PÉREZ DE CUÉLLAR JAVIER (1920-2020)

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Un long compagnonnage avec l’ONU

Pérez de Cuéllar figure déjà dans la délégation péruvienne qui participe à la première Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies en 1946, avant d’être nommé en 1971 représentant permanent du Pérou auprès du Conseil de sécurité de l’ONU et de diriger les délégations péruviennes à toutes les sessions de l’Assemblée générale jusqu’en 1975, année où il est nommé représentant spécial à Chypre, poste qu’il occupe jusqu’en 1977. Mais sa renommée tient évidemment à sa fonction de cinquième secrétaire général des Nations unies, et au fait qu’il a su guider l’Organisation au service de la paix et de la sécurité internationales au cours de la période qui a vu la fin du monde bipolaire de l’après-guerre. En 1982, Javier Pérez de Cuéllar est le premier Latino-Américain à accéder à ce poste, auquel il est réélu en 1986. On doit à son action personnelle le redressement de l’image des Nations unies, qu’il a contribué à réhabiliter. Pérez de Cuéllar incarne en effet la renaissance de cette organisation. En 1988, l’ONU est redevenue une tribune prestigieuse pour les chefs d’État : c’est devant son Assemblée générale que les présidents Ronald Reagan et François Mitterrand lancent une croisade en faveur du désarmement chimique, de même que l’on y écoute, en décembre de la même année, Mikhaïl Gorbatchev annoncer la mise en œuvre de la perestroïka, qui scellera la fin de l’URSS.

Homme cultivé à la personnalité discrète et peu charismatique, armé de sérénité et de patience – qu’il estime être deux qualités essentielles pour mener à bien sa fonction –, Pérez de Cuéllar s’est fait l’apôtre du dialogue et de la « diplomatie sereine ». Il est célébré pour avoir œuvré au processus de pacification de plusieurs pays. L’attribution en 1988 du prix Nobel de la paix aux forces de maintien de la paix de l’ONU représente une consécration qui récompense non seulement les « casques bleus », mais aussi le secrétaire général de l’organisation. Il s’est d’ailleurs vu décerner en 1988 le prix Olof Palme de la compréhension internationale et de la sécurité collective et, l’année précédente, le prix Jawaharlal Nehru de la compréhension internationale. De fait, il reste associé à nombre de succès diplomatiques, tels que l’indépendance de la Namibie – à l’occasion de laquelle il prononce le discours d’accession à la pleine souveraineté du pays, l’affaire dont il se disait le plus fier –, ou la libération des otages du Liban. Cet « infatigable missionnaire de la paix » a aussi contribué au règlement de plusieurs conflits armés : retrait des troupes russes d’Afghanistan ; résolution du conflit sur la souveraineté des îles Malouines-Falkland entre l’Argentine et le Royaume-Uni ; cessez-le-feu de la guerre Iran-Irak ; remodelage politique au Cambodge ; accord de paix historique mettant fin à la guerre civile au Salvador. Mais sa mise à l’écart par le Conseil de sécurité durant la crise du Golfe de 1990-1991 (intervention internationale contre l’Irak) lui est reprochée par certains pays membres, qui déplorent qu’il ait accepté que les Nations unies, censées être messagères de paix, aient couvert une opération de guerre. Au cours de l’hommage rendu lors de la célébration du centième anniversaire du diplomate en janvier 2020, le secrétaire général de l’ONU António Guterres décrit Pérez de Cuéllar comme un « diplomate engagé » et une source « d’inspiration personnelle ».

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Écrit par :

  • : professeure des Universités en anthropologie à l'université de Paris, laboratoire URMIS

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Pour citer l’article

Valérie ROBIN AZEVEDO, « PÉREZ DE CUÉLLAR JAVIER - (1920-2020) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/javier-perez-de-cuellar/