BOSSUET JACQUES BÉNIGNE (1627-1704)

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Un homme d'Église

Né à Dijon, Jacques Bénigne Bossuet appartient à une famille de hauts magistrats qui s'était signalée, dans les troubles de l'époque précédente, par sa fidélité à la royauté. Il fit ses études secondaires au collège des Jésuites de sa ville natale. Destiné de bonne heure à la carrière ecclésiastique (tonsuré à huit ans, pourvu d'un canonicat à treize), il effectua des études supérieures à Paris, au collège de Navarre (1642-1652). Outre une formation théologique, biblique et patristique, il acquit dans la capitale la connaissance du monde (salons, cercles érudits), et il fut profondément influencé par le milieu lazariste animé par saint Vincent de Paul.

Une fois prêtre et docteur, il décida de s'installer à Metz, dont il était chanoine. Il déploya, dans cette région fortement marquée par les guerres et où les polémiques religieuses étaient vives, une intense activité dans trois directions : prédication, activité charitable dans la ligne de Vincent de Paul, controverse avec les protestants et les israélites.

À partir de 1656, il fit des séjours de plus en plus fréquents et longs à Paris, où il s'imposa comme prédicateur. En 1660, son renom était déjà assez grand pour qu'on lui demandât de prêcher le carême au couvent des Minimes de la place Royale, alors fort à la mode ; l'année suivante, il le prêcha au Grand Carmel, et en 1662 au Louvre, devant Louis XIV. Il continua sa carrière de prédicateur jusqu'en 1670, revenant à diverses reprises à la Cour, sans toutefois faire jamais figure de courtisan (il lui arriva d'ailleurs de déplaire au roi), et sans faire de la prédication son unique, ni même sa principale activité. Les questions théologiques prirent toujours une grande partie de son temps, notamment la controverse avec les protestants ; il contribua à décider Turenne à abjurer le protestantisme, ce dont le roi lui sut gré. En 1669, il devint évêque de Condom.

Il se démit bientôt de cette fonction, ayant été nommé en 1670 précepteur du Dauphin, alors âgé de neuf ans. Dès lors, et jusqu'au mariage de son élève (1680), il vécut à la cour, consacrant la plus grande partie de son temps à son enseignement, et se trouvant souvent mêlé à la vie de la famille royale (c'est ainsi qu'en 1675 il s'efforça de séparer le roi de Mme de Montespan). Il écrivait, pour le Dauphin, des ouvrages pédagogiques dont les plus connus sont le Discours sur l'histoire universelle, la Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte et le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même. Il consacrait ses rares loisirs à l'érudition et à la controverse ; en 1679, le pape approuva son Exposition de la doctrine de l'Église catholique sur les matières de controverse, publiée en 1671.

En 1681, il fut nommé évêque de Meaux, et il le resta jusqu'à sa mort. Il se consacra à l'administration de son diocèse, ainsi qu'à la prédication, tant à Meaux que dans les villages environnants. Mais il continua de jouer un rôle sur le plan national, moins par sa prédication (ses oraisons funèbres furent admirées, mais très peu nombreuses) que par ses interventions remarquées dans les querelles ecclésiastiques ou théologiques de l'époque. Ce fut d'abord l'affaire du gallicanisme : il rédigea la fameuse Déclaration des Quatre Articles, souscrite en 1682 par l'Assemblée du clergé, et il eut fort à faire ensuite pour défendre cette déclaration. Ce fut également la controverse antiprotestante, rendue plus âpre et plus délicate par la révocation de l'édit de Nantes (1685) ; elle lui inspira une série d'ouvrages dont le plus connu est l'Histoire des variations des Églises protestantes. Il y eut encore la condamnation du théâtre (Maximes et réflexions sur la comédie), la lutte contre l'exégète Richard Simon, les interventions dans l'affaire janséniste. Mais la polémique la plus dure, et celle où se marqua le mieux l'intransigeance de Bossuet vieillissant, fut celle qui, dans les années 1696-1699, l'opposa à Fénelon à propos du quiétisme ; il écrivit à cette occasion un grand nombre d'ouvrages et d'opuscules dont les principaux sont l'Instruction sur les états d'oraison et la Relation sur le quiétisme ; elle s'acheva par la condamnation à [...]

Jacques Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, H. Rigaud

Diaporama : Jacques Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, H. Rigaud

Hyacinthe RIGAUD, Jacques Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, huile sur toile. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur de littérature française à l'université de Paris-Sorbonne

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Jacques TRUCHET, « BOSSUET JACQUES BÉNIGNE - (1627-1704) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-benigne-bossuet/