JEUX OLYMPIQUESLes femmes et les Jeux

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Le combat des femmes

Le C.I.O. ouvre donc timidement les Jeux aux femmes en juin 1910. Néanmoins, cette décision ne résulte nullement d'un instant de progressisme spontané. En effet, dans leurs combats pour l'émancipation, les femmes n'oublient pas le sport : dès 1903 est organisée, de Nanterre à Paris, une « course des midinettes » de 12 kilomètres, qui connaît une importante participation (deux mille cinq cents femmes), remportée par Jeanne Cheminel ; surtout, Emmeline Pankhurst, célèbre suffragette britannique, menace de causer quelques désordres dont elle est coutumière durant les compétitions olympiques de 1912.

Le mouvement sportif féminin commence à se fédérer après la Première Guerre mondiale sous l'impulsion d'Alice Milliat, une institutrice nantaise, championne d'aviron, veuve, passionnée de voyages et de sport. En décembre 1917 naît la Fédération des sociétés féminines sportives de France, dont Alice Milliat deviendra rapidement la présidente. Dès 1919, cette dernière demande à Coubertin d'inclure des épreuves féminines d'athlétisme aux jeux Olympiques d'Anvers en 1920. Le baron refuse. Un meeting féminin international d'athlétisme se déroule à Monte-Carlo, sur l'initiative d'Alice Milliat, en 1921. Celle-ci noue des contacts dans l'Europe entière : le 31 octobre 1921, la Fédération sportive féminine internationale (F.S.F.I.) voit le jour ; dès août 1922, Alice Milliat en devient la présidente. Toujours en 1922, celle-ci organise des « championnats olympiques féminins » au stade Pershing, dans le bois de Vincennes, à Paris. Les instances sportives masculines s'émeuvent, refusent que l'adjectif « olympique » soit employé pour ces compétitions ; J. Sigfrid Edström, alors président de la Fédération internationale d'athlétisme, s'indigne de ce « putsch » féminin... Néanmoins, Alice Milliat et J. Sigfrid Edström prennent langue. La Française refuse de renoncer aux championnats féminins, mais accepte de supprimer le qualificatif « olympique ».

En 1926, la deuxième édition de cette manifestation se nomme « Jeux mondiaux féminins » : ceux-ci, présidés par le prince Gustave-Adolphe de Suède, passionnent huit mille spectateurs et constituent un réel succès. Dès lors, la F.S.F.I. devient un interlocuteur puissant que le C.I.O. ne peut plus ignorer avec dédain : cinq épreuves féminines d'athlétisme figurent donc au programme des Jeux d'Amsterdam en 1928. Alice Milliat, méfiante, décide néanmoins de pérenniser les Jeux mondiaux féminins. La troisième édition se tient à Prague, en 1930 : quelque deux cent soixante-dix femmes, représentant dix-sept pays, s'affrontent durant quatre jours sous les applaudissements de soixante mille spectateurs. En 1934, à Londres, plus de six mille personnes assistent chaque jour aux compétitions des Jeux mondiaux féminins. Par ailleurs, la F.S.F.I. tient régulièrement des congrès, dont les travaux sont de grande qualité : c'est ainsi que la F.S.F.I., très novatrice, propose dès 1936 que des contrôles de féminité soient instaurés lors des compétitions internationales (le C.I.O. attendra 1968 pour les mettre en œuvre).

En 1932, six épreuves féminines d'athlétisme (100 mètres, 80 mètres haies, relais 4 fois 100 mètres, saut en hauteur, lancer du disque, lancer du javelot) figurent au programme des Jeux de Los Angeles ; en 1936, à Berlin, toutes sont maintenues. La F.S.F.I. considère alors que le risque d'un retour en arrière est écarté, que son combat est gagné et prononce sa dissolution en 1938.

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « JEUX OLYMPIQUES - Les femmes et les Jeux », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-les-femmes-et-les-jeux/