KARIMOV ISLAM (1938-2016)

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Islam Abdouganiévitch Karimov a été président de la république d’Ouzbékistan, depuis l’accession à l’indépendance de son pays au moment de la dislocation de l’URSS, le 1er septembre 1991, jusqu’à sa mort le 2 septembre 2016, à Tachkent.

Islam Karimov

Photographie : Islam Karimov

Le président de l'Ouzbékistan Islam Karimov, le 24 juin 2016 à Tachkent, alors que son pays accueille le sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai. 

Crédits : Mikhail Metzel/ TASS via Getty Images

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Né le 30 janvier 1938 à Samarkand, Islam Karimov débute sa carrière dans les instances économiques et financières de la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan. Il est encore une personnalité mineure du paysage politique quand il est nommé premier secrétaire du Parti communiste ouzbek par Moscou en 1989. Il bénéficie alors du discrédit qui frappe la nomenklatura ouzbèke depuis le « scandale du coton » (système de corruption fondé sur la falsification des rendements du coton) et arrive au pouvoir en pacificateur, en 1989, à la suite des pogroms perpétrés par les Ouzbeks contre la minorité des Turcs meskhètes dans la vallée de Ferghana. Avec la déclaration de souveraineté du pays en 1990, puis son indépendance, il accède au statut de président et est réélu avec des scores proches de 90 p. 100 des voix jusqu’à la dernière élection de 2015. Au cours de ses mandats, Islam Karimov a édifié un système présidentiel fort, tout en maintenant formellement les attributs de la démocratie (Constitution, Parlement, pluripartisme).

Karimov s’attelle très vite à la construction d’une doctrine nationale dénommée Mustaqillik – « l’indépendance » – et la propage via l’éducation et les médias. Elle vise à restaurer le prestige du peuple ouzbek en fabriquant un nouveau récit national qui s’approprie et glorifie le passé timouride et dénonce le passé soviétique (répressions staliniennes, catastrophe écologique de la mer d’Aral, monoculture du coton). Le président réhabilite Sharaf Rashidov, premier secrétaire du PC ouzbek de 1959 à 1983, qui avait été sanctionné par le pouvoir soviétique pour son implication dans le « scandale du coton », et en fait le précurseur de l’autonomie de l’Ouzbékistan.

Confronté à la libéralisation religieuse débutée durant la perestroïka, Islam Karimov choisit la voie de l’autoritarisme et muselle les partis d’opposition fondés sur le renouveau islamique. Il mène sans faiblir une vive répression contre les promoteurs d’un islam politique, exploitant le danger fondamentaliste – qui s’est montré réel lors d’attentats et tentatives d’intrusion sur le territoire (entre 1999 et 2004) –, pour refuser tout pluralisme et construire un État policier. Il s’appuie à la fois sur les forces de sécurité et les structures communautaires de la société ouzbèke, tout en pratiquant une politique d’incarcération dénoncée par les organisations de défense des droits humains. Le 13 mai 2005, il réaffirme sa fermeté en réprimant violemment l’insurrection d’Andijan, dans la vallée de Ferghana, faisant plusieurs centaines de morts.

Durant sa présidence, Islam Karimov a mis en œuvre une économie autocentrée et protectionniste, maintenant d’importants secteurs d’activité sous le contrôle de l’État (industries lourdes, coton, système bancaire) dans un contexte de corruption endémique. Ce modèle n’a enrayé ni la dépendance du pays envers l’importation des matières premières, ni le sous-emploi qui a stimulé, à partir des années 2000, les migrations de travail vers la Russie et le Kazakhstan, rendant l’économie et la société en partie tributaires des transferts de fonds des migrants.

Islam Karimov s’est efforcé de mener une politique extérieure indépendante, privilégiant les relations bilatérales. Mais les conflits armés à ses frontières, en Afghanistan et au Tadjikistan, l’ont poussé à jouer des alliances avec les États-Unis et la Russie, de laquelle il s’est rapproché après 2005. Sa présidence a été marquée par des désaccords entre l’Ouzbékistan et ses voisins centre-asiatiques sur les frontières, l’eau et l’énergie notamment. 

Le président Karimov est parvenu à s’imposer comme une figure tutélaire de la nation ouzbèke. Son régime se prévaut d’une certaine assise sociale fondée sur un patriotisme peu empreint de nationalisme et sur la préservation d’un climat interethnique pacifique. Son autorité a été entachée par les agissements de sa fille aînée, Gulnara Karimova, femme d’affaires régulièrement inquiétée par la justice internationale, à qui il avait confié des fonctions diplomatiques et qu’il a mise au ban et assignée à résidence après qu’elle a tenté d’organiser la succession politique de son père en 2014.

La société ouzbèke reconnaît alors à Islam Karimov d’avoir préservé une certaine raison d’État de même qu’elle le crédite, eu égard aux printemps arabes et à leurs conséquences, d’avoir maintenu la stabilité et la paix dans le pays.

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Pour citer l’article

Anne TOURNEVILLE, « KARIMOV ISLAM - (1938-2016) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/islam-karimov/