JÉSUS ou JÉSUS-CHRIST

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Le problème historique

Les sources

Devant l'indigence et le caractère incertain des documents païens ou juifs concernant Jésus, notre seule source est constituée par les quatre Évangiles. Encore ne sont-ils pas unanimes. Ils sont une prédication, une annonce de la foi, et chaque Évangile, par la manière dont il rapporte tel fait ou telle parole, par le cadre dans lequel il les insère, peut lui donner un sens et une interprétation différents. La comparaison des trois premiers Évangiles, dits synoptiques, est instructive à cet égard, pour les péricopes qu'ils ont en commun. Quant au quatrième Évangile, dit selon Jean, il représente une construction théologique élaborée dans laquelle il est difficile de distinguer ce qui pourrait être parole de Jésus et ce qui est commentaire du rédacteur. Cet Évangile a pourtant conservé des faits dignes de foi, notamment lorsqu'il rectifie les données des Évangiles de Matthieu, Marc et Luc. Au reste, tous les Évangiles sont tributaires de la tradition orale qui a véhiculé jusqu'à eux la matière qu'ils utilisent. Nulle part ils ne livrent des faits bruts. Un récit évangélique n'est pas une tentative de biographie et, lorsqu'il rapporte une parole, il cherche à transmettre un enseignement et non la littéralité des paroles du Maître. Mais la critique ne reste pas dépourvue. Une meilleure connaissance de l'araméen, langue maternelle de Jésus, l'étude de l'histoire des formes littéraires prises par la tradition, celle de l'histoire de la rédaction offrent à l'historien un certain nombre de points d'ancrage solides, en particulier pour reconstituer ce qu'a pu être l'enseignement de Jésus, non dans sa forme exacte mais du moins dans l'essentiel de ses affirmations. Pour ce qui concerne les événements précis de la vie de Jésus, il faut se montrer beaucoup plus circonspect. Nul n'oserait plus, de nos jours, écrire une vie de Jésus comme celles qui virent le jour au xixe siècle. L'imagination suppléait alors au silence des sources ; on faisait appel à une psychologie de Jésus qui était le plus souvent celle de l'auteur. L'ouvrage d'Albert Schweitzer sur l'histoire des vies de Jésus a mis un terme définitif à ce genre de projet. Quant à l'entreprise inverse, quant aux thèses des mythologues qui, devant les difficultés rencontrées par l'historien, ont pensé les résoudre toutes en expliquant les Évangiles comme un mythe solaire ou un drame sacré purement symbolique, elle ne résiste pas à l'analyse. L'étude des Évangiles permet de dire, non seulement que Jésus a existé, mais encore bien plus.

Le milieu

La Palestine, à l'époque de Jésus, vit sous l'occupation romaine. La succession d'Hérode le Grand, en 4 avant J.-C., et le partage de son royaume entre ses trois fils ne se firent pas sans mal. Dès ce moment, la révolte gronde partout, et notamment en Galilée où Judas de Gamala provoque deux soulèvements avant d'être exécuté. Peu après l'arrivée de Pilate à Jérusalem en 26, une émeute est matée avec férocité. La situation politique est tendue, l'insurrection souhaitée par les nationalistes, qui mêlent dans une même haine l'occupant et ceux qui collaborent avec lui. La situation économique n'est pas meilleure : les impôts, les réquisitions et les corvées pèsent lourdement sur la population. Les trois grands partis juifs du temps n'ont pas tous la même attitude envers les Romains. Du point de vue religieux, ils ont tous en vue l'observance des commandements mosaïques, si bien que le judaïsme se présente plus comme une orthopraxie que comme une orthodoxie. Les esséniens eux-mêmes, qui vivent en marge de la société et du Temple, ne sont pas rejetés de la communauté juive.

Les sadducéens

Le parti des sadducéens n'est pas fortement organisé. Il se confond avec une classe privilégiée : le grand sacerdoce et les familles influentes et riches. C'est sous Jean Hyrcan (135-107 av. J.-C.) qu'ils sont devenus un parti de gouvernement ; et ils ont constamment lutté avec les pharisiens pour conserver ou reprendre le pouvoir. Depuis la conquête romaine, ils savent se montrer conciliants avec les pouvoirs successifs, mais se confinent de plus en plus dans le Temple, en conservant toute leur influence sur la caste sacerdotale. Ils sont essentiellement conservateurs, n'observant que la loi écrite et refusant tous les apports de la tradition pharisienne. Seul, le Pentateuque (les cinq livres de la Loi) fait autorité à leurs yeux et ils n'ont jamais admis les idées introduites plus ou moins récemment dans le judaïsme : le destin et la prédestination, l'angélologie, la croyance aux esprits, la résurrection, la rétribution finale. Ils ne partagent pas l'attente messianique de nombre de leurs compatriotes. Ils méprisent le peuple, qui le leur rend bien. « Les sadducéens ne persuadent que les riches, le peuple ne leur est pas favorable », écrit l'historien Flavius Josèphe.

Les pharisiens

Le même Josèphe définit les pharisiens comme un « parti qui semble plus religieux que les autres et commente les lois avec plus de soin ». La législation qu'ils proposent au peuple remonte, selon eux, à la « tradition des Pères ». Cette utilisation des traditions leur permettait de préciser la Loi – par exemple, ce qu'on pouvait faire ou ne pas faire le jour du sabbat –, d'en réinterpréter les exigences, mais parfois aussi de la modifier en fait, lorsque leurs précisions arrivaient à tourner le commandement. Deux écoles, l'une très rigoriste, l'autre plus ouverte, partageaient les pharisiens en deux tendances au début de notre ère. Mais tous raisonnaient en casuistes, et ils n'hésitaient pas à donner à la tradition la primauté sur la Loi. Une de leurs grandes réussites est la synagogue, qui fut l'instrument de leur influence sur le peuple. La synagogue désigne à la fois la communauté qui se réunit et le lieu où elle le fait. On s'y retrouvait le jour du sabbat pour la prière, la lecture de l'Écriture et l'homélie. Pendant la semaine, elle servait d'école, et l'on s'y instruisait de la Loi. Pour la plupart farouchement nationalistes, les pharisiens exécraient les Romains.

Les esséniens et les zélotes

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Adoration des Mages, P. P. Rubens

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-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine

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Écrit par :

  • : théologien, docteur en théologie, doyen de la faculté de théologie de l'Institut catholique de Paris
  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses)
  • : agrégé de l'université, docteur ès lettres, directeur de recherche émérite au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Joseph DORÉ, Pierre GEOLTRAIN, Jean-Claude MARCADÉ, « JÉSUS ou JÉSUS-CHRIST », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jesus-jesus-christ/