IRLANDE DU NORD ou ULSTER

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La partition

La partition trouve son origine juridique dans le Government of Ireland Act voté par le parlement de Westminster le 23 décembre 1920. Cette loi crée deux entités distinctes ayant chacune leurs institutions : l'Irlande du Sud, constituée par les vingt-six comtés de l'Irlande méridionale et nord-orientale ; l'Irlande du Nord, issue d'un morcellement de la province historique d'Ulster, comprenant les six comtés de colonisation d'Antrim, Armagh, Down, Fermanagh, Londonderry et Tyrone. Entériné par l'accord frontalier du 3 décembre 1925, ce découpage arbitraire, effectué à huis clos, au mépris des aspirations de la population qui ne fut consultée à aucun moment, avait essentiellement pour fin d'assurer la mainmise des protestants unionistes sur un territoire économiquement viable, où ils seraient assurés de disposer d'une confortable majorité. Pour être viable, la province devait cependant inclure en son sein une substantielle minorité catholique et nationaliste représentant environ un tiers de la population, et se voir rattacher contrairement à toute équité des comtés d'obédience nationaliste comme le Fermanagh et le Tyrone, comtés qui comptaient respectivement 56,2 p. 100 et 55,4 p. 100 de catholiques nationalistes.

Le Parlement d'Irlande du Nord fut inauguré officiellement par le roi George V le 22 juin 1921. Conformément aux dispositions du Government of Ireland Act de 1920, le pouvoir législatif était conjointement exercé par Westminster et le parlement de Stormont à Belfast. Westminster, où l'Irlande du Nord envoie douze députés, gardait la haute main sur un certain nombre de matières « exclues » et « réservées ». Les matières qui n'étaient ni exclues ni réservées étaient considérées comme « transférées » au parlement de Stormont qui, dans les limites ainsi fixées, se voyait reconnaître le pouvoir de faire des lois pour « la paix, l'ordre et le bon gouvernement du pays ». Le parlement de Stormont se composait de deux chambres : une Chambre des communes comprenant cinquante-deux membres élus pour cinq ans à la représentation proportionnelle, et un Sénat de vingt-six membres dont vingt-quatre étaient élus par la Chambre des communes à la représentation proportionnelle, les lords-maires de Belfast et de Londonderry étant membres de droit. Les règles de l'organisation parlementaire étaient calquées sur le modèle anglais. Le pouvoir exécutif était, quant à lui, dévolu à un Premier ministre, chef de la majorité parlementaire, et à la Couronne, représentée par un gouverneur d'Irlande du Nord.

Le régime ulstérien était, il convient de le souligner, un régime subordonné. Au terme de l'article 75 du Government of Ireland Act de 1920, le parlement de Westminster conservait la liberté de restreindre, élargir ou supprimer le domaine de l'autonomie nord-irlandaise. Le parlement du Royaume-Uni restait, en outre, libre d'amender ou d'abroger par une autre loi ce qu'il avait institué en 1920 par une loi ordinaire. Pendant près de cinquante ans, Westminster laissa le parlement de Stormont gouverner quasiment à sa guise, fermant les yeux sur des pratiques qui ne visaient à rien moins qu'à maintenir et fortifier la domination des protestants unionistes au moyen de l'écrasement politique, économique et social de la minorité catholique et nationaliste.

La polarisation des deux communautés, aggravée par la partition, a complètement gelé la vie politique de la province. Unique objet du débat politique, la question constitutionnelle du maintien de l'union a assuré pendant un demi-siècle l'hégémonie sans partage du Parti unioniste qui fit du Stormont « le parlement protestant d'un peuple protestant ». De 1921 à 1972, l'Irlande du Nord aura vu se succéder à la tête des affaires six Premiers ministres, tous unionistes et liés de plus ou moins près à l'ordre d'Orange : sir James Craig de juin 1921 à novembre 1940 ; John Miller Andrews de novembre 1940 à mai 1943 ; lord Brookeborough de mai 1943 à mars 1963 ; Terence O'Neill de mars 1963 à avril 1969 ; James Chichester Clark de mai 1969 à mars 1971 ; Brian Faulkner de mars 1971 à mars 1972.

Les catholiques nationalistes, hostiles à la partition depuis le premier jour de son établissement, ne s'accommodèrent jamais d'un régime politique qui faisait d'eux des citoyens de seconde zone. Ils mobilisèrent toute leur énergie en vue de renverser l'État d'Irlande du Nord, tantôt par les moyens non violents [...]

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Le révérend Ian Paisley manifestant en 1970

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Affrontements dans le Bogside à Derry (12 août 1969)

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Le Dimanche sanglant (30 janvier 1972, Derry)

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Belfast fête la chute de la coalition (1974)

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  • : historien, docteur en droit, docteur honoris causa de la National University of Ireland et de l'université d'Ulster (Royaume-Uni)

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Pour citer l’article

Pierre JOANNON, « IRLANDE DU NORD ou ULSTER », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/irlande-du-nord-ulster/