JACOBSEN JENS PETER (1847-1885)

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Écrit à l'ombre de la mort

Dans les dernières années de sa vie, Jacobsen écrivit quatre nouvelles. Deux d'entre elles, dans un style suggestif, se passent en Italie. Dans l'une, un fleuve sépare Deux Mondes (To Verdener, 1878) : sur l'une de ses rives, des chaumières pauvres et tristes, où la peur de vivre des chrétiens rend les hommes profondément jaloux du bonheur tout païen des voisins ; sur l'autre, les maisons confortables et heureuses de la foi en la vie. Cette description liminaire devient le symbole des deux personnages féminins de la nouvelle, un sur chaque rive, et de leurs actes. Dans La Peste à Bergame (Pesten i Bergamo, 1882), les habitants, atteints de la peste, se révoltent contre la morale chrétienne ; mais, à la suite d'un sermon sur l'enfer prononcé par un flagellant étranger, ils s'effondrent, dans la vieille crainte des conséquences du péché. Rien ne sert de supprimer la religion si l'on n'a pas d'autres idéaux pour vivre et pour mourir. Les deux autres nouvelles marquent les deux extrêmes de sa prose : le raffinement et la simplicité. Là j'eusse souhaité des roses (Der burde have vaeret Roser, 1882) est une fantaisie en face d'un mur de parc romain où l'on imagine qu'une petite pièce de théâtre est représentée ; deux pages y parlent du bonheur : le proche, mais éphémère bonheur, ceint de deux bras blancs, et le bonheur inaccessible, et par conséquent toujours nouveau, de la rêverie. En revanche, les problèmes réalistes et le mode narratif profond et simple de Madame Fœnss (Fru Fønss, 1882) contrastent avec l'élaboration dans le thème et dans le style des œuvres précédentes : au moment où une veuve retrouve le bien-aimé de sa jeunesse et l'épouse, ses enfants se détournent d'elle, mus par un impitoyable désespoir. Et sur son lit de mort, c'est elle, leur mère, qui doit écrire des paroles de pardon, car « quand l'être humain aime, dit-elle dans sa lettre d'adieux, c'est celui qui aime le plus qui doit toujours s'humilier ; aussi je viens à vous encore une fois, comme je veux venir à vous en pensée à chaque heure du jour, aussi longtemps que je le pourrai ».

Cette pensée résignée sur la mort éclate dans Arabesque (Arabesk, 1873), l'un des rares derniers poèmes de Jacobsen, composé pour commenter un célèbre dessin de femme de Michel-Ange, exécuté à la sanguine : « Pourquoi vivre, puisqu'il nous faut mourir ? »

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  • Juliette GARRIGUES
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Pour citer l’article

Frederik Julius BILLESKOV-JANSEN, « JACOBSEN JENS PETER - (1847-1885) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jens-peter-jacobsen/