HUS JAN (1370 env.-1415)

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Les guerres hussites (1419-1437)

Dès septembre 1415, la Diète des seigneurs de Bohême envoie une protestation indignée contre la décision du concile. Le peuple vénère Hus comme un saint et un martyr. La foi nouvelle et la nationalité tchèque se confondent dans l'emblème du calice (symbole de la communion sous les deux espèces, sub utraque specie) derrière lequel les Tchèques résistent à Rome et à l'empereur germanique, héritier honni du roi Venceslas. La « défenestration » à Prague, le 30 juillet 1419, des notables catholiques est le signal de l'insurrection ouverte des hussites qui, durant dix-huit ans, tiennent tête aux cinq croisades que l'Europe envoie à l'appel du pape et de Sigismond pour écraser les « hérétiques ». Dans le vocabulaire français, « praguerie » remplace alors révolution.

Les quatre « Articles de Prague » (1420) forment le programme commun des hussites. Ils exigent la libre prédication de l'Écriture, la communion sous les deux espèces, la confiscation des biens du clergé, la répression des péchés mortels et spécialement des scandales publics. Le principe de la libre interprétation de l'Évangile et les clivages sociaux divisent les hussites en partis ennemis.

Prague, après l'élimination des « gueux » (9 mars 1422), devient un centre du parti modéré, dit utraquiste ou calixtin, ouvert à un compromis avec Rome. Tábor, en Bohême du Sud, camp retranché fondé en 1420 par les pauvres des cités et des campagnes exaltés par les prédications chiliastiques (ou millénaristes), est le bastion des radicaux et proclame la communauté des biens, l'égalité absolue, la souveraineté du peuple et le sacerdoce universel. Autour des taborites, Jan Žižka, seigneur de Trocnov, unifie les troupes populaires en une armée : celle-ci, remarquable par sa rigueur morale, sa discipline, son fanatisme, et célèbre pour la beauté de ses chants de combat et de prière, préfigure les « têtes rondes » de Cromwell. Jusqu'à sa mort en 1424, « Frère Žižka du Calice », le chef borgne puis aveugle, terrifie les croisés par les manœuvres de ses célèbres chars et le tir des canons et des arquebuses que son infanterie manie aussi habilement que les fléaux et les piques. Grâce aux victoires remportées à Vitkov (devenue Žižkov, 1420), à Pankrác (1420), à Kutná Hora (1422), les « Combattants de Dieu » sauvent Prague et dominent toute la Bohême. À partir de 1426, Procope le Grand conduit les « chevauchées magnifiques » des hussites en Allemagne, en Autriche et en Hongrie, afin de propager « la vérité de Dieu ». La défaite de la croisade du cardinal Cesarini à Domažlice (1431) incline l'Église à composer avec « l'hérésie » pour la première fois de son histoire.

Tabor hussite

Photographie : Tabor hussite

Adoptés par Jan Zizka, qui avait remarqué leur efficacité à Tannenberg contre les chevaliers Teutoniques, les chariots de guerre, appelés «tabors» dans les chroniques (nom d'un mont biblique par lequel les hussites radicaux désignèrent leur camp), devinrent une pièce maîtresse contre... 

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Les Compactata de Bâle (1433), conclus avec les modérés, accordent aux Tchèques la communion sous les deux espèces et la lecture en tchèque de l'Épître et de l'Évangile. La lassitude et l'or du concile contribuent à grossir le camp utraquiste qui écrase, le 30 mai 1434, à Lipany, Procope et les taborites, défenseurs irréductibles des quatre Articles. La Bohême fait sa soumission à l'empereur-roi Sigismond (1436). Au printemps 1437, Sion, dernier retranchement taborite, est pris d'assaut. Paix boiteuse, bientôt violée par Rome ; ce n'est qu'après 1512 que les Compactata procurent la sécurité à l'utraquisme : pour les avoir défendus contre les nouvelles croisades, Georges de Poděbrady demeure « le roi hussite » (1458-1471). Par la suite, l'utraquisme perd peu à peu de ses forces vives : l'« Unité des frères » s'en sépare pour demeurer plus fidèle aux leçons de Hus ; la réforme luthérienne attire les deux tiers de la population tchèque qui reconnaît la Confession de 1575, inspirée de celle d'Augsbourg. Enfin, la répression qui suivit le désastre de la Montagne Blanche (8 nov. 1620), où les Tchèques furent écrasés par les troupes impériales de Ferdinand II, anéantit définitivement le mouvement hussite.

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Pour citer l’article

Michel LARAN, « HUS JAN (1370 env.-1415) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jan-hus/