ISLAM (La religion musulmane)Les fondements

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Les origines

Le milieu

L'islam est apparu en Arabie au viie siècle de l'ère chrétienne. À mi-chemin entre l'océan Indien et la Méditerranée, deux villes distantes l'une de l'autre de plus de 400 kilomètres mais toutes deux relativement proches de la mer Rouge, La Mekke (ou La Mecque, en arabe Makka) et Médine (Al-Madīna), en furent le berceau. La Mekke était une cité caravanière, blottie dans une vallée absolument aride, vivant du transport et du trafic des marchandises de l'Inde en route vers l'Occident par l'océan Indien, Aden puis le désert. Elle possédait un sanctuaire fameux, petit temple à peu près cubique, d'où son nom de Kaaba (cube), atteignant quinze mètres dans sa plus grande dimension (hauteur) ; c'était une sorte de panthéon vers lequel les Arabes païens allaient en pèlerinage. D'autres lieux de pèlerinage existaient aussi dans les environs immédiats. Les habitants de La Mekke appartenaient à la tribu de Quraysh, les Qorayshites ; sa bourgeoisie, pour qui les voyages et le commerce avaient été l'occasion de tremper son caractère aussi bien que de s'enrichir, restait malgré tout prisonnière de ses préoccupations matérielles. Un malaise social, que les anciennes coutumes tribales du désert s'avéraient impuissantes à résoudre, rendait la situation instable. En outre, les éléments d'une population flottante, venus d'Abyssinie, de Perse ou d'ailleurs, s'étaient joints aux commerçants arabes.

Pèlerinage de La Mecque

Photographie : Pèlerinage de La Mecque

Pèlerins accomplissant le tawaf, le tour sept fois répété de la Kaaba. L'édifice, dont l'un des angles conserve la Pierre noire, symbole d'une ancienne divinité lunaire, constitue une étape obligée du pèlerinage mecquois. 

Crédits : Neil Turner/ Getty Images

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Médine, en revanche, située au milieu d'une vaste oasis, comprenait une population rurale, composée pour une part d'Arabes païens (qui devaient se rallier massivement à l'islam) et, pour l'autre part, d'Arabes judaïsés qui accueillirent avec beaucoup de réserves la nouvelle religion et furent ensuite éliminés. Médine, c'est-à-dire la Ville (sous-entendu : du Prophète), était une localité très ancienne, appelée auparavant Yathrib et qu'une inscription du roi babylonien Nabonide mentionnait déjà au vie siècle avant J.-C.

Lorsqu'apparut l'islam, le conflit entre Byzance et la Perse avait atteint son paroxysme aux frontières de l'Arabie. Il avait eu ses répercussions sur les transactions commerciales entre l'Inde et la Méditerranée, bloquant certaines routes et détournant le trafic vers les régions épargnées par la guerre. Mais les conséquences de cette situation en Arabie sont difficiles à apprécier. Elles affectèrent certainement la vie à La Mekke.

Le contexte religieux

La religion dominante alors en Arabie était un paganisme, qui nous est connu par divers témoignages, avec ses idoles, ses lieux de culte, ses pèlerinages. Les païens admettaient à cette époque un dieu créateur supérieur auquel un certain nombre de divinités secondaires étaient « associées ». En s'insurgeant contre le polythéisme, l'islam s'en prendra tout particulièrement au péché d'associer (shirk) à Dieu d'autres divinités. Ce paganisme ne croyait pas non plus à la résurrection des morts, ce qui constituera une autre cause de conflits avec l'islam. Il semble cependant que le paganisme arabe ne satisfaisait plus vraiment ses adeptes : l'heure d'une autre religion avait sonné. En tout cas, après le triomphe de l'islam, personne ne donna sa vie pour défendre la foi païenne face à celui-ci, alors que le judaïsme et plus tard le christianisme ont eu des martyrs au cours de divers affrontements avec la religion musulmane.

Il existait à Médine une forte communauté juive, bien structurée, avec des rabbins et des écoles. D'autres communautés israélites importantes se rencontraient dans les oasis échelonnées entre Médine et la Syrie, et surtout au Yémen.

Si l'on arrive à connaître de manière assez précise les coordonnées géographiques de l'islam naissant, celles du paganisme arabe et, dans une certaine mesure, celles du judaïsme, il n'en est pas de même des autres composantes du contexte religieux. Certes, on sait que le christianisme jouait un rôle notable en Arabie ; entre La Mekke et le Yémen, l'oasis de Nadjran était un centre chrétien qui avait eu ses martyrs en 524-525.

Mais le détail de l'implantation chrétienne et la répartition de ses diverses sectes sont fort mal connus. Qui étaient exactement, à La Mekke, ces esclaves et ces marchands chrétiens rencontrés ici et là dans les récits de l'époque ? Quels étaient également ces personnages, peu nombreux et assez mystérieux, que la tradition présente comme des monothéistes indépendants, les ḥanīfs (ḥunafā') ? Qu'étaient ces Sabéens dont parle le Coran et qu'il ne faut pas confondre avec les Sabéens, habitants du pays de la reine de Saba et dont le nom s'écrit avec un autre type de S ? Le mot est employé dans quelques traditions. Il est parfois, bien que rarement, mis dans la bouche des païens qui qualifient de sabéen tel ou tel des premiers musulmans. Pour l'instant, le caractère limité des documents existants, joint à l'impossibilité de faire des fouilles, condamne les chercheurs à retourner dans tous les sens les textes qu'ils possèdent. Il est inutile d'espérer en savoir davantage tant que l'on n'aura pas découvert d'autres sources.

L'islam naissant

Comme tous les grands mouvements de l'histoire mondiale, l'islam a mis un certain temps à s'imposer. Suivant la tradition musulmane, seule source de connaissance en la matière, tout commença vers l'an 610. Muḥammad ibn ‘Abd Allāh, membre d'une famille respectable de La Mekke et qui avait alors une quarantaine d'années, faisait une retraite dans le désert, non loin de la ville, lorsqu'il eut des visions. Il se vit invité à réciter un texte que sa vision lui enseignait. Ces phénomènes extraordinaires cessèrent bientôt pour reprendre trois ans plus tard, mais cette fois d'une façon régulière. Dès lors, Muḥammad se mit à transmettre, au nom de Dieu, des messages sacrés à ses concitoyens. Cette activité, qui devait durer jusqu'à sa mort, rappelait celle des prophètes anciens dont il se voyait ainsi poussé à continuer l'œuvre. Ses messages, formulés en une très belle langue arabe, constituèrent, une fois rassemblés en un seul recueil, ce que l'on appelle le Coran (al-Qur'ān). Ce mot arabe, de facture et d'origine syriaques, signifie « récitation », puis, par extension, « texte sacré que l'on récite », ce texte pouvant être soit un message relativement bref, soit, par antonomase, le livre sacré tout entier.

Dès le début, une poignée de Mekkois crurent en la mission de Muḥammad et, se groupant sous sa direction spirituelle, s'efforcèrent de conformer leur vie aux enseignements du Coran. Ils vécurent une dizaine d'années à La Mekke et, malgré l'opposition des païens, étaient peut-être déjà au nombre de deux cents vers 622. Ils durent alors s'expatri [...]

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  • : docteur ès lettres, membre de l'Institut dominicain d'études orientales du Caire, membre de l'Institut d'Égypte.

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Pour citer l’article

Jacques JOMIER, « ISLAM (La religion musulmane) - Les fondements », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/islam-la-religion-musulmane-les-fondements/