SWIFT JONATHAN (1667-1745)

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Enfant perdu, enfant précoce

Swift naquit à Dublin, fils posthume de Jonathan Swift (mort, l'enfant à peine conçu), sous le signe du Scorpion, l'année d'Andromaque et du Paradis perdu. Les frères Swift, Jonathan le géniteur et l'oncle Godwin (le bienfaiteur à venir) s'étaient installés en Irlande depuis peu. Jonathan, petit commis aux écritures au palais de justice avait épousé Abigail Erick, laquelle, dès ses relevailles, veuve de peu de ressources, confia le bébé à une nourrice pour revenir à son Leicestershire natal. Un mystère plane sur cette naissance et sur cet abandon. De surcroît, la nourrice emmena bientôt le bébé à Whitehaven (Angleterre), où elle le gardera trois ans durant à l'insu de sa mère, non sans lui apprendre à lire la Bible.

Mais l'enfant kidnappé se révéla enfant précoce. Il fut rendu à sa mère (il perdit donc sa nourrice) qui le confia très vite, semble-t-il, à l'oncle Godwin (il perdit donc sa mère une seconde fois), lequel le mit à l'école de Kilkenny. C'était la meilleure école du pays (pour les enfants de hauts fonctionnaires), de stricte discipline anglicane, où il fallait connaître ses déclinaisons latines pour être admis. Adieu les tendresses féminines : ici on s'imbibe de latin, de grec, d'Écriture sainte, de rhétorique, et on est élevé dans les principes les plus purs de la morale chrétienne. Le petit Swift y fit ses classes de 1673 à 1682, date à laquelle il fit son entrée à l'université : Trinity College, Dublin.

C'était accéder au degré supérieur, toujours grâce au soutien généreux de l'oncle Godwin. Trinity College, l'équivalent irlandais d'Oxford ou de Cambridge, ce n'est pas si mal pour préparer une carrière ecclésiastique. Du grec encore et du latin, théologie et logique pour adorer congrûment Dieu et bien raisonner. On comprend mal qu'un Swift grincheux ait plus tard déclaré que son oncle lui avait donné l'« éducation d'un chien ». Ajoutons que l'obsession de la science nouvelle et de la philosophie « moderne » s'emparait alors des esprits de quelques fellows. En réplique à la Société royale de Londres (sorte d'académie aux curiosités polyvalentes) fut fondée la Société philosophique de Dublin qui s'occupait d'astronomie, de la quadrature du cercle et de biologie. On se livrait avec passion aux expériences les plus saugrenues (pomper de l'eau dans le thorax d'un chien, par exemple, ou lui faire avaler un dé), mais ainsi progressait la science claudicante et cahotée. Swift se souviendra de ces activités dans Le Conte du tonneau et dans le voyage à Laputa. Cependant, il obtint son B.A. (baccalauréat) en 1686, mais ne put finir sa licence : c'est que l'Angleterre est à la veille de sa Révolution. Les troubles de la fin du règne du papiste Jacques II (1687-1688) agitèrent violemment l'Irlande. Tyrconnel et ses quarante mille soldats catholiques s'emparèrent du pays. La Société philosophique ajourna ses débats, Trinity College son enseignement, et Swift se réfugia auprès de sa mère, à Leicester, tandis que Guillaume, prince d'Orange, faisait son entrée triomphale à Londres, d'où le dernier roi Stuart s'enfuyait.

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  • : doyen honoraire de la faculté des lettres et sciences humaines d'Aix-en-Provence

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Pour citer l’article

Henri FLUCHÈRE, « SWIFT JONATHAN - (1667-1745) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jonathan-swift/