JORDAENS JACOB (1593-1678)

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Plus encore que Rubens au génie plus universel, aux préoccupations humanistes plus avouées ou que Van Dyck aux curiosités inquiètes, Jacob Jordaens est le peintre flamand par excellence.

Les sujets populaires, qu'il traite avec prédilection, l'allure héroïque et dense de son art, une sorte de généreuse placidité, de lyrisme solide suffiraient, en effet, à l'attester. Il convient pourtant d'aller au-delà de cette analyse un peu courte : l'artiste est plus diversifié et plus riche qu'il n'y paraît, ainsi le décorateur et le dessinateur – tous deux de grande classe – doivent être mis à leur pleine valeur ; le portraitiste ne mérite pas moins d'attention. Enfin, il faut s'interroger sur les composantes de l'art de Jordaens : le problème fondamental des relations avec Rubens, intime mélange d'admiration, de collaboration et de rivalité ; les curiosités archaïsantes du peintre pour les maîtres du xvie siècle flamand, son goût du clair-obscur où se conjuguent les bénéfiques influences d'Elsheimer et de Caravage. À la limite, si l'on insiste trop sur Jordaens, figure symbolique de l'art flamand, bien que cet aspect-là soit très exact, ne risque-t-on pas d'atténuer et d'obscurcir la forte réalité d'un tempérament individuel, qui sut à lui seul – le fait est rare – se créer un style et un monde personnels doués d'une telle intensité de vie qu'ils paraissent se suffire, presque en dehors de l'histoire des styles ?

Éléments biographiques

Jacob Jordaens fut baptisé à Anvers en 1593. En 1607, il apparaît sur les registres de la guilde de Saint-Luc comme élève du peintre maniérisant Adam Van Noordt (1562-1641), puis, en 1615, comme maître waterschilder (peintre à la détrempe et à l'aquarelle, ce qui s'entend particulièrement d'un peintre de cartons de tapisserie). L'année suivante, il devient le gendre de son maître Van Noordt. Doyen de la guilde en 1621, il commence à avoir dès cette date des élèves, ce qui prouve sa rapide ascension artistique.

En 1634 et 1635, il participe, sous la direction de Rubens qui a exécuté à cet effet des esquisses d'ensemble, aux décorations prévues pour l'entrée solennelle du Cardinal-Infant Ferdinand à Anvers, notamment en peignant avec Cornelis de Vos et Cossiers divers arcs de triomphe. Cette collaboration avec Rubens se poursuit en 1637-1638 à propos des tableaux de la Torre de la Parada, où la part vraiment personnelle de Rubens se borne une fois de plus aux esquisses. Tout au long de cette période, des achats répétés de maisons (une en 1634, deux en 1635, deux autres en 1639, etc.) attestent le succès et l'aisance de l'artiste, encore renforcés par la mort de Rubens en 1640. Désormais, il est le peintre anversois le plus en vue. Dès la fin de 1639, il reçoit, par l'intermédiaire de l'abbé Scaglia, une très importante commande de 22 tableaux devant raconter l'Histoire de Psyché ; leur destination exacte, le palais de la reine d'Angleterre à Greenwich, avait été cachée à Jordaens comme à Scaglia. Sept tableaux de cet ensemble sont déjà livrés en mars 1641. Il reçoit de nombreuses commandes de retables d'églises (par exemple pour l'église de Rupelmonde en 1641, pour celle de Dixmude en 1644 – brûlée en 1914-1918 –, pour l'abbaye de Tongerloo en 1647) et de cartons de tapisserie (suite des Proverbes, pour des lissiers de Bruxelles, selon un contrat signé en 1644 ; suite des Grands Mouvements de cavalerie en 1651). En 1648-1649, nouvelle commande d'origine royale : 36 tableaux pour la reine Christine de Suède (Jordaens n'est pas obligé de les peindre tous lui-même, mais doit contrôler et signer toutes les pièces). Au lieu de décorer comme prévu les plafonds du château d'Upsal, ces tableaux semblent être restés au vieux château de Stockholm, où ils ont dû disparaître dans l'incendie de 1697.

Entre 1649 et 1651, ses lettres à Constantin Huygens attestent que Jordaens participe au décor pictural de la salle d'Orange à la Huis ten Boch de La Haye, notamment au gigantesque Triomphe de Frédéric-Henri qu'il achève et signe en 1652. Tout en continuant à peindre des sujets religieux pour les couvents et les églises catholiques d'Anvers (en 1653, La Mission des Carmélites de Syrie, tableau perdu, et le Jugement dernier pour l'hôtel de ville de Furnes, aujourd'hui au Louvre ; en 1654, Le Christ au jardin des Oliviers, aujourd'hui à Honfleur ; en 16 [...]

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  • : conservateur des Musées nationaux, service d'études et de documentation, département des Peintures, musée du Louvre

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Pour citer l’article

Jacques FOUCART, « JORDAENS JACOB - (1593-1678) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jacob-jordaens/