JEUX OLYMPIQUESLa notion d'amateurisme

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La rigidité originelle du C.I.O.

Dès la rénovation olympique, la question de l'amateurisme se trouve au cœur du projet. En effet, lors du congrès fondateur de la Sorbonne, tenu du 16 au 23 juin 1894 et organisé à l'initiative de Pierre de Coubertin par l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques, deux sujets sont à l'ordre du jour : « Amateurisme, professionnalisme et unification des règlements » ; « Rétablissement des jeux Olympiques ». Coubertin se soucie bien plus du second volet du congrès, néanmoins il est confirmé que seuls les « amateurs » seront autorisés à participer aux Jeux. La convocation de ce congrès et son déroulement laissent place à l'ambiguïté concernant la position de Coubertin au sujet de l'amateurisme : en cette fin de xixe siècle, la grande question qui agite le mouvement sportif, notamment en Grande-Bretagne, est celle de l'amateurisme ; aussi, pour assurer le succès de son congrès et la venue en nombre des participants, Coubertin laisse entendre que le premier volet est primordial, le second accessoire. Contrairement à une idée reçue, Coubertin ne fut jamais un chevalier guerroyant contre le sport professionnel, même si sa conception du sport s'appuyait sur la valorisation d'une élite, composée par définition de concurrents amateurs. Il écrit certes à l'issue des Jeux d'Athènes en 1896 que « jamais manifestation plus grandiose n'a eu lieu en faveur de l'amateurisme », mais il s'arc-boute beaucoup moins que les Anglo-Saxons (pour les Anglais, par exemple, « ni ouvriers, ni artisans, ni commerçants ne peuvent être considérés comme des amateurs ») sur une définition stricte du sportif amateur. Pour Coubertin, l'amateurisme constitue avant tout un rempart contre l'argent et le mercantilisme. Avant de céder la présidence du C.I.O., Coubertin est conscient qu'une idée universelle de l'amateurisme est utopique. Il déclare en 1924 : « Personnellement, je crois que depuis vingt ans la formule britannique [concernant l'amateurisme] est périmée, mais je pense aussi que le C.I.O. ne doit pas empiéter sur les prérogatives des fédérations internationales et que nous devons nous borner à exiger des athlètes qu'ils remplissent les règlements de leur fédération nationale. » Il finira même par se lasser : « L'amateurisme : lui ! Toujours lui. J'en risque aujourd'hui l'aveu : je ne me suis jamais passionné pour cette question-là », écrit-il dans ses Mémoires.

Aviron : Oxford-Cambridge, 1931

Photographie : Aviron : Oxford-Cambridge, 1931

En matière d'« amateurisme », les Anglais avaient une conception beaucoup plus élitiste que Pierre de Coubertin. Pour eux, « ni ouvriers, ni artisans, ni commerçants ne peuvent être considérés comme des amateurs ». La célèbre course d'aviron opposant les universités d'Oxford et... 

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Pour autant, le C.I.O. – tout comme les fédérations internationales de sports – demeure longtemps intransigeant, et les décisions spectaculaires se succèdent. Jim Thorpe est donc disqualifié rétroactivement en 1913. Le tennis disparaît du programme olympique après 1924, car le C.I.O. émet des doutes quant à la qualité d'« amateurs » de ses meilleurs pratiquants. Peu avant les Jeux de Los Angeles (1932), il se dit que le célèbre athlète français Jules Ladoumègue aurait touché 6 000 francs pour courir au Havre : le 4 avril 1932, la Fédération française d'athlétisme n'attend pas que le C.I.O. se saisisse du dossier et radie le plus brillant et le plus populaire champion français de son temps. Peu après, les fédérations allemande et suédoise accusent le Finlandais Paavo Nurmi d'avoir touché de l'argent pour courir lors de plusieurs réunions. Alors que le fameux coureur de fond, âgé de trente-cinq ans, s'apprête à relever un ultime défi (remporter le marathon des Jeux de Los Angeles), il se voit suspendu trois jours avant l'ouverture de ces Jeux et assiste aux compétitions dans les gradins. En 1936, les moniteurs de ski ne sont pas autorisés à participer aux compétitions alpines des Jeux d'hiver de Garmisch-Partenkirchen, ce qui provoque le forfait des skieurs alpins suisses et autrichiens. Le 17 mars 1946, les athlètes suédois Gunder Haegg et Arne Andersson, soupçonnés d'avoir battu des records du monde contre rémunération, sont radiés à vie : ils ne participeront jamais aux Jeux. En 1946, le C.I.O. s'émeut, considérant que les joueurs de hockey sur glace américains ne sont pas de vrais « amateurs » et menace même de rayer ce sport du programme olympique ; il se contentera de disqualifier l'équipe des États-Unis qui s'est présentée aux Jeux de Saint-Moritz en 1948. Plus tard, le skieur autrichien [...]

Jules Ladoumègue, 1930

Photographie : Jules Ladoumègue, 1930

Jules Ladoumègue fut un des champions français les plus populaires de son temps, et ses exploits firent souvent la une des journaux sportifs. Ici, Le Miroir des sports célèbre son record du monde du 1 500 mètres, établi le 5 octobre 1930 au stade Jean-Bouin, à Paris. Mais Ladoumègue fut... 

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Jules Ladoumègue, 1930

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  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « JEUX OLYMPIQUES - La notion d'amateurisme », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-la-notion-d-amateurisme/