BELLAY JOACHIM DU (1522-1560)

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Du Bellay et ses contemporains

Situer Du Bellay parmi les contemporains pose aussi des problèmes, car on ne saurait le limiter au statut de brillant second. Et, pourtant, ce n'est pas sans raison que l'ordre des armées distingue habituellement le chef et le porte-drapeau. Au milieu de la « Brigade » que Ronsard a mise sur orbite, il n'y a qu'un seul chef, Ronsard lui-même, qui s'impose par sa puissance créatrice, l'abondance de ses dons, sa confiance en lui, son habileté de carriériste. Mais il y a aussi consensus, chez les contemporains, sur l'attribution du rôle de porte-drapeau au rédacteur du manifeste que fut la Deffence et illustration de la langue françoyse. Parmi tous ces jeunes gens en pleine effervescence mais pas encore confirmés, Joachim était le seul à avoir une solide formation juridique ; il était aussi le meilleur manipulateur d'idées et le polémiste le plus efficace. Surtout, il était le seul à porter un grand nom, au moment où ses cousins, illustres, les frères Du Bellay, jouissaient de la plus grande faveur. Aucun d'eux n'était indifférent : le cardinal Jean, diplomate de première importance et lieutenant général préposé à la défense du Nord en 1536 ; René, évêque du Mans, mécène lui aussi, bien que sur un moindre train, protecteur de Peletier du Mans et, par là même, intermédiaire entre Joachim, Peletier et Ronsard ; Martin, le plus jeune, continuateur des Mémoires commencées par son illustre aîné, Guillaume seigneur de Langey, qui a été peut-être le plus grand homme d'État français du xvie siècle, le plus efficace et le plus intègre.

Bien pourvu du côté des relations de famille, Joachim ne l'est guère sur le plan personnel. Chétif, orphelin très jeune, surveillé de loin par un frère plus âgé et indifférent, il traînera toujours avec lui un poids de frustrations trop lourd pour son hypersensibilité d'écorché vif et se montrera aussi capable de tendresse que de causticité et d'insolences de timide. Ajoutons à cela son statut de cadet sans patrimoine dans la branche la moins fortunée du clan Du Bellay. Aup [...]


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  • : ancien professeur à l'université de Berkeley, professeur émérite à l'université de Manchester, fondateur de l'Institut collégial européen

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Pour citer l’article

Gilbert GADOFFRE, « BELLAY JOACHIM DU - (1522-1560) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joachim-du-bellay/