JACQUES LE FATALISTE ET SON MAÎTRE, Denis DiderotFiche de lecture

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Libertés formelles

« Il est bien évident que je ne fais pas un roman, puisque je néglige ce qu'un romancier ne manquerait pas d'employer. [...] C'est ainsi que cela arriverait dans un roman, un peu plus tôt ou un peu plus tard, de cette manière ou autrement ; mais ceci n'est point un roman, je vous l'ai déjà dit, je crois, et je vous le répète encore. [...] Un faiseur de romans n'y manquerait pas ; mais je n'aime pas les romans, à moins que ce soit ceux de Richardson. Je fais l'histoire, cette histoire intéressera ou n'intéressera pas : c'est le moindre de mes soucis. Mon projet est d'être vrai, je l'ai rempli. » Trois citations rendant compte à la fois du ton et des ambitions esthétiques de Jacques le fataliste. Si le discours antiromanesque est, depuis Scarron et Furetière, l'un des signes génériques du roman moderne, Diderot vise dans Jacques le fataliste une vérité qui n'est ni celle de la vraisemblance (les anachronismes de l'histoire sont délibérés), ni celle du réalisme : la vérité du roman tient à l'intensité d'une relation ludique entre un lecteur constamment frustré dans son désir de savoir (les amours de Jacques, encore et toujours différées) et un narrateur narquois et complice, qui n'a pour tout guide que son humeur.

« Mon capitaine ajoutait que chaque balle qui partait d'un fusil avait un billet » (c'est-à-dire un destinataire) : dès l'ouverture du roman, l'image exprime, dans la bouche de Jacques, sa croyance dans le déterminisme : s'il n'avait été blessé au genou, il n'aurait été ni soigné, ni amoureux, ni boiteux. À un second niveau, l'image est un écho ironique de la dette qu'a ici Diderot à l'égard du romancier anglais Sterne, dont il plagie ouvertement le livre VIII de Tristram Shandy. Mais, adaptateur de génie, Diderot concentre et varie les effets narratifs, là où l'inventivité de Sterne pâtissait peut-être de certaines longueurs. Ailleurs, les prophéties de la gourde rendent hommage à Rabelais et aux écrivains épicuriens, l'éloge de l'obscénité « traduit » Montaigne (« F...tez comme des ânes débâtez ; mais [...]


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Jean-Christophe ABRAMOVICI, « JACQUES LE FATALISTE ET SON MAÎTRE, Denis Diderot - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-le-fataliste-et-son-maitre/