MARÍAS JAVIER (1951- )

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Une exploration du temps intérieur

En 1971, à l'âge de dix-neuf ans, il commence sa carrière littéraire avec un roman, Los dominios del lobo, dont l'action se déroule aux États-Unis, et qui se veut autant une parodie qu'un hommage au cinéma hollywoodien des années 1940-1950. Outre dans El monarca del tiempo (1978), œuvre composite qualifiée de roman par l'auteur lui-même et qui invite implicitement le lecteur à une réflexion sur l'histoire et sur la relation entre la vérité du discours et son rapport au présent, les premiers signes d'historicité disséminés concernant cette fois-ci l'Espagne se retrouvent en 1983 dans El siglo. Par un effet d'ombre et de lumière, c'est à partir de Lisbonne que se dévoile l'image de l'Espagne, avec l’évocation incontournable de la guerre civile. Chacun des chapitres met en évidence une vie vouée à l'échec. Ce decrescendo caractérise la trajectoire de Casaldáliga, antihéros frustré devenu délateur à la fin de la guerre. En se dotant d'un caractère plus intimiste, El hombre sentimental (L'Homme sentimental), qui paraît en 1986, marque un tournant dans l'écriture de Javier Marías. Ce roman dans lequel l'amour ne se vit pas mais se rêve, se remémore ou s'anticipe, nous révèle dans quel temps a choisi de s'installer l'auteur : le temps de l'écriture, entre la fiction à venir et l'expérience définitivement achevée, entre le « pas encore » et le « déjà plus ».

C'est en 1992 avec Corazón tan blanco (Un cœur si blanc), qui connaît un réel succès en France et en Allemagne, que Javier Marías reçoit véritablement la consécration. Ce roman, qui repose sur la récurrence, nous rappelle que chez cet écrivain la résurgence d'images, la répétition d'idées et de phrases, loin d'être fortuites, correspondent à sa perception particulière du temps, en rendant cohérente la structure du roman. Le temps n'est plus linéaire mais cyclique. L'œuvre interroge aussi le pouvoir de la parole dans le temps, le dit et le non-dit. S'il est un trait caractéristique de l'écriture de Javier Marías, c'est bien ce discours intérieur du narrateur qui vient se greffer au récit et semble le retarder alors même qu'il lui confère de nouvelles résonances. Mañana en la batalla piensa en (1994, Demain dans la bataille pense à moi), une œuvre placée sous le signe du remords et du repentir, en est une nouvelle illustration. Par ailleurs, son œuvre romanesque dialogue étroitement avec ses nouvelles et ses contes – Mientras ellas duermen (1990, Ce que dit le majordome), Cuando fui mortal (1996, Quand j'étais mortel), Mala índole (1998) –, avec certains articles, notamment ceux extraits de Literatura y fantasma (1993), qui concernent la création littéraire, mais aussi avec ses écrits à caractère biographique ou ses commentaires de photos d'écrivains qu'il admire : Vidas escritas (1992, Vies écrites), Miramientos (1997). Dans ses romans comme dans ses courts récits, il sait cultiver l'art de l'intrigue mais aussi celui du détail, et invite le lecteur à observer le réel avec un regard lucide et ironique.

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  • : ancienne élève de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, agrégée, maître de conférences à l'université de Paris-Sorbonne

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Pour citer l’article

Corinne CRISTINI, « MARÍAS JAVIER (1951- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/javier-marias/