JEUX OLYMPIQUESLe cinéma et les Jeux

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Les films officiels

La question d'un film officiel des jeux Olympiques semble évoquée pour la première fois par le C.I.O. en 1938. Cette réflexion fait bien sûr suite à la réussite du film de Leni Riefenstahl Olympia (sorti en France sous le titre Les Dieux du stade). Grâce aux immenses moyens mis à la disposition de la réalisatrice par le IIIe Reich, celle-ci propose une œuvre grandiose, d'une incontestable qualité esthétique, mais bien sûr fort discutable du point de vue éthique. Olympia, commandité par Hitler, soutenu par Goebbels, n'était donc curieusement pas un film « officiel ». Le C.I.O. décidera bientôt que les comités d'organisation des Jeux à venir devront intégrer la production d'un film officiel dans leur dossier de candidature.

Le premier film officiel consacré aux jeux Olympiques d'été est tourné en 1948, pour l'édition de Londres : la réalisation de celui-ci est confiée à Castleton Knight qui, dans le contexte des « Jeux de l'austérité », monte en quelques jours un simple documentaire, The Glory of Sport. En fait, le premier véritable film d'envergure consacré aux jeux Olympiques est réalisé en 1956 à Melbourne par une équipe française dirigée par René Lucot (Rendez-vous à Melbourne), qui propose un joli documentaire de long-métrage (100 minutes). En 1960, à l'occasion des Jeux de Rome, Romolo Marcellini livre lui aussi un film de facture assez classique à caractère documentaire (La grande Olimpiade).

Il en va tout autrement de la démarche de Kon Ichikawa avec Tokyo Olympiades, présenté au festival de Cannes en 1965 : filmant les Jeux de T̄okȳo en 1964, le réalisateur accumule certes des kilomètres de pellicule (120 000 mètres), mais il élabore un véritable scénario sur le thème de la création, transforme les athlètes en « insectes humains », jetant en quelque sorte un regard d'entomologiste sur les sportifs écrasés par le téléobjectif ; Tokyo Olympiades devient une chanson de geste, un hymne à l'homme dans lequel la solitude du marathonien côtoie les tics du lanceur de poids, l'harmonie des gymnastes se transforme en émotion sur les podiums. Tokyo Olympiades demeure sans conteste le plus abouti des films officiels des jeux Olympiques du point de vue de la qualité artistique. En 1968, à l'occasion des Jeux d'hiver de Grenoble, Claude Lelouch et François Reichenbach proposent Treize Jours en France, un film qui, au-delà des exploits sportifs, tente de restituer l'ambiance du moment. Concernant les Jeux de Mexico, la même année, Alberto Isaac livre un hymne à la jeunesse (The Olympics at Mexico).

En 1972, pour les Jeux de Munich, une nouvelle approche est adoptée : la réalisation du film officiel n'est pas confiée à un cinéaste, mais huit célébrités internationales du septième art reçoivent la charge de filmer un événement olympique ou un aspect spécifique des Jeux, à l'image des films à sketches en vogue à l'époque. Chacun est libre de choisir son sujet et de le traiter dans son style propre. Ainsi, Yuri Ozerov filme le premier volet (« L'Ouverture »), Milos Forman ponctue l'épreuve du décathlon de morceaux musicaux décalés, Arthur Penn filme le saut à la perche, Kon Ichikawa le 100 mètres, Mai Zetterling, dans « Les Plus Forts », met en scène les haltérophiles, Claude Lelouch s'intéresse aux « Perdants »...

Concernant les Jeux d'hiver d'Innsbruck en 1976, le Britannique Tony Maylam, documentariste reconnu, livre White Rock, alors que le film officiel des Jeux de Montréal, la même année, est tourné par un jeune réalisateur de vingt-huit ans, Jean-Claude Labrecque, qui propose une œuvre intimiste dans laquelle il s'attache à saisir les sportifs dans leur quotidien. En 1980, le comité d'organisation des Jeux d'hiver de Lake Placid innove : il décide de ne pas financer un film officiel ! Tout au contraire, Yuri Ozerov dispose d'importants moyens pour réaliser le film officiel des Jeux de Moscou ; il doit néanmoins suivre à la lettre les instructions du Goskino (comité cinématographique d'État), met l'accent plus sur le rassemblement de la jeunesse sportive que sur la compétition et propose finalement une œuvre convenue, O Sport, ty mir (Ô sport, tu es la paix).

En 1984, les Jeux de Los Angeles voient le début d'une intense production de l'Américain Bud Greensp [...]

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Les Chariots de feu, H. Hudson

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« Buster » Crabbe dans Flash Gordon

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « JEUX OLYMPIQUES - Le cinéma et les Jeux », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-le-cinema-et-les-jeux/