JAPON (Le territoire et les hommes)L'économie

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CapitaleTōkyō
Unité monétaireyen (JPY)
Population125 497 000 (estim. 2021)
R.N.B. par habitant (USD)41 580 (2019)

Les ressorts de la croissance japonaise

De la période de décollage dans la seconde moitié du xixe siècle au début du xxie siècle, le Japon a traversé des phases distinctes de croissance, jouant d'abord sur la flexibilité des moteurs internes et externes de la demande, en misant par la suite de plus en plus sur les exportations.

Du décollage économique au chaos de la Seconde Guerre mondiale (1868-1945)

Lorsque la première administration Meiji prend les rênes du pouvoir, la population atteint environ 35 millions d'habitants. La vie économique est dominée par le poids du secteur primaire (82 p. 100 de paysans) et aucune industrie moderne n'existe encore. Le niveau de vie est bas, avec un P.N.B. de 235 dollars (dollar 1965) par habitant en 1875. Néanmoins, l'héritage de l'époque Tokugawa (1603-1868) est loin d'être négligeable : État centralisé, expansion du commerce interrégional, infrastructures routières développées, embryon de système financier et de système éducatif, techniques agricoles relativement avancées...

Le démantèlement de l'ordre féodal

Les dirigeants Meiji commencent par démanteler l'ordre féodal, en abolissant la noblesse et en fondant la promotion sociale sur le mérite et non sur l'hérédité. Un système proche des monarchies constitutionnelles européennes se met en place. La construction d'une nation japonaise forte, économiquement et militairement, indépendante des puissances occidentales, constitue la priorité absolue des gouvernants. Dès lors, la mise en place d'un appareil industriel complet s'impose, mais celle-ci nécessite l'accès à une abondante masse de capitaux.

Confronté à l'impossibilité pour le secteur privé de rassembler les capitaux nécessaires à l'édification d'infrastructures industrielles lourdes, l'État agit sur plusieurs fronts : d'une part, il importe des technologies étrangères pour améliorer les rendements agricoles (semences) et ceux de l'industrie légère (achat de métiers à tisser) ; d'autre part, il crée des entreprises publiques dans les principaux secteurs de l'industrie lourde (sidérurgie, construction navale, chimie, etc.) ou dans les secteurs stratégiques (arsenaux, infrastructures routières et ferroviaires, communications). La mobilisation de l'épargne constituée par les titres de pensions accordés aux anciens samouraïs, en compensation de leurs droits seigneuriaux abolis, ainsi que le produit de lourds impôts fonciers permettent de mobiliser les fonds nécessaires. Progressivement, la hausse de la productivité agricole contribue non seulement à financer de nouveaux projets industriels, mais aussi à libérer une main-d'œuvre indispensable au développement industriel, car les paysans conservent un niveau de vie très bas.

L'industrialisation du Japon

Au début de la décennie de 1880, le déséquilibre budgétaire devenant insoutenable, le gouvernement promulgue une ordonnance de vente des entreprises d'État, à l'exception de celles qui sont liées aux secteurs stratégiques. Des financiers, c'est-à-dire de riches commerçants, souvent ceux-là même qui avaient financé les troupes anti-shogunales, rachètent ces entreprises car les artisans ne disposent pas de capitaux suffisants. Ces nouveaux entrepreneurs élargissent progressivement leurs domaines d'activités pour former les zaibatsu (« cliques financières »), gérées par une société holding et généralement structurées autour d'une banque et d'une société de commerce. Leur influence sur le tissu industriel des P.M.E. s'étend via le financement bancaire. Il en résulte un essor rapide de l'industrie (tabl. 1).

Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la croissance économique repose sur la demande intérieure : développement de la consommation des ménages et investissement des entreprises pendant la phase de décollage économique (1885-1898), montée des investissements du secteur de la défense, vigueur de l'investissement des entreprises (notamment dans le secteur de fabrication des machines), dépenses publiques pendant les années 1930 (1931-1938, doublement entre 1938 et 1941) et, enfin, dépenses d'armement (accroissement de 430 p. 100 entre 1940 et 1944) [Kunio Yoshihara, 1986]. Sur l'ensemble de la période, les exportations, dont le poids double dans le P.I.B. au tournant du siècle, ne permettent pas de dégager d'excédents de la balance commerciale tant le montant des importations est élevé. Si le P.I.B. réel augmente de 25 p. 100 de 1940 à 1944, le niveau de vie des ménages plonge (contraction de la consommation des ménages de 30 p. 100 sur la période).

De la reconstruction aux années du « miracle économique » (1955-1973)

En 1945, le quart environ de la richesse nationale d'avant guerre est détruit, le P.N.B. par habitant n'est plus que de 17 dollars. Le faible niveau de production atteint en 1946 – un septième seulement du niveau de 1941 – provient plus de la désorganisation de l'appareil productif que des dommages subis. Ainsi, le taux d'utilisation des équipements n'est que de 30 p. 100 dans les secteurs de l'automobile et du textile (tissus, coton, rayonne), de 20 p. 100 dans ceux du ciment ou de la soude et de 10 p. 100 dans les industries sidérurgique ou de la machine-outil. Ce facteur explique la montée en puissance quasi miraculeuse de la production entre 1946 et 1951.

L'inflation d'après guerre

L'immédiat après-guerre (1946-1948) est marqué par la poursuite simultanée de deux buts contradictoires par le gouvernement japonais : faire repartir la machine industrielle pour stimuler la croissance et garder la maîtrise de l'inflation. L'échec de cette politique est patent, puisque les prix de détail à Tōkyō sont multipliés par huit pendant cette période. Le banquier américain Joseph Dodge est chargé, en février 1949, de mettre en place un plan anti-inflation articulé autour d'une politique d'austérité budgétaire, d'élargissement de l'assiette fiscale et d'augmentation des impôts. La spirale inflationniste est stoppée (le taux d'inflation passe de 165,6 p. 100 en 1948 à 63,3 p. 100 en 1949 et 18,2 p. 100 en 1950), mais le Japon est au bord de l'asphyxie à l'aube de la guerre de Corée (décélération du taux de croissance du P.I.B. de 13,0 p. 100 en 1948 à 2,2 p. 100 en 1949). La fourniture massive de biens d'équipement et de services aux troupes américaines donne le ballon d'oxygène nécessaire au redémarrage de l'activité économique.

L'accélération de la croissance

L'année 1955 marque la fin de la période de reconstruction et l'entrée dans une phase de croissance rapide jusqu'au premier choc pétrolier (1973). Le rythme annuel de progression du P.I.B. dépasse 9 p. 100, soit deux fois et demi celui des États-Unis. Le but du [...]

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Japon : démographie

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Japon : croissance économique

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  • : docteur en sciences économiques, chargée de mission au CEPII, chargée de cours à l'INALCO

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Pour citer l’article

Evelyne DOURILLE-FEER, « JAPON (Le territoire et les hommes) - L'économie  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/japon-le-territoire-et-les-hommes-l-economie/