BACH JEAN-SÉBASTIEN

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'homme de foi

À pousser aussi loin dans l'art d'être, Bach éclaire les dimensions profondes de sa mystique. Il y pense moins qu'il ne la respire. On comprend, à le voir tel, qu'il n'avait nul besoin d'une église (sinon pour lui assurer ses légitimes revenus). Son fils Carl Philipp Emanuel, le Bach de Berlin, ne cachait pas que le travail des fameuses cantates était une obligation en vue du pain quotidien. Son père, en toute loyauté, eût pu dire la même chose. Il est vrai que cette couleur du temps, cette grisaille extérieure qui affectent parfois sa musique, ce sérieux-des-bons-usages sont le tribut versé inévitablement à la nécessité quotidienne. Le fond de la nature de Bach est beaucoup plus insolite, on pourrait même dire sauvage, que ce que les apparences exigeaient. Sa foi préserve son autonomie. Ses goûts pour la théologie ne lui fournissent que des occasions d'en traiter pertinemment et par voie dialectique. En réalité, son Dieu le constitue organiquement, si l'on ose dire, et, pour lui, c'est la première reconnaissance. De là cet apaisement spontané de l'Esprit saint, par exemple, qui n'a rien pour lui du tourmenteur, comme il en va pour beaucoup de mystiques. Il suffit de constater ce que sa musique nous exprime à son sujet pour voir que Bach ignore ce conflit.

Aussi les objections des piétistes au sujet de la musique le laissèrent-elles indifférent, passé la colère. Ils attaquaient l'empirisme de sa foi, et le mot est court. Il faudrait dire sa vie même. Nul argument n'eût compensé sa faillite, et l'insulte à l'évidence : « Me reconnaissant doué pour établir une musique régulière pour la plus grande gloire de Dieu... et l'éducation de mon prochain... » Tout ce qui peut aller contre cela est d'avance banni et doit l'être. Les inquisiteurs de diverses obédiences n'eussent certainement pas aimé le personnage et eussent flairé en lui quelque hérésie... Cela ne signifie pas que Bach ne souffrait pas de mélancolie, voire, vers la fin, d'une claustration un peu hypocondriaque. De même, trop de morts parmi ses enfants et ses proches l'affectèrent, pour que l'on n [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages

Médias de l’article

Jean-Sébastien Bach

Jean-Sébastien Bach
Crédits : Rischgitz/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

La famille Bach, Rosenthal

La famille Bach, Rosenthal
Crédits : Bettmann/ Getty Images

photographie

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

  • : compositeur, inspecteur principal de la musique au ministère de la Culture, Paris

Classification

Autres références

«  BACH JEAN-SÉBASTIEN (1685-1750)  » est également traité dans :

BACH JEAN-SÉBASTIEN - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Alain PÂRIS
  •  • 584 mots
  •  • 25 médias

21 mars 1685 Jean-Sébastien Bach (Johann Sebastian Bach) naît à Eisenach, en Thuringe. Georg Friedrich Haendel était né un mois avant, le 23 février.9 août 1703 Bach est nommé organiste de la Neue Kirche d'Arnstadt (ancienne […] Lire la suite

MORT DE JEAN-SÉBASTIEN BACH

  • Écrit par 
  • Alain PÂRIS
  •  • 183 mots
  •  • 1 média

Le 28 juillet 1750, Jean-Sébastien Bach meurt à Leipzig. Musicien universel, il est considéré comme un point de départ auquel se référeront tous ses successeurs. Son approche de la musique, essentiellement polyphonique – sa maîtrise de la fugue n'a jamais été égalée – met un point final à l'expression […] Lire la suite

ARRANGEMENT, musique

  • Écrit par 
  • Michel PHILIPPOT
  •  • 4 322 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'arrangement considéré comme une adaptation »  : […] La vogue grandissante des musiques dites baroques a suscité la construction de fac-similés d' instruments anciens. Certains musiciens et une partie du public ont donc maintenant l'impression, d'ailleurs contestable, de pouvoir jouer et entendre de la musique des siècles passés dans une version originale, donc sans arrangement d'aucune sorte. Mais il arrive que les instruments pour lesquels une œuv […] Lire la suite

ATONALITÉ

  • Écrit par 
  • Juliette GARRIGUES, 
  • Michel PHILIPPOT
  •  • 4 385 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « La dissolution du système tonal classique »  : […] Le système modal (ancien) et le système tonal (classique) sont fondés sur une véritable hiérarchie des degrés de la gamme, hiérarchie dans laquelle la note dite tonique (celle qui donne son nom au ton) joue le rôle principal. Une autre note, le cinquième degré de la gamme (par exemple, sol dans la tonalité d' ut ), dite dominante, était également très importante. L'enchaînement de l'accord const […] Lire la suite

BACH CARL PHILIPP EMANUEL (1714-1788)

  • Écrit par 
  • Marc VIGNAL
  •  • 971 mots

Le deuxième des quatre fils musiciens de Jean-Sébastien Bach, Carl Philipp Emanuel, naît à Weimar, mais n'a pas dix ans lorsque sa famille s'installe à Leipzig. Il y est externe à l'école Saint-Thomas, mais il reconnaîtra volontiers n'avoir eu comme professeur, en matière de musique, que son père . À dix-sept ans, il grave lui-même son premier menuet. Après de sérieuses études juridiques à Leipzig […] Lire la suite

BACH JOHANN CHRISTOPH FRIEDRICH (1732-1795)

  • Écrit par 
  • Marc VIGNAL
  •  • 802 mots

Neuvième enfant de Jean-Sébastien Bach et fils aîné de ses secondes noces avec Anna Magdalena, troisième des quatre fils musiciens de Jean-Sébastien, il aura, contrairement à ses frères, une carrière assez modeste et peu agitée. Il vient de s'inscrire à la faculté de droit de Leipzig, sa ville natale, lorsque l'occasion se présente d'un engagement comme musicien de chambre à la cour du comte de Sc […] Lire la suite

BACH WILHELM FRIEDEMANN (1710-1784)

  • Écrit par 
  • Marc VIGNAL
  •  • 980 mots

Deuxième enfant et l'aîné des quatre fils musiciens de Jean-Sébastien Bach, Wilhelm Friedemann naît à Weimar et commence par suivre une voie toute normale : éducation musicale auprès de son père qui le considère comme son enfant le plus doué et écrit pour lui le fameux Klavierbüchlein « commencé à Coethen le 22 janvier 1720 » ; études de droit à Leipzig à partir de 1729 ; la même année, voyage à […] Lire la suite

BANCQUART ALAIN (1934- )

  • Écrit par 
  • Alain FÉRON
  •  • 1 735 mots

Dans le chapitre « Pères spirituels  »  : […] Le souci premier d'Alain Bancquart est la grande forme : en d'autres termes, l'expansion temporelle libérée de la contrainte de la pulsation métrique traditionnelle, grâce à des processus d'écriture fondés sur ceux des compositeurs qui ont nourri sa réflexion : Bach, Beethoven, Schubert, Bruckner, Messiaen et Stockhausen. Bach, parce qu'il a conçu la trame contrapuntique de telle manière que les r […] Lire la suite

BONPORTI FRANCESCO ANTONIO (1672 env.-1749)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 324 mots

L' Italien Francesco Antonio Bonporti compte parmi les plus importants compositeurs de musique instrumentale de la première moitié du xviii e  siècle. Ses Invenzioni da camera , courtes suites instrumentales d'une grande originalité, ont fort probablement servi de modèle à Jean-Sébastien Bach pour ses quinze Inventions pour clavier, BWV 772-786. Baptisé le 11 juin 1672 à Trente, Francesco Antonio […] Lire la suite

CANTATE

  • Écrit par 
  • PIERRE-PETIT
  •  • 1 894 mots

Dans le chapitre « La cantate sacrée »  : […] La cantate, au xviii e siècle, connaît, dans le champ de la musique sacrée, un avatar important : il s'agit de la cantate d'église du culte luthérien, celle-là même qu'illustrera avec tant de bonheur J.-S. Bach. On connaît la part prépondérante que tient, dans la liturgie luthérienne, l'assemblée des fidèles. Ces derniers ont à chanter ensemble des morceaux destinés à la méditation commune, le […] Lire la suite

Pour citer l’article

Luc-André MARCEL, « BACH JEAN-SÉBASTIEN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 janvier 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-sebastien-bach/