JUNCKER JEAN-CLAUDE (1954- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Des responsabilités internationales à la présidence de la Commission

Sa longue expérience des responsabilités économiques et financières achève de construire son statut de personnalité centrale en Europe. Devenu ministre du Budget très jeune, Jean-Claude Juncker règne par la suite, pendant vingt-quatre ans, sur le ministère des Finances, puis du Trésor en fin de carrière (il cumule ces postes avec celui de Premier ministre). Cette incroyable longévité ainsi que son rôle de défenseur du système bancaire et financier luxembourgeois ont sans conteste contribué à transformer le Luxembourg en place financière internationale. Par ailleurs, sa position à la tête des finances luxembourgeoises lui permet d’intégrer les réseaux des grandes organisations financières internationales. Il siège en tant que ministre représentant le Luxembourg parmi les gouverneurs de la Banque mondiale (1989-1995), puis parmi les gouverneurs du FMI (1995-2013) et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) (1995-2013). Enfin, et surtout, il est président de l’Eurogroupe de 2005 à 2013, au moment de la crise financière et monétaire, et des tensions qui s’ensuivent entre les pays de l’Union européenne, ce qui le place en situation d’« homme fort » et d’inspirateur du compromis qui définit ensuite la politique de l’UE (maintien dans l’euro et sauvetage de la Grèce et des pays du Sud, institutionnalisation de la rigueur économique…).

Exemplaire de ce qu’est un leader politique européen dans un contexte où le pouvoir se construit aux interstices de plusieurs espaces sociaux et politiques, Jean-Claude Juncker s’est forgé, durant sa longue expérience, une aptitude à se placer au centre, et souvent à mi-chemin, des positions tranchées et changeantes de ses partenaires, à débloquer les situations par son sens du compromis et à susciter des ralliements apparemment inattendus (ainsi du ralliement d’Angela Merkel à sa candidature à la présidence de la Commission). Mais le poste de président de la Commission européenne est une charge complexe et très différente de la direction du gouvernement du grand-duché ou de la présidence du Conseil de l’UE qu’il semblait ambitionner. Investi à une majorité relative par la droite européenne, par seulement 10 p. 100 des électeurs européens inscrits, puis par une coalition qui n’a pas fait le plein lors de son investiture au Parlement européen, Juncker souffre d’une légitimité qui repose sur des bases fragiles. Il s’est enfin fait le défenseur de politiques qui, en peinant à faire la preuve de leur efficacité dans la zone euro, ne prédisposent pas au soutien populaire. Dans un contexte où les relations entre les États membres de l’UE sont souvent tendues, le soutien de son équipe et de son administration sera prépondérant pour qu’il réussisse à se ménager des marges de manœuvre. Son goût pour la négociation et son sens des relations humaines jouent en tout cas un rôle prépondérant dès la première année de son mandat. Pendant la crise qui secoue l’Union européenne, à la suite de la victoire d’Alexis Tsipras aux élections législatives grecques de 2015, Jean-Claude Juncker, qui tient absolument au maintien de la Grèce dans la zone euro, use en effet de tout son talent diplomatique pour éviter la rupture entre le jeune Premier ministre grec et les autres dirigeants européens, ce qui permet d’aboutir à un accord en juillet 2015.

Dès le début de 2017, il annonce qu’il ne briguera pas un second mandat à la tête de la Commission. Le 1er novembre 2019, il est remplacé par l’Allemande Ursula von der Leyen.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

  • : professeur de science politique à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne et au Collège d'Europe de Bruges, chaire Jean Monnet, Belgique

Classification

Autres références

«  JUNCKER JEAN-CLAUDE (1954- )  » est également traité dans :

LEYEN URSULA VON DER (1958- )

  • Écrit par 
  • Didier GEORGAKAKIS
  •  • 1 222 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une désignation hors norme »  : […] Les conditions dans lesquelles Ursula von der Leyen a été choisie comme candidate, puis élue à la présidence de la Commission européenne, ont fait couler beaucoup d’encre. De fait, sa désignation dérogeait à la procédure qui s’était précédemment imposée et selon laquelle la présidence de la Commission revient à la tête de liste du parti européen vainqueur des élections (le Spitzenkandidat ). Si ce […] Lire la suite

LUXEMBOURG

  • Écrit par 
  • Christian DESSOUROUX, 
  • Paul MARGUE, 
  • Philippe POIRIER
  •  • 4 044 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Un fonctionnement consensuel »  : […] Depuis l'introduction du suffrage universel direct tant pour les hommes que pour les femmes en 1919, tous les gouvernements luxembourgeois sont de coalition. Depuis 2004, le gouvernement associe le Parti chrétien social (P.C.S.) et le Parti ouvrier socialiste luxembourgeois (P.O.S.L.). Cependant, à l'exception de la période 1974-1979, tous les Premiers ministres et ministres d'État sont issus du P […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Didier GEORGAKAKIS, « JUNCKER JEAN-CLAUDE (1954- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-claude-juncker/