JAPON (Arts et culture)Les arts

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Arts populaires

La reconnaissance des arts populaires n'est pas très ancienne au Japon : elle remonte seulement à la décennie 1920 et fut déterminée par l'action de Yanagi Sōetsu (1889-1961). C'est lui qui donna leur nom, mingei, aux arts populaires, lui qui définit leur statut et leurs caractères spécifiques. C'est lui qui en stimula l'étude méthodique par plusieurs initiatives importantes : la constitution de la Société des arts populaires, le lancement de la revue Kōgei, la fondation à Tōkyō du premier musée des arts populaires. C'est encore lui, assisté par des artistes renommés, qui réussit à faire de cette recherche sur les traditions un ferment de renouveau pour les artisanats actuels.

À vrai dire, les théories de Yanagi Sōetsu ont suscité certaines controverses toujours ouvertes, mais sa définition du concept « arts populaires » n'en reste pas moins la plus largement admise encore aujourd'hui au Japon. Pour lui, mingei – néologisme composé de min, populaire, et de gei, artisanat – représente l'art fait par et pour le peuple, c'est-à-dire par et pour les classes laborieuses. Appliqué à la production traditionnelle, le terme recouvre avant tout les objets usuels dont la beauté procède de la fonction. Tout en ayant valeur artistique, ceux-ci ne sont pas individualisés comme les œuvres d'art stricto sensu ; ils sont réalisés par des artisans anonymes et dépositaires d'une longue tradition ; fabriqués en série et en quantité suffisante pour répondre à tous les besoins courants, ils sont vendus à prix modique. Il faut noter encore que si le mingei évoque d'abord la vie prosaïque de tous les jours, il est présent aussi dans d'autres contextes, soit les univers religieux, récréatifs et ludiques.

Les objets envisagés ici furent d'abord façonnés individuellement ou collectivement dans la cellule familiale en vue de lui assurer son matériel indispensable ou des revenus complémentaires. Mais avec les progrès technologiques, ils devinrent progressivement affaire de spécialistes qui offraient leurs services personnels aux communautés rurales ou qui fondaient des ateliers plus ou moins importants.

Le beau dans les arts populaires

Il va de soi que toute la production artisanale n'accède pas au niveau artistique même si, de l'aveu général, les Japonais ont la sûreté de l'intuition à propos du beau et demandent à l'objet le plus humble d'être esthétique. Cette tendance profonde explique peut-être que ce pays se soit avisé si tard de distinguer parmi les arts une catégorie populaire.

Théoriquement, seul appartient donc au mingei l'objet courant qui répond au critère du beau. Mais ici le beau coïncide avec le fonctionnel. En outre, l'objet quotidien n'a pas à s'accorder à la sensibilité particulière de l'un ou l'autre usager, ni à témoigner de la personnalité de son auteur : il s'inscrit dans la pérennité d'une tradition associée à tel mode de vie, susceptible d'évolution certes, non pas d'innovation. C'est par là en effet que l'artisanat populaire se différencie du design industriel. D'autre part, comme sa confection doit être rapide, abondante et bon marché, l'objet usuel simplifie à la fois ses formes en les ramenant à l'essentiel dicté par la fonction, et son décor en le réduisant volontiers à la géométrisation ou à la stylisation, d'ailleurs discrètes. Ses conditions de production contraignent donc l'objet d'usage à renoncer à l'effet ; c'est du moins la conception qui s'est imposée au Japon. Dépourvu de ce caractère gai et coloré qu'il prend si souvent ailleurs, l'art populaire japonais se signale par la sobriété, la vigueur et l'unité des formes et des décors. En fait l'esthétique du mingei a inspiré celle des maîtres du thé qui, à son tour, a définitivement modelé la sensibilité profonde du Japon.

L'évolution des arts populaires

Les arts populaires amorcèrent leur développement avec la période Edo et connurent leur âge d'or dès le milieu du xviiie siècle. Pour les époques antérieures, notre information se borne souvent aux documents picturaux puisque par nature les objets en question s'utilisent, s'usent et périssent. On peut néanmoins affirmer que leur histoire est très longue. Elle débuta avec la stratification rigide, sinon étanche, des gouvernants et gouvernés (en fin de période protohistorique), qui eut pour conséquence une démarcation nette entre artisanat pour l'élite et artisanat populaire. Cette démarcation ne fit que s'accuser avec le temps, au rythme de l'assujettissement et de [...]

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales, directeur de recherche au CNRS
  • : critique d'architecture
  • : docteur ès lettres en études de l'Extrême-Orient, architecte D.P.L.G., chargé de recherche au C.N.R.S.
  • : maître de conférences à l'université de Bordeaux-III, membre permanent de l'UMR 8155
  • : conservatrice des collections Japon, Chine et Corée aux Musées royaux d'art et d'histoire, Bruxelles, gestionnaire des musées d'Extrême-Orient
  • : professeur d'histoire de la photographie, critique
  • : directrice de recherche au CNRS
  • : chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet
  • : maître-assistante en histoire de l'art du Japon moderne, Do-shisha University (Japon)
  • : ancien maître de recherche au CNRS, professeure honoraire à l'École du Louvre, chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet

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Pour citer l’article

François BERTHIER, François CHASLIN, Nicolas FIÉVÉ, Anne GOSSOT, Chantal KOZYREFF, Hervé LE GOFF, Françoise LEVAILLANT, Daisy LION-GOLDSCHMIDT, Shiori NAKAMA, Madeleine PAUL-DAVID, « JAPON (Arts et culture) - Les arts », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/japon-arts-et-culture-les-arts/