JEUX OLYMPIQUESLa sécurité des Jeux

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Faire oublier les sinistres Jeux de Berlin de 1936, qui furent l'occasion d'une gigantesque mascarade orchestrée par les nazis, constitue une obsession pour les organisateurs des Jeux de Munich en 1972. Dans le climat du début des années 1970 empreint d'un désir de liberté, du moins en Occident, ils décident de laisser ce vent de fraîcheur souffler sur le village olympique : chacun peut s'y promener en toute décontraction sous le regard d'un service de sécurité bon enfant. Mais, le 5 septembre, vers 4 heures du matin, cinq individus escaladent le mur d'enceinte du village olympique ; deux employés qui se rendent à leur travail les aperçoivent, mais ils pensent qu'il s'agit d'athlètes de retour d'une virée nocturne. Trois autres personnes pénètrent à leur tour dans le village olympique. Les huit intrus entrent dans le bâtiment 31 de la Connollystrasse, où résident les délégations d'Israël, de Hong Kong et d'Uruguay : ils investissent l'appartement du rez-de-chaussée. Moshe Weinberg, un entraîneur de lutte israélien qui tente de s'interposer, et Yossef Romano, un haltérophile israélien qui essaie de donner l'alerte, sont abattus. Les hommes cagoulés capturent neuf Israéliens, qu'ils regroupent, ligotés, dans une pièce. L'alerte est rapidement donnée ; une heure après le début de l'opération, Manfred Schreiber, directeur de la sécurité des Jeux, fait boucler toutes les voies d'accès au bâtiment.

Rapidement, les terroristes font connaître leurs exigences. Ils se revendiquent de Septembre noir, un groupe créé par le Fatah après que l'armée jordanienne a bombardé des camps de réfugiés palestiniens en septembre 1970 et qui a assassiné Wasfi Tall, Premier ministre de Jordanie, en novembre 1971. Le chef de ce commando, Luttif Afif, exige « qu'avant 9 heures le régime militaire israélien libère deux cent trente-six détenus révolutionnaires ». Une première réunion de crise se tient à 7 heures 15 ; à 8 heures 45, Willy Brandt, chancelier de la République fédérale, contacte Golda Meir, chef du gouvernement israélien. Cette dernière prône une politique de fermeté extrême vis-à-vis de ce type de revendications et indique « qu'à aucun prix Israël ne doit faire la moindre concession au chantage terroriste ». Le commando repousse son ultimatum, des négociations s'engagent, le C.I.O. ne décide d'interrompre les Jeux que dans l'après-midi (à 15 heures).

À 16 heures, les terroristes obtiennent d'être évacués par avion vers un pays arabe. À 17 heures 15, Bruno Merk, ministre de l'Intérieur du Land de Bavière, et Hans-Dietrich Genscher, ministre de l'Intérieur de la République fédérale, entrent dans le bâtiment 31, conversent avec Luttif Afif puis avec l'un des otages, Andre Spitzer, et s'assurent que les neuf otages sont toujours en vie. À 22 heures, les huit terroristes et leurs otages prennent place dans un autocar de l'armée qui les conduit vers l'Olympiapark où trois hélicoptères les attendent. Puis ils gagnent l'aéroport de Fürstenfeldbruck, où un Boeing-727 de la Lufthansa, prétendument prêt à décoller pour Le Caire, est stationné. En fait, les autorités ouest-allemandes ont décidé depuis longtemps que personne ne quitterait Munich ; les tireurs d'élite de la police sont en position et ouvrent le feu. Les terroristes palestiniens sont piégés : l'un d'entre eux abat quatre otages ; un autre lance une grenade dans l'hélicoptère où se trouvent les Israéliens, causant la mort des cinq otages survivants. Le bilan est effroyable : onze otages israéliens assassinés, cinq des huit terroristes tués, tout comme un policier ouest-allemand.

Malgré cette issue sanglante, les terroristes palestiniens ont atteint leur objectif caché : durant une douzaine d'heures, neuf cents millions de téléspectateurs ont pu suivre le drame retransmis en direct dans une centaine de pays par les chaînes qui ont bousculé tous leurs programmes. Pour le monde entier, l'image du terroriste devient désormais concrète : il ressemble à l'homme dont le visage était masqué par un bas et qui sortait du bâtiment 31 pour vérifier la position des tireurs de la police. Le lendemain, une cérémonie funèbre se déroule au stade olympique ; Avery Brundage, président du C.I.O., décide que les Jeux se poursuivront et que les compétitions spor [...]

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « JEUX OLYMPIQUES - La sécurité des Jeux », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-la-securite-des-jeux/