LA BRUYÈRE JEAN DE (1645-1696)

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Une existence studieuse

Né à Paris, La Bruyère appartient à la vieille bourgeoisie de la Cité, au monde de la procédure et de la finance : ses ancêtres paternels figurent parmi les fondateurs de la Ligue. Après des études de droit, il achète un office de trésorier des finances dans la généralité de Caen, mais vit à Paris, dans une indépendance studieuse et tranquille. Pour des raisons mal connues et sur la présentation de Bossuet, le Grand Condé le pria, en 1684, d'enseigner l'histoire à son petit-fils. Triste élève dont les « inapplications » exercent l'« opiniâtreté » du maître ! La jeune mademoiselle de Nantes, fille adultérine de Louis XIV et de madame de Montespan, après son mariage avec le prince, assistait également aux leçons ; pour peu de temps, car la mort de Condé mit un terme à l'office du précepteur qui devient « gentilhomme de monsieur le Duc » et, comme tel, attaché à sa personne. Il continue donc à Versailles, à Chambord, à Fontainebleau, à Chantilly surtout, à observer les vices, les impertinences et les goûts de la cour, sans oublier pour autant la ville. Avec beaucoup de modestie, il résolut enfin de publier ses réflexions, distribuées sous un certain nombre de titres, à la suite des Caractères de Théophraste (disciple d'Aristote du ive siècle avant J.-C.), qu'il avait traduits non sans s'autoriser un coup d'œil sur la version que J. Casaubon en avait donnée en latin en 1592. Les Caractères de Théophraste traduits du grec, avec les Caractères ou les Mœurs de ce siècle furent donc mis en vente en 1688. Le succès enhardit l'auteur qui enrichit son ouvrage jusqu'en 1694. Élu à l'Académie en 1693 en pleine guerre des « Anciens » et des « Modernes », il éprouva l'année d'après le besoin de se jeter dans la querelle du « pur amour » en composant des Dialogues posthumes sur le quiétisme (1699) à la façon des Provinciales. Il mourut subitement à Versailles, d'une attaque d'apoplexie. Saint-Simon note dans ses Mémoires : « Le public perdit [...] un homme illustre par son esprit, par son style et par la connaissance des hommes [...]. C'était d'ailleurs un fort honnête homme, de très bonne compagnie, simple, sans rien de pédant et fort désintéressé. »

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  • : professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne, responsable du centre international de francophonie de l'université de Paris-IV

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Pour citer l’article

Jeanne-Lydie GORÉ-CARACCIO, « LA BRUYÈRE JEAN DE - (1645-1696) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-de-la-bruyere/