IRANSociété et cultures

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Aux sources de la révolution et de la République islamiques

La crise révolutionnaire des années 1978-1979 a tout d'abord consacré l'échec d'un système de développement. En vingt-cinq ans, depuis le coup d'État de 1953 rétablissant l'autorité du shah, l'Iran a été le théâtre de mutations radicales affectant de proche en proche toutes les couches de la société. Lors du premier recensement national, en 1956, l'Iran compte 19 millions d'habitants dont 69 p. 100 sont des ruraux ; l'agriculture et l'élevage – le pays est le plus grand foyer mondial de pastoralisme nomade – occupent 56 p. 100 de la population active. En 1976, ces proportions sont inversées : 34 p. 100 seulement des actifs continuent de vivre de l'agro-pastoralisme, la population, de plus de 33 millions d'habitants, se répartit à peu près également entre les établissements ruraux et urbains (c'est-à-dire, selon les critères du recensement, comptant plus de 5 000 hab.) ; en dix ans, le taux de croissance des villes a atteint 61 p. 100. L'augmentation extraordinaire de la production et des revenus pétroliers (31 millions de tonnes en 1951, 294 millions en 1974) a été mise au service d'une politique de développement fondée sur une industrialisation rapide mais surtout sur une intégration accélérée de l'économie iranienne dans le marché mondial (recyclage de la rente pétrolière dans l'importation de produits de consommation, achat d'usines de montage clés en main, établissement de sociétés mixtes, joint-ventures, qui trouvaient là des conditions idéales de profit).

Révolution islamique en Iran, 1979

Vidéo : Révolution islamique en Iran, 1979

En septembre 1978, la contestation du régime de Reza Palhavi, le shah d'Iran, s'intensifie. L'armée et la police secrète, la Savak, répriment les émeutes dans le sang, en vain. Le mouvement prend de l'ampleur et la grève générale est déclenchée en décembre. Le chaos s'installe tandis... 

Crédits : Pathé

Afficher

Dans ce contexte de développement, des pans entiers de l'économie traditionnelle ont été bouleversés ; l'agriculture – encore dominée par le féodalisme avant la réforme agraire de 1962 – a sans doute été favorisée par le transfert d'une partie importante des terres des grands propriétaires aux paysans, mais elle n'a été véritablement encouragée, dans les dernières années de l'ancien régime, que sur des périmètres restreints, là où prenaient corps de grands programmes de développement appuyés par des capitaux étrangers. La production agro-pastorale stagnant (sa part dans le revenu national passe de 22 à 11 p. 100 de 1968 à 1978), beaucoup de ruraux vinrent gonfler les quartiers pauvres des villes. Ces nouveaux citadins, souvent jeunes, alphabétisés et ambitieux, joueront un rôle décisif lors des émeutes révolutionnaires.

L'artisanat et le petit négoce – le monde du bāzār, ce secteur clé de l'économie urbaine traditionnelle en Orient – eurent également à pâtir des projets de développement grandioses mis en œuvre par le régime pahlavi : l'importation de produits fabriqués, l'augmentation rapide d'un commerce international qui leur échappait réduisirent considérablement la sphère et le volume de leurs activités. Ces bāzāri, au mode de vie simple et frugal, pieux, rétifs aux tentatives d'occidentalisation imposées d'en haut, se regroupent traditionnellement dans des associations (professionnelles et de voisinage) à vocation religieuse, qui formeront, lors de la révolution, un réseau d'entraide et de soutien particulièrement efficace. C'est sans doute le clergé shi'ite (alors 50 000 personnes environ, si l'on s'en tient aux « clercs », ruhāni, qui ont une formation poussée en théologie) qui vit se restreindre le plus sensiblement le champ de ses prérogatives pendant les décennies précédant la révolution : sécularisation accrue de l'enseignement et de la justice mais aussi aliénation – à la suite de la réforme agraire de 1962 – d'une grande partie des biens de mainmorte (vaqf) qui assuraient à la majorité des clercs une autonomie financière et, partant, une certaine liberté idéologique. Les religieux, soudés par un puissant esprit de corps, ne forment cependant pas un bloc monolithique ; on ne soulignera jamais assez la grande hétérogénéité sociale du clergé (du mollā de village, complétant ses modestes revenus par un travail agricole, au grand ayatollah, littéralement : « signe miraculeux de Dieu », se consacrant à l'interprétation des textes religieux et à l'enseignement de la théologie) et la diversité de ses positions politiques (qui allaient, sous l'ancien régime, d'un quiétisme complaisant aux appels à la révolte et à la revendication du pouvoir).

C'est dans la bourgeoisie d'affaires (une minorité d'anciens féodaux reconvertis dans les activités lucratives du commerce international) et parmi les nouvelles classes moyennes [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 14 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Médias

Iran : carte administrative

Iran : carte administrative
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Iran : drapeau

Iran : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

drapeau

Révolution islamique en Iran, 1979

Révolution islamique en Iran, 1979
Crédits : Pathé

video

Afficher les 3 médias de l'article

Écrit par :

  • : professeur d'anthropologie à l'université d'Aix-Marseille, ancien directeur de l'Institut français de recherche en Iran

Classification

Autres références

«  IRAN  » est également traité dans :

IRAN - Géologie

  • Écrit par 
  • Jean BRAUD
  •  • 3 206 mots
  •  • 2 médias

La structure géologique de l'Iran et son évolution au cours des ères ne se comprennent bien que si l'on examine le pays dans son cadre général. Les chaînes montagneuses qui occupent la majeure partie du territoire appartiennent à un ensemble s'étendant de la Turquie à l'Afghanistan et au Pakistan. Cet ensemble est pris en tenaille entre les grandes masses c […] Lire la suite

IRAN - Géographie

  • Écrit par 
  • Bernard HOURCADE
  •  • 5 162 mots
  •  • 5 médias

L'Iran, l'ancienne Perse, le « pays des Aryens », est situé entre les mondes arabe, indien, turc et russo-européen. Ce haut plateau aride de 1 640 000 kilomètres carrés, peuplé de plus de 75 millions d'habitants lors du recensement de 2011, occupe une place à part au Moyen-Orient. La population et l'État sont inséparables du territoire géographique où ils se sont développés depuis le […] Lire la suite

IRAN - Histoire et politique

  • Écrit par 
  • Christian BROMBERGER, 
  • Robert MANTRAN
  • , Universalis
  •  • 22 385 mots
  •  • 12 médias

L'histoire moderne de l'Iran, vieil empire multiethnique, devenu au fil du xxe siècle (sous la dynastie pahlavi puis sous la République islamique) un État-nation centralisé, présente quelques constantes remarquables.Les relations de domination puis de rejet des puissances étrangères ont rythmé les étapes de l'évolution de ce pays, fier de sa singulari […] Lire la suite

IRAN - Cinéma

  • Écrit par 
  • Charles TESSON
  •  • 2 855 mots

La découverte récente du cinéma iranien a pour origine l'issue du conflit Iran-Irak en 1988. Soucieux de normaliser ses relations avec l'étranger, le pays ouvre ses frontières et accepte que certains films soient montrés. En 1989, Où est la maison de mon ami ? d'Abbas Kiarostami reçoit le léopard d'or au festival de Locarno. Quel […] Lire la suite

BRĀHUĪ

  • Écrit par 
  • Jean-Charles BLANC
  •  • 834 mots

Confédération tribale dont l'effectif était évalué à plus de 270 000 en 1960, les Brāhuī (ou Brahoui) vivent principalement au Pakistan, dans la province du Baloutchistan, en territoire montagneux, mais aussi en Afghanistan (au sud) et en Iran (dans le Sistan et Baloutchistan). Une partie de la population brāhuī vit de l'élevage de troupeaux de moutons, de chèvres et de dromadaires. Les tribus nom […] Lire la suite

PROCHE ET MOYEN-ORIENT CONTEMPORAIN

  • Écrit par 
  • Nadine PICAUDOU, 
  • Aude SIGNOLES
  •  • 21 336 mots
  •  • 24 médias

Dans le chapitre « Jeux d'influences des puissances régionales »  : […] L'intervention américaine en Irak, couplée à la multiplication des foyers de crise interne dans la région, conduit au remodelage des jeux d'influences entre puissances régionales. L' Iran voit son rôle renforcé par la « disparition » de ses deux frères ennemis, l'Afghanistan des talibans et l'Irak de Saddam Hussein. Le président Ahmadinejad, arrivé au pouvoir en 2005 et réélu de manière contestée […] Lire la suite

YÉMEN

  • Écrit par 
  • Laurent BONNEFOY, 
  • André BOURGEY, 
  • Serge CLEUZIOU
  •  • 14 218 mots
  •  • 10 médias

Dans le chapitre « Le « tournant révolutionnaire » »  : […] Dans un contexte marqué par les révolutions tunisienne et égyptienne, le soulèvement au Yémen, amorcé en février 2011, rend caduc le calendrier électoral. Il illustre pleinement l'usure d'un régime qui, après plus de trois décennies de pouvoir, semble incapable de faire face aux nombreux défis qui sont les siens. La mobilisation lancée par la jeunesse révolutionnaire appuyée par le Forum commun e […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Christian BROMBERGER, « IRAN - Société et cultures », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/iran-societe-et-cultures/