JEUX OLYMPIQUESLe dopage et les Jeux

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Une longue histoire sans fin ?

La disqualification de Ben Johnson provoque donc une sorte de séisme olympique à forte visibilité médiatique, et le monde entier prend soudain conscience du problème du dopage. Pourtant, le dopage dans le sport, et plus particulièrement aux jeux Olympiques, est loin d'être un phénomène nouveau. De tout temps, l'homme a en effet cherché à augmenter ses capacités physiques par l'absorption de diverses substances : ainsi, durant les Jeux de l'Antiquité grecque, les concurrents consommaient de grandes quantités de viande pour augmenter leurs chances de victoire, ce qui était interdit et sanctionné. Les sauteurs mangeaient de la viande de chèvre en raison des aptitudes de cet animal alors que les lanceurs et les lutteurs préféraient la viande de bœuf.

Pour ce qui est des Jeux modernes, Thomas Hicks, vainqueur du marathon en 1904 à Saint Louis, ne put rallier l'arrivée que grâce à l'« aide » de son entraîneur qui lui fit deux injections de sulfate de strychnine et lui fit avaler une bonne rasade de cognac français. À cette époque, on ne parle pas de dopage et Hicks est félicité pour sa victoire. On commence à parler de dopage en 1928 : la Fédération internationale d'athlétisme interdit le recours à des substances stimulantes ; mais il n'existe ni moyens de contrôle ni règlements spécifiques en la matière ; cette interdiction demeure très symbolique, le respect de celle-ci relevant donc de la seule rigueur morale des concurrents. Une pratique « dopante » se répand dans les années 1930 : comme le déficit en oxygène limite les performances dans les sports d'endurance, les Japonais inaugurent l'inhalation d'oxygène avant les compétitions. Puis les hormones synthétiques s'invitent aux Jeux dans les années 1950.

En 1960, le cycliste danois Knud Enemark Jensen décède, prétendument victime d'une insolation, dans la course contre la montre par équipes de 100 kilomètres : l'autopsie révèle des traces d'amphétamines, dont l'absorption est plus sûrement la cause du drame. Dès lors, le mouvement olympique prend conscience de la gravité du phénomène et tente de le combattre. Des contrôles « antidoping » sont instaurés lors de certaines épreuves de cyclisme aux Jeux de T̄okȳo en 1964. Cependant, ceux-ci sont non contraignants : l'Italien Giovanni Pettenella, deuxième de la compétition cycliste sur piste du kilomètre, refuse de se soumettre au contrôle « antidoping » diligenté par l'Union cycliste internationale ; il est soutenu par ses dirigeants et conserve sa médaille d'argent.

En 1967, le C.I.O. crée une commission médicale et dresse une première liste de substances interdites. Des contrôles « officiels » sont instaurés pour les Jeux de Grenoble et de Mexico en 1968 : à Mexico, le pentathlète suédois Hans-Gunnar Liljenwall est le premier sportif disqualifié pour dopage aux Jeux (les analyses révèlent des traces excessives d'alcool). La lutte antidopage devient alors une composante indissociable des rendez-vous olympiques : les substances illicites se multiplient, les méthodes condamnables se modernisent. Dans les années 1970, l'usage des stéroïdes anabolisants se répand chez les lanceurs et les haltérophiles ; faute de disposer d'un test de détection concluant, le C.I.O. attend 1976 pour inscrire les stéroïdes anabolisants sur la liste des produits prohibés. Près de mille huit cents contrôles sont effectués aux Jeux de Montréal en 1976 : onze concurrents sont déclarés positifs. Parmi ceux-ci ne figure pas le coureur de fond finlandais Lasse Viren, qui comme à Munich en 1972 réalise le doublé 5 000-10 000 mètres : on est quasi certain qu'il a recours à l'autotransfusion sanguine pour sa « préparation » ; le Finlandais s'en défend et déclare que le seul produit qu'il absorbe est le lait de renne – il eut pu avouer, cela n'aurait rien changé, l'autotransfusion sanguine n'était pas prohibée... Le dopage sanguin ne sera interdit qu'en 1986.

À l'occasion de ces mêmes Jeux de Montréal, la hiérarchie olympique se trouve bouleversée : la R.D.A. occupe la deuxième place du bilan des nations, devant les États-Unis. Les jeunes nageuses est-allemandes aux larges épaules écrasent les compétitions, remportant onze des treize médailles d'or attribuées en natation ; les jeunes femmes est-allemandes se disting [...]

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  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « JEUX OLYMPIQUES - Le dopage et les Jeux », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-le-dopage-et-les-jeux/