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La monarchie libérale

Les années difficiles

Le jeune royaume unitaire aspire à jouer un rôle de grande puissance, mais il souffre de lourds handicaps. La médiocrité de ses ressources minières et énergétiques ne lui permet pas de participer à la révolution industrielle, fondée sur la houille et la vapeur. Condamné à une économie essentiellement agricole, il dépend très largement de l'étranger pour ses crédits et ses fournitures d'équipement, en dépit d'un lent « décollage » industriel. Dans le domaine politique et social, la coupure s'agrandit entre le Mezzogiorno, encore féodal, et le Nord, qui se rapproche des pays développés. L'analphabétisme (74 p. 100 en 1861), l'étroitesse du suffrage censitaire (2 p. 100 de la population totale) mettent la vie politique aux mains d'une minorité, accessible à la corruption, et encore réduite par le veto pontifical interdisant aux catholiques de briguer des mandats parlementaires. Pie IX, qui a refusé la loi des Garanties, maintient ouverte la question romaine. La « droite historique » des successeurs de Cavour perd le pouvoir, le 18 mars 1876. Elle laisse la place à la gauche, formée d'anciens mazziniens et garibaldiens, fortement anticléricaux, ralliés à la monarchie. Elle prend le contre-pied de la ligne francophile et libre-échangiste de Cavour, restaurant, dès 1878, le protectionnisme douanier et, après l'occupation française de Tunis, adhérant à la Triplice aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche (20 mai 1882). Ce rapprochement avec Vienne impose de mettre une sourdine aux revendications des « irrédentistes », réclamant Trente et Trieste. De 1878 à 1887, Agostino Depretis gouverne en appliquant la tactique du trasformismo (« transformisme »), neutralisant et absorbant les oppositions par la corruption. Malgré le déficit financier, la gauche met en train un coûteux programme d'armement. L'augmentation démographique (26,04 millions d'habitants en 1861 ; 28,54 en 1875 et 31,5 en 1890) suscite les premières revendications d'expansion coloniale et, surtout, une émigration croissante (536 000 départs en 1901).

De 1887 à 1896, la vie politique est dominée par Francesco Crispi. Autoritaire et impulsif, nationaliste, cet ancien mazzinien évolue vers un conservatisme répressif, en face des progrès du socialisme qui, à partir de 1890, se diffuse largement dans les masses rurales et anime de violents mouvements revendicatifs. L'économie traverse, de 1887 à 1896, une sévère récession, avec l'écroulement du système bancaire et la guerre douanière avec la France. Crispi se lance dans le colonialisme, avec la création de l'Érythrée (1890), l'implantation en Somalie et les visées sur l'Éthiopie. Mais l'attaque du royaume du Négus se solde par un désastre, à Adua (1er mars 1896), qui entraîne la chute de Crispi. Les années 1898 à 1900 sont très troublées par des émeutes sociales et de graves crises politiques qui semblent mettre en question l'existence même de la monarchie constitutionnelle. Mais après la mort d'Humbert Ier (1878-1900) et l'avènement de Victor-Emmanuel III, la situation se détend.

Francesco Crispi (1818-1901)

Photographie : Francesco Crispi (1818-1901)

Francesco Crispi (1818-1901), homme politique italien, président du Conseil de 1887 à 1891, puis de 1893 à 1896. 

Crédits : A. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

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L'ère de Giolitti

À partir de 1898, l'Italie connut une expansion économique rapide, favorisée par l'abondance et le bon marché de la main-d'œuvre, et la « seconde révolution industrielle », née de l'électricité. Le textile, la mécanique automobile – la F.I.A.T. (Fabbrica italiana automobili Torino) est fondée à Turin en 1899 –, la sidérurgie progressent. Giovanni Giolitti, politicien souple et habile, administre cette relative prospérité, reprenant les méthodes du transformisme et s'assurant une majorité par la corruption et l'évolution lente vers le libéralisme. La haute conjoncture facilite cette consolidation, malgré la montée du socialisme, les outrances des nationalistes et le renforcement de la démocratie social-catholique. Entre 1901 et 1903, l'Italie se rapproche de la France, tout en demeurant dans la Triplice. En 1911-1912, Giolitti donne au pays une satisfaction d'amour-propre national, quand, au terme de la guerre contre la Turquie, le traité d'Ouchy (18 oct. 1912) sa [...]

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Italie : drapeau

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Le patriote italien Giuseppe Mazzini, vers 1870

Le patriote italien Giuseppe Mazzini, vers 1870
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-600 à -200. Philosophes et conquérants

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500 à 600. Reconquêtes

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Écrit par :

  • : maître assistant à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris
  • : professeur honoraire à l'université de Genève
  • : maître assistant à l'université de Paris-I
  • : professeur émérite d'histoire à l'université de Provence
  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Grenoble

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Pour citer l’article

Michel BALARD, Paul GUICHONNET, Jean-Marie MARTIN, Jean-Louis MIÈGE, Paul PETIT, « ITALIE - Histoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/italie-histoire/