CONRAD JOSEPH (1857-1924)

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L'expérience des limites

Comme Joyce, T. S. Eliot, Pound et D. H. Lawrence, Conrad choisit l'exil, mais de manière beaucoup plus radicale. De son vrai nom Teodor Jozef Konrad Nalecz Korzeniowski, il naît dans la partie de la Pologne occupée par la Russie. Il n'a que quatre ans lorsqu'il accompagne son père, intellectuel nationaliste exilé, dans une lointaine province russe. On trouve là les germes de ce qui hantera son œuvre par la suite : solitude de l'héroïsme, vanité du sacrifice pour une cause perdue, conviction que loyauté et trahison se rejoignent dans la même illusion, dissolution de toute action dans l'irréalité, la corruption ou l'échec.

En 1874, Conrad, orphelin depuis l'âge de onze ans, choisit l'exil et le métier de marin, d'abord en France, à Marseille, puis à partir de 1878 dans la Merchant Navy où il gravira peu à peu tous les échelons, jusqu'à celui de capitaine en 1888. Il aura pris entre-temps la nationalité britannique.

C'est le début d'une série de voyages autour du globe qui nourriront ses premiers ouvrages : l'Inde, Singapour, l'Australie, Java, Sumatra, Bornéo. Il y découvre les mirages de l'exotisme tout en faisant l'apprentissage de la solidarité des gens de mer. Le tournant de cette période est le voyage au Congo (1890), expérience des limites qui va transformer Conrad. Lors de cette remontée cauchemardesque vers le cœur de l'Afrique profonde, il découvrira tout à la fois sa propre fascination pour la magie d'un continent archaïque et l'horreur de la colonisation sous sa forme la plus brutale.

Lorsqu'en 1894 il publie son premier roman, Almayer's Folly (La Folie-Almayer), Conrad est loin d'être étranger à la chose littéraire. Il est pétri de lectures depuis son enfance : Shakespeare, Byron, Dickens, Marryat. Mais ses influences formatrices sont surtout françaises : Hugo, Balzac, Loti, Daudet, et avant tout ses deux maîtres, Flaubert, dont il admire le credo artistique, et Maupassant, dont il se dit « saturé ». Il faudra attendre Lord Jim pour qu'il se libère vraiment de leur emprise. Ainsi, derrière un exotisme flamboyant et un romantisme un [...]


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Écrit par :

  • : professeur de littérature anglaise à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

André TOPIA, « CONRAD JOSEPH - (1857-1924) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/joseph-conrad/