INVESTISSEMENT

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Le canal du crédit et l'irréversibilité de l'investissement

La qualité de plus en plus grande des bases de données d'entreprises et l'augmentation de la puissance de calcul et de stockage des ordinateurs, ainsi que le développement des méthodes économétriques sur données individuelles, ont apporté un renouveau dans les analyses de la productivité, de l'emploi et de l'investissement (Haltiwanger, 1997). Plus particulièrement, les économistes ont pu introduire l'hétérogénéité des comportements micro-économiques dans les analyses des évolutions macro-économiques, c'est-à-dire utiliser la richesse des différences entre individus ou entre entreprises pour expliquer les agrégats. Les études sur l'investissement se sont ainsi développées en suivant deux axes majeurs : l'analyse des contraintes financières des entreprises à travers le canal du crédit et l'analyse de l'irréversibilité de l'investissement en incertitude.

L'hétérogénéité du comportement d'investissement des entreprises

L'hétérogénéité est la caractéristique la plus frappante des comportements d'investissement des entreprises : certaines investissent, d'autres non, quel que soit le secteur d'activité et quelle que soit la conjoncture (Duhautois, 2001 ; Duhautois et Jamet, 2001 ; Crépon et Rosenwald, 2001). Une des explications les plus souvent avancées tient compte de l'interaction forte entre la décision d'investissement d'une entreprise et les conditions auxquelles elle peut se financer, conditions qui dépendent beaucoup de ses caractéristiques propres. En particulier, on peut envisager que le stock de capital des entreprises serve de garantie pour leurs prêts – au cas où elles feraient faillite – et permette ainsi de réduire le taux d'intérêt auquel elles se financent (Crépon et Rosenwald, 2001). Lors de sa décision d'investissement, une entreprise doit donc tenir compte à la fois du coût de financement externe lié aux conditions sur le marché des crédits (le niveau a priori du taux d'intérêt) mais également de ce qu'elle a accumulé dans le passé (machines, bâtiments, etc.).

Les modèles d'irréversibilité en situation d'incertitude soulignent également l'hétérogénéité des positions dans lesquelles se trouvent les entreprises, au niveau cette fois de leurs réactions à une modification de leur environnement. L'idée est que chaque entreprise est caractérisée par un écart qui sépare le stock de capital qu'elle souhaiterait détenir (capital désiré) et celui qu'elle détient réellement (capital effectif). Les chocs et l'irréversibilité de l'investissement font qu'une entreprise peut se trouver avec un excès de capital effectif. La réaction globale des entreprises à une modification favorable de l'environnement macro-économique (une baisse des taux d'intérêt, par exemple) dépend alors de la distribution des situations des entreprises par rapport à leur stock de capital désiré. Si beaucoup d'entre elles détiennent trop de capital, une baisse des taux d'intérêt aura un faible impact sur l'investissement agrégé, alors que l'impact sera élevé si la plupart d'entre elles détiennent moins que la quantité souhaitée avant la baisse des taux d'intérêt.

Le financement de l’investissement

Quand les taux d'intérêt réels (taux nominaux corrigés de l'inflation) sont très bas, les entreprises ont intérêt à s'endetter afin de bénéficier de ce qu'on appelle l'effet de levier. Même si le rendement moyen des capitaux investis ne change pas (pourvu qu’il reste supérieur au taux d’intérêt réel), la firme peut accroître la rentabilité moyenne de ses fonds propres en déformant son bilan par l’endettement. L’endettement permet donc d’améliorer le rendement moyen servi aux actionnaires, tant que la rentabilité économique des projets d’investissement dépasse le taux d’intérêt du marché. Mais cette rentabilité économique est incertaine : en contrepartie de cette rentabilité plus élevée, les fonds investis seront également plus risqués. On est alors tenté d’en conclure qu’il existe une structure financière optimale, qui résume l’arbitrage entre rendement et risque, en fonction des préférences des actionnaires.

Si cet arbitrage est valable au niveau microéconomique, Modigliani et Miller (1958) ont montré que ce n’était plus forcément le cas au niveau macroéconomique car, par leurs achats et cessions de parts, les actionnaires peuvent faire jouer leur levier personnel, en fonct [...]

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Écrit par :

  • : économiste à l'INSEE, membre du Centre de recherche en économie et statistique
  • : professeur de sciences économiques à l'université d'Orléans

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Pour citer l’article

Richard DUHAUTOIS, Patrick VILLIEU, « INVESTISSEMENT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/investissement/