IRANSociété et cultures

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Une mosaïque de cultures cimentées par une commune appartenance nationale

La diversité culturelle de l'Iran tient tout à la fois à la juxtaposition de milieux géographiques très contrastés (terres humides et palustres du littoral caspien, plateau aride ponctué d'oasis, grandes cuvettes désertiques du Dasht-e Kavir et du Dasht-e Lut, chaîne montagneuse du Zagros...) et à une histoire faite d'invasions successives qui ont inégalement marqué les différentes régions du pays. La pénétration progressive, aux IIe et Ier millénaires avant J.-C., de nomades aryens, venus de steppes froides et cultivables d'Asie intérieure, sur le plateau iranien a fixé les grands traits de l'utilisation du sol en Perse : un genre de vie à dominante sédentaire, agricole, avec de courts déplacements pastoraux à l'intérieur des vallées. C'est de ce genre de vie que participe encore aujourd'hui une partie des populations du Lorestan et du Kurdistan, par exemple. À ces invasions, l'Iran doit aussi le substrat de sa langue, le persan, langue indo-européenne, à laquelle se rattachent la plupart des dialectes parlés dans le pays. Si la conquête arabe, au viie siècle, a considérablement modifié les modes de vie et les habitudes culturelles (religion, vie et schémas urbains, arts et formes d'expression : adoption, entre autres, des caractères arabes pour écrire le persan), elle n'a pas pour autant bouleversé les formes traditionnelles d'occupation de l'espace. En revanche, les invasions turques au xie siècle, aboutissant à la création de l'empire seldjoukide, et mongoles au xiiie siècle, sous l'impulsion de Gengis Khan, entraînant la domination des Il-Khanides, ont eu de profondes répercussions sur le genre de vie des populations montagnardes de l'Iran : « bédouinisation », pour reprendre l'expression de Xavier de Planhol, de communautés à dominante sédentaire, formation de grandes confédérations tribales hiérarchisées, affirmant leur autonomie et revendiquant le pouvoir (la plupart des dynasties iraniennes depuis le xvie siècle ont été d'origine tribale) ; parallèlement, ces invasions entraînèrent la « turquisation » linguistique d'un certain nombre de régions iraniennes.

Le panorama ethno-linguistique de l'Iran contemporain porte l'empreinte de cette histoire complexe, des contrastes entre les régions et des forts particularismes qui en découlent. La moitié environ des Iraniens ont la langue nationale, le persan (fārsi), pour langue maternelle. Conséquence cependant d'une alphabétisation massive et continue depuis les années 1960 et des migrations vers les villes, la langue nationale est parlée aujourd'hui par 83 p. 100 de la population (c'est uniquement dans les marges nord-ouest – Azerbaïdjan, Kurdistan – et sud-est – Baloutchistan – que demeurent de fortes minorités ne la comprenant et ne la pratiquant pas). Le plus important ensemble ethno-linguistique est formé par les Turcs d'Azerbaïdjan (à peu près 20 p. 100 de la population totale) ; d'autres groupes turcophones – souvent des tribus nomades – sont dispersés dans différentes régions du pays : Qashqai et fractions de la confédération Khamse dans le Fars, Afshar dans la province de Kerman, Turkmènes dans les steppes à l'est de la mer Caspienne... Au total, les turcophones représentent 23 p. 100 de la population iranienne mais ils parlent souvent des langues fort éloignées excluant l'intercompréhension. Les groupes ethniques dont la langue s'apparente à la famille des parlers iraniens forment des minorités aux particularismes plus ou moins accusés ; citons, parmi les principaux : les Kurdes (environ 6 millions d'individus) peuplant les régions montagneuses des provinces (ostān) de l'Azerbaïdjan occidental, du Kurdistan, de Kermanshah et de l'Ilam, dans l'ouest du pays (on trouve également des isolats kurdes dans l'Alborz, au nord, et dans le Khorasan, à l'est du pays) ; on peut estimer à 5,8 millions d'individus les populations parlant le lori dans les provinces du sud-ouest, dont les Bakhtyari pratiquant, quand ils ne sont pas sédentarisés, un nomadisme « vertical » qui les mène du piémont aux pâturages sommitaux du Zagros ; les Baloutches (environ 1,7 million) occupant un milieu particulièrement défavorable dans le sud-est de l'Iran et formant quelques isolats dans le Khorasan ; les Gilani, Taleshi, Mazandarani des deux provinces caspiennes, très densément peuplées (le Gilan et le Mazandaran regroupent quelque 5,2 millions d'habitants), au climat humide et au paysage verdoyant, véritables greniers à riz de l'Iran... Ces minorités iraniennes représenteraient un peu moins de 30 p. 100 de la population du pays. La physionomie culturelle de l'Iran apparaît encore plus bigarrée si l'on tient compte de la présence d'une forte minorité arabophone (environ 2,2 millions de personnes dans le Khouzistan) et de la diversité des affiliations religieuses : si la grande majorité (85 p. 100 environ) de la population est d'obédience shi'ite, plusieurs groupes ethniques sont partiellement ou totalement sunnites : Kurdes, Taleshi, Turkmènes, Baloutches, Arabes. Quant aux minorités non musulmanes, elles sont quantitativement négligeables et concentrées pour l'essentiel dans les villes ; dans la Constitution de la République islamique, seules sont « reconnues » et « libres d'accomplir leurs rites religieux » les minorités zoroastrienne israélite, chrétienne, en grande majorité arménienne. Chacune de ces communautés a un ou deux représentants au Parlement. En revanche, les bahaïs, fidèles d'une religion schismatique issue du shi'isme au xixe siècle, prônant l'unification du genre humain et un gouvernement mondial, sont considérés comme des apostats et persécutés ; il est difficile d'en évaluer le nombre : les estimations varient entre 50 000 et 500 000.

Faut-il dire pour autant, au regard de ces données, que la population iranienne forme une mosaïque aux éléments disjoints ? En fait, si tous ces groupes sont soucieux de conserver leur identité, leur intégration dans l'État iranien est ancrée dans une longue histoire impériale qui s'est construite au-dessus des ethnies et a généré, au-delà des revendications minoritaires, un puissant sentiment d'orgueil national. Par ailleurs, les disparités culturelles entre régions et « nationalités » se sont sensiblement réduites depuis le début du xxe siècle sous les effets conjugués de la modernisation et des régimes autoritaires (empire pahlavi, République islamiq [...]

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Révolution islamique en Iran, 1979

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Écrit par :

  • : professeur d'anthropologie à l'université d'Aix-Marseille, ancien directeur de l'Institut français de recherche en Iran

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Pour citer l’article

Christian BROMBERGER, « IRAN - Société et cultures », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/iran-societe-et-cultures/