander. Sans ressources dans son pays, il fut envoyé à la cour du prince Philippe et l'accompagna en 1549 dans son long voyage à travers ses futurs États, voyage qui de Barcelone à Gênes, Mantoue et Augsbourg le conduira jusqu'à Bruxelles. À son retour, en 1551, il est sans emploi et entre dans l'armée. Pendant cinq ans, Herrera fait la guerre en Italie du Nord et en Flandres, car il ne fait pas partie de la cour ; en 1555, il est à nouveau à Bruxelles. Nous savons qu'il est rentré en Espagne avec Charles Quint en 1556, mais, jusqu'en 1561, il n'est plus mentionné dans les documents : à cette date il signe les nouvelles illustrations d'un traité d'astronomie, recopié pour le prince Don Carlos, fils de Philippe II.

Herrera n'avait pas une formation d'architecte. C'était plutôt un soldat qui savait dessiner et qui aimait les machines et les mathématiques. C'était avant tout un homme qui cherchait fortune à la cour. Le peu qu'on sait de sa vie privée dans les années suivantes confirme ce portrait. En 1571, il épouse Maria de Alvaro, une veuve originaire de Madrid dont la fortune lui permettra de racheter les terres de sa propre famille. Elle mourut en 1576, sans enfant. En 1582, Herrera se remaria avec sa cousine, Iñes, héritière de la seigneurie de Maliano. À la mort de celle-ci, en 1594, Herrera assied sa position sociale en devenant seigneur de Maliano.

Comment un homme appartenant à une classe sociale qui ne valorisait pas le travail est-il devenu architecte ? En 1563, Philippe II nommait Herrera et Juan de Valencia assistants (discípulos) de Juan Bautista de Toledo qu'il avait appelé d'Italie comme « architecte du roi » en 1559. Toledo était un architecte savant à la manière italienne et c'est dans son agence que Herrera, qui préparait les dessins pour l'Escorial et les autres projets royaux, est devenu lui-même architecte. Toledo, surchargé de travail, devait dessiner et construire un grand nombre de bâtiments. Vers les années 1560, il y avait autour de Madrid une douzaine de chantiers en cours dont il était responsable. Il devait enfin rendre compte de ces activités à la bureaucratie et au roi lui-même qui voulait être tenu au courant de la moindre chose au jour le jour. Quand il mourut, en 1567, épuisé par un travail écrasant, aucun des bâtiments qu'il avait entrepris n'était achevé. Mais sa mort permit à Herrera de devenir à son tour Arquitecto de Su Magestad. Dès le début des années 1570, il prit la haute main sur les projets de l'Escorial. Une nouvelle réglementation définissant l'organisation des chantiers royaux fut alors établie par Philippe II. Dès ce moment, chaque dessin devait porter l'autorisation du roi avant d'être mis en chantier, ce qui permettait à Herrera de faire des dessins qui seront ensuite exécutés scrupuleusement. Le dessin devient alors l'élément créateur de l'architecture, la construction étant conçue comme un processus de plus en plus mécanique au cours duquel aucune modification ne pouvait être apportée au projet. Philippe II et Herrera sont devenus respectivement commanditaire et architecte, travaillant ensemble comme Alberti l'avait envisagé dans son traité. Mais Philippe II ne récompensait pas rapidement ses serviteurs et Herrera attendit neuf ans le titre d'architecte royal (1579). Le roi le lui donna avec le poste d'Apostentador de Palacio, confié pour la première fois à un artiste, et qui l'obligeait à une présence presque permanente à la cour. Les architectes bâtisseurs firent désormais figure de simples maçons, Herrera ayant mis en place sur les chantiers royaux l'autorité absolue de l'architecte intellectuel. Comme Toledo, Herrera prit deux « disciples » en 1579, dont un, Francisco de Mora, lui succéda dans les années 1590 quant il se sentit trop malade pour tenir le rythme de travail que le roi exigeait de ses serviteurs.

L'Escorial, 2

Photographie : L'Escorial, 2

L'Escorial (ou Escurial), monastère royal de Saint-Laurent (environs de Madrid). Architectes : Juan Bautista de Toledo et Juan de Herrera. 

Crédits : Bridgeman Images

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 8 pages

Médias de l’article

L'Escorial, 2

L'Escorial, 2
Crédits : Bridgeman Images

photographie

L'Alcázar de Tolède

L'Alcázar de Tolède
Crédits : Angel Sotomayor Rodríguez/ Flickr ; CC-BY

photographie

Basilique de Nuestra Señora del Pilar, Saragosse

Basilique de Nuestra Señora del Pilar, Saragosse
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Sant'Andrea, Mantoue

Sant'Andrea, Mantoue
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Afficher les 4 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  HERRERA JUAN DE (1530-1597)  » est également traité dans :

ANDALOUSIE

  • Écrit par 
  • Michel DRAIN, 
  • Marcel DURLIAT, 
  • Philippe WOLFF
  •  • 10 392 mots
  •  • 14 médias

Dans le chapitre « L'architecture à Séville »  : […] Cependant, la principale bénéficiaire de la découverte de l'Amérique et de l'exploitation de ses richesses fut Séville, qui fut dotée par les Rois Catholiques du monopole du trafic avec les Indes. L'apport de la Renaissance est sensible dans l'Alcazar et dans la cathédrale. Si le gigantesque retable de la Capilla mayor , commencé en 1482 par le Flamand Pieter Dancart et continué durant le xvi e  s […] Lire la suite

CASTILLE

  • Écrit par 
  • Marcel DURLIAT, 
  • Philippe WOLFF
  • , Universalis
  •  • 10 288 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Le style plateresque »  : […] C'est dans le domaine de l'architecture que l'originalité de la Castille fut la plus grande. Jusqu'à l'ouverture du chantier de l'Escorial, le génie local y fit preuve d'une étonnante vigueur. Alors que, dans la construction religieuse, le style gothique allait se maintenir, durant une bonne partie du xvi e  siècle, sur des chantiers aussi importants que ceux des cathédrales de Salamanque et de Sé […] Lire la suite

ESPAGNE (Arts et culture) - L'art espagnol

  • Écrit par 
  • Marcel DURLIAT
  •  • 5 038 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « De la libération de l'ornement à la crise de rigorisme »  : […] Le mariage de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille en 1469 ouvrit pour l'Espagne une ère nouvelle d'unité, de puissance et de grandes aventures. À peine la prise de Grenade a-t-elle mis fin à la Reconquête que commence la conquête de l'Amérique. Celle-ci assurera des ressources considérables au bénéfice exclusif de la Castille et de l'Andalousie. Dans ces mêmes années, l'Espagne s'insère d […] Lire la suite

Pour citer l’article

Catherine WILKINSON-ZERNER, « HERRERA JUAN DE - (1530-1597) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/juan-de-herrera/