FRAZER JAMES GEORGE (1854-1941)

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De Platon à l'anthropologie sociale

James George Frazer naquit le 1er janvier 1854 à Glasgow. Sa famille, aussi bien paternelle que maternelle, était de souche écossaise et appartenait à la bourgeoisie aisée. Son père était animé d'une foi religieuse profonde et authentique : la jeunesse de James George fut rythmée par les prières quotidiennes, des lectures de la Bible, l'assistance aux offices. Il entra à l'université de Glasgow en 1869, où il se révéla comme un brillant humaniste vivement intéressé par les études grecques et latines. En 1874, ayant choisi d'aller à l'université de Cambridge, il obtient son admission à Trinity College. Pour satisfaire au désir de son père soucieux d'une carrière, il fit du droit, mais ne devait jamais exercer aucune profession juridique. Il devient fellow de Trinity College en 1879 en soutenant une thèse sur Platon. La ville de Cambridge, à laquelle son nom reste attaché, ne lui offrit jamais de chaire.

Il était encore à Glasgow lorsqu'il découvrit avec enthousiasme l'anthropologie par l'intermédiaire du livre d'Edward Burnett Tylor, Primitive Culture, qui parut en 1871. Une autre impulsion décisive lui fut donnée par William Robertson Smith, spécialiste des religions des peuples sémitiques, avec qui il noua des liens d'amitié. Frazer tient de lui l'idée que les religions ne sont pas à considérer comme des systèmes vrais ou faux, mais comme des phénomènes qui relèvent de l'histoire de l'humanité. Cette idée avait d'ailleurs valu à W. R. Smith son expulsion de la Free Church d'Aberdeen pour cause d'hérésie. C'est aussi à son instigation que Frazer commença son étude systématique des coutumes et croyances primitives. W. R. Smith lui avait, en effet, demandé d'écrire les articles « Tabu » et « Totemism » de la neuvième édition de l'Encyclopædia Britannica (1888). L'article « Totemism » constitue l'embryon des quatre gros volumes de Totemism and Exogamy publiés par Frazer en 1910, mais aussi le point de départ d'une existence vouée totalement au travail intellectuel. Le mariage de Frazer en 1896, à quarante-deux ans, avec une veuve d'origine française, d'un an sa cadette, ne fit que renforcer cette dévotion. Cette femme, qui était, aux yeux de l'ethnologue Bronislaw Malinowski, un élément énigmatique dans la vie de Frazer, se consacra à la promotion de l'œuvre de son mari, traduisant en particulier certains de ses ouvrages en français, sollicitant au besoin des honneurs et des pensions en sa faveur.

Si Frazer n'affronta jamais le terrain ethnographique, il n'en méconnaissait nullement l'importance. En témoignent, d'une part, le questionnaire destiné à aider les ethnologues dans leurs enquêtes, qu'il publia en 1889 et réédita en 1907 (Questions on the Manners, Customs, Religions, Superstitions, etc., of the Uncivilized and Semi-Civilized Peoples), d'autre part, la nombreuse correspondance qu'il échangea sa vie durant avec les anthropologues de terrain. À partir de 1914, année où il est anobli, il est gratifié de la reconnaissance officielle, puis d'une véritable gloire qui dépasse largement à la fois le champ strict de l'anthropologie sociale et les limites nationales de son pays natal. La fin de sa vie est attristée par une cécité qui le frappe brutalement en 1931, alors même qu'il prononçait une conférence. Il meurt le 7 mai 1941 et son « énigmatique » épouse abandonne la même nuit ce monde, où elle n'avait plus rien à faire.

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Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Nicole BELMONT, « FRAZER JAMES GEORGE - (1854-1941) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/james-george-frazer/