JEUX OLYMPIQUESLa Chine et les Jeux

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La volonté d'accueillir les Jeux

Briller aux Jeux est essentiel pour la Chine, mais elle souhaite également les organiser, ce qui concrétiserait totalement son ouverture internationale et sa réussite économique. Elle décide de présenter la candidature de Pékin pour les Jeux de l'an 2000, et pense réunir tous les atouts quand le C.I.O. ouvre sa cent unième session le 21 septembre 1993 à Monaco : le soutien de l'Afrique, où elle a construit de multiples stades, lui paraît acquis ; Paris semble voir d'un bon œil la candidature pékinoise et tente de fédérer la francophonie ; les voix de l'Europe de l'Est lui paraissent promises. En fait, la Chine est trop sûre de sa victoire et commet quelques maladresses : Zhang Baifa, le directeur du comité de candidature, laisse entendre que la présence chinoise à Atlanta en 1996 n'est pas totalement assurée en cas de mauvaise surprise – son compatriote He Zhenliang, vice-président du C.I.O., doit apporter un violent démenti ; lors du « grand oral », Li Lanqing, vice-Premier ministre, insiste un peu trop sur l'aspect historique du vote du C.I.O. et sur son importance pour l'avenir du monde. En outre, les images de la répression brutale de la révolte étudiante de la place Tiananmen en juin 1989 demeurent vivaces, alors que les « brillantes » performances de l'armée de Ma Juren aux Championnats du monde d'athlétisme de Stuttgart au mois d'août font resurgir l'ombre du dopage. Le 23 septembre 1993, à 20 heures 20, Juan Antonio Samaranch annonce le résultat : au quatrième tour de scrutin, Sydney obtient quarante-cinq voix, Pékin quarante-trois ; les Jeux de l'an 2000 se tiendront donc en Australie !

Après cette courte défaite, on pense que l'Empire du Milieu va s'engager de nouveau dans la course en vue de 2004. Aussi, chacun s'étonne de l'abstention chinoise. En fait, les autorités de Pékin ont parfaitement compris que, plus que la qualité du dossier de leur candidature, les événements géopolitiques du moment auraient une influence considérable à l'heure du choix. Or le C.I.O. doit se prononcer pour l'attribution des Jeux de 2004 en septembre 1997, quelques semaines après la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Une date défavorable, puisque tous les regards seront tournés vers la Chine et que le moindre incident politique ou diplomatique à cette occasion pourrait provoquer un nouvel échec. Les ambitions chinoises sont donc reportées de quatre ans.

Cette fois, la Chine emploie tous les moyens mis en œuvre jusque-là par les puissances « capitalistes » dans le cadre d'une candidature olympique. Elle s'appuie sur des compétences étrangères, engageant notamment Sandy Hollway, ancien directeur des Jeux de Sydney, et des lobbyistes de haute volée : le cabinet américano-britannique Weber Shandwick, qui s'occupe de la communication au niveau planétaire hors Europe, et le groupe Bell Pottinger, qui se charge du Vieux Continent. Ces experts insistent sur la modernité que doit afficher la Chine, avec le slogan : « Jeux verts, Jeux populaires, Jeux hi-tech ». On organise place Tiananmen le concert des trois ténors. Tous les réseaux diplomatiques sont activés, dont celui d'Henry Kissinger, ami de Juan Antonio Samaranch, qui achève son mandat de président du C.I.O... Samaranch soutient Pékin sans réserve : « Mon cœur est avec Paris, mais ma tête est avec Pékin. Si on refuse une deuxième fois les Jeux à la Chine, le pire est imaginable. Elle se fermerait, se durcirait. » Washington, soucieux de ne pas dégrader encore ses relations avec Pékin, alors tendues en raison des ventes américaines de sous-marins à Taïwan, fait taire quelques parlementaires qui manifestent leur opposition à l'attribution des Jeux à Pékin... À l'occasion du « grand oral olympique », des questions fusent au sujet du dopage, des transports, de la pollution, des travaux, etc., mais personne n'ose aborder la question taboue des droits de l'homme. Le 13 juillet 2001, le résultat est donc sans surprise : le C.I.O., réuni pour sa cent douzième session à Moscou, choisit Pékin dès le second tour de scrutin, par cinquante-six voix, contre vingt-deux pour Toronto et dix-huit pour Paris.

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « JEUX OLYMPIQUES - La Chine et les Jeux », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-la-chine-et-les-jeux/