BIDEN JOE (1942- )

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Joe Biden

Après son discours à la nation depuis le Chase Center le 7 novembre 2020, dans son fief de Wilmington (Delaware), le président élu des États-Unis Joe Biden et sa femme Jill saluent la foule. L'empathie, le sens du contact populaire, la longue carrière politique de Joe Biden avant... 

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En battant le président sortant Donald Trump, le démocrate Joe Biden est devenu, en novembre 2020, le 46e président élu des États-Unis et le plus âgé de l’histoire du pays – soixante-dix-huit ans –, cette victoire couronnant une très longue carrière politique.

Les années de formation

Joseph Robinette Biden Jr. est né le 20 novembre 1942 à Scranton, en Pennsylvanie, dans une famille catholique, aux origines irlandaise, anglaise et française. Son père, après avoir connu des déconvenues professionnelles dans les années 1950, réussit dans la vente de voitures d’occasion et peut offrir à sa famille un niveau de vie de classe moyenne.

Poussé par ses parents à affronter les difficultés, Joe Biden parvient à se défaire d’un fort bégaiement pendant son enfance en s’astreignant à déclamer des poèmes. Étudiant moyen au lycée, il se distingue surtout dans les matchs de football américain. Après une licence d’histoire et de sciences politiques obtenue à l’université du Delaware, il étudie le droit à celle de Syracuse (Pennsylvanie).

Sénateur du Delaware à Washington (1973-2009)

Après quelques années de pratique du droit, Joe Biden entame une carrière politique. En 1970, il est élu au conseil du comté de New Castle, dans l’État du Delaware. Deux ans plus tard, il se présente pour un siège au Sénat fédéral sous l’étiquette du Parti démocrate. Mais, le 20 décembre 1972, un mois après son élection, sa femme et sa fille âgée de treize mois sont tuées dans un accident de la circulation au cours duquel ses deux fils sont grièvement blessés. Après avoir envisagé d’abandonner la politique pour s’occuper d’eux, il décide de faire chaque jour le trajet entre son poste à Washington et son domicile à Wilmington dans le Delaware. Il se remarie en 1977 avec Jill Jacobs, une enseignante avec laquelle il a une fille.

Au Sénat, il est membre de la commission judiciaire et préside les séances de confirmation des juges à la Cour suprême, ainsi celles de Robert Bork, nommé par Ronald Reagan (1987), finalement récusé par le Sénat à cause de ses sympathies ségrégationnistes, et de Clarence Thomas, soutenu par George H. W. Bush, lequel est confirmé malgré des accusations de harcèlement sexuel (1991). Il est ensuite président de la commission des affaires étrangères.

Du Sénat à la vice-présidence

Joe Biden affirme son ambition présidentielle dès l’élection de 1988, pour laquelle il déclare sa candidature en juin 1987. Mais des accusations de plagiat l’obligent à renoncer : il a repris sans les référencer de larges extraits d’un discours de Neil Kinnock, un brillant orateur du Parti travailliste britannique, et emprunté quelques phrases à Robert et John F. Kennedy. Une autre affaire de plagiat refait surface, datant de ses études de droit, en l’occurrence la copie de cinq pages sur quinze d’un article d’une revue juridique. Il est aussi révélé qu’il a largement exagéré ses résultats universitaires, peu flatteurs.

Il retire sa candidature le 23 septembre 1987 et se consacre alors à l’audition du juge Bork. Quelques mois plus tard, en février et mai 1988, il est opéré pour deux ruptures d’anévrisme.

Constamment réélu à son siège de sénateur, il est l’auteur des lois de 1994 contre les crimes violents et de 2000 contre les violences envers les femmes. Après les attentats du 11 septembre 2001 et la chute des talibans, il se rend en Afghanistan et vote en faveur de l’intervention en Irak.

En 2008, il renouvelle sa candidature à l’élection présidentielle, sans succès, n’arrivant que cinquième aux primaires de l’Iowa. Il est cependant choisi comme colistier par Barack Obama, qui apprécie sa connaissance des relations internationales et sa proximité avec la base ouvrière traditionnelle du Parti démocrate, en particulier les syndicats. La victoire d’Obama apporte à Joe Biden une envergure nationale avec le poste de vice-président, qu’il conserve durant le second mandat d’Obama, jusqu’en 2017.

Sa longue expérience au Sénat incite Obama à le charger des négociations avec le Congrès. Dans ce cadre, il bâtit des compromis acceptables par les deux partis avec Mitch McConnell, le redoutable chef des sénateurs républicains : en 2010 sur la prolongation des réductions d’impôts initiées sous G. W. Bush ; en 2011 pour augmenter le plafond de la dette autorisée au gouvernement fédéral ; et en 2013 pour éviter un blocage fiscal. Il y gagne une réputation d’habile négociateur.

En 2015, alors qu’il envisage une nouvelle fois de se présenter comme candidat à la présidence, le décès de son fils aîné Beau, promis à une belle carrière politique, l’affecte cruellement. Ne se sentant pas la force morale de soutenir une campagne difficile, il s’efface devant Hillary Clinton. Mais il ne renonce pas à briguer à nouveau l’investiture suprême.

La campagne pour l’élection présidentielle de 2020

Dès le 25 avril 2019, il annonce en Pennsylvanie sa candidature pour 2020. Lors des primaires, sa campagne, qui a, dans un premier temps, déçu dans l’Iowa et dans le New Hampshire, est relancée grâce à la mobilisation des élites afro-américaines de Caroline du Sud, dont James (Jim) Clyburn, élu à la Chambre des représentants, un des plus influents Afro-Américains démocrates.

Vieux routier de la politique, Joe Biden occupe une position centriste au Parti démocrate du fait du glissement à gauche de celui-ci. Il s’efforce de donner des gages à son aile gauche (représentée notamment par Bernie Sanders et Elizabeth Warren) sans heurter les électeurs modérés hostiles aux façons brutales de Donald Trump. Il choisit comme colistière une femme de couleur, Kamala Harris.

En raison de la pandémie de Covid-19, contre laquelle il s’engage à lutter énergiquement, il mène une campagne discrète, depuis le sous-sol de sa maison transformé en studio, avec l’appui de Barack Obama, des médias et des réseaux sociaux.

Son projet pour « mieux reconstruire » le pays (« Build Back Better ») repose sur des dépenses d’infrastructures, une fiscalité plus juste, une économie plus « verte » (avec un retour des États-Unis dans l’accord de Paris) et des mesures sociales (notamment l’élargissement du système de santé dit Obamacare sans toutefois vouloir le rendre obligatoire) et contre les inégalités raciales. Ce président qui veut « restaurer l’âme de l’Amérique » affirme également vouloir normaliser les relations internationales (par exemple en renouant le dialogue avec l’Iran sur le nucléaire).

Après plusieurs jours d’attente due au comptage des nombreux bulletins arrivés par la poste en plus des votes exprimés le jour officiel de l’élection, Joe Biden est déclaré 46e président élu des États-Unis, avec 306 grands électeurs contre 232. Il est le deuxième président américain catholique, après J. F. Kennedy. La mobilisation de l’électorat se révèle historique : il obtient le plus grand nombre de voix de toute l’histoire des États-Unis (81 282 900 voix) et son adversaire Donald Trump, qui conteste le résultat, le second plus grand nombre de voix (74 223 000 voix). C’est une victoire franche, mais pas une « vague bleue » comme les sondages l’avaient annoncé.

Le 20 janvier 2021, en l’absence de Donald Trump qui refuse toujours de reconnaître sa défaite, Joe Biden prête serment sur la Bible familiale, dans une capitale barricadée et devant une esplanade vide, où le public a été remplacé par 190 000 drapeaux. Ces mesures de sécurité inédites sont dues, d’une part, à l’épidémie de Covid-19 et, d’autre part, à l’intrusion de quelques centaines de partisans de Donald Trump dans le Capitole, le 6 janvier, dans le but de perturber la certification de l’élection. Dans son discours d’investiture, Joe Biden se présente en rassembleur d’une Amérique désunie.

(Pour en savoir plus sur son mandat, consulter : ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE, chronologie contemporaine)

—  Annick FOUCRIER

Bibliographie

J. Biden, Promise Me, Dad. A Year of Hope, Hardship, and Purpose, Pan Books, 2018

J.-É. Branaa, Joe Biden. Biographie, Nouveau Monde éd., Paris, 2020

J.-B. Cadier, Joe Biden. Une histoire américaine, L'Archipel, Paris, 2020

S. Dridi, Joe Biden. Le pari de l’Amérique anti-Trump, Éditions du Rocher, Monaco, 2020.

Écrit par :

  • : historienne, professeure émérite à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, histoire de l'Amérique du Nord, UMR SIRICE 8138

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Pour citer l’article

Annick FOUCRIER, « BIDEN JOE (1942- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 octobre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joe-biden/