INTERPRÉTATION

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L'interprétation en psychanalyse

Que ce soit pour en contester l'importance ou pour reconnaître la nécessité de s'y référer, les sciences de l'homme n'ont pas manqué, à des degrés divers, de s'intéresser à ce qui, dans la psychanalyse, semble lui conférer sa spécificité méthodologique, à savoir l'interprétation.

Données historiques

Freud fait intervenir pour la première fois le terme d'interprétation dans la Traumdeutung (1900, traduit en français d'abord sous le titre de Science des rêves, puis d'Interprétation des rêves). Il s'attache déjà à distinguer la notion d'interprétation en psychanalyse du sens qui lui est reconnu dans l'Antiquité à propos des songes. Pour lui, l'interprétation est un travail qui a pour correspondant le travail du rêve et qui, comme celui-ci, est d'abord le fait du rêveur. Il consiste à laisser le patient fragmenter son rêve et « associer » librement à partir de chaque élément. Ainsi l'interprétation n'est-elle point conçue, à l'origine, comme un acte d'intervention externe relevant du seul analyste, mais bien comme l'acte de signification effectué par le patient dans la découverte d'un rapport entre le sens manifeste et le sens caché (toujours problématique) de ce qu'il dit. Bien qu'ainsi le rêve se trouve historiquement privilégié, les autres productions de l'inconscient – restes diurnes, fantasmes, lapsus, actes manqués, symptômes – peuvent de même être définies comme des interprétations que le sujet livre à l'analyse dans le cours de la cure. Précisément, il convient ici de distinguer, dans le champ de la psychanalyse, deux régimes de l'interprétation. D'une part, celle-ci peut se développer hors des conditions concrètes d'une cure ; c'est le cas, par exemple, des interprétations psychanalytiques portant sur des œuvres littéraires ou artistiques, sur des phénomènes sociologiques, etc. ; l'interprétation fonctionne alors comme une technique conceptuellement armée par la psychanalyse, mais engagée dans un mode de lecture et de critique qui vise à expliciter les déterminations inconscientes sous-jacentes – personnelles ou collectives – d'une œuvre ou d'un phénomène. D'autre part, l'interprétation intervient dans une relation au patient, à l'intérieur de la cure ; dans ce cas, elle relève d'un art qui obéit à des règles et possède ses moments d'incidence propres. Intégrée à la dynamique de la cure, elle se présente comme l'argument de la praxis analytique, la forme majeure de l'action thérapeutique.

Freud et ses disciples

Photographie : Freud et ses disciples

Les sept membres du "comité", lors des soirées du mercredi, chez Freud, en 1922. De gauche à droite, Freud, Ferenczi et Sachs (assis), Rank, Abraham, Eitington et Jones (debout). 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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Joseph interprète les songes de Pharaon, Raphaël

Photographie : Joseph interprète les songes de Pharaon, Raphaël

Raphaël (1483-1520), Joseph interprète les songes de Pharaon, vers 1515-1518. Cycle des fresques des loges, Palais du Vatican, Rome. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG-images

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Depuis 1930 environ, de nombreuses contributions ont été apportées à ce problème. Comme le fait remarquer Didier Anzieu, on « avait fini par imposer l'idée erronée d'une division du travail dans la cure : le patient produit le matériel et le psychanalyste l'interprète ». Cette division du travail est à l'origine (elle en est par ailleurs la conséquence) d'une rationalisation poussée à la limite de la technique d'interprétation. La question qui désormais se pose est celle de savoir si, lorsqu'il interprète, le psychanalyste procède à partir d'un savoir élaboré, de nature pratique et rationnelle, ou si, dans ce qu'il dit, il laisse parler son inconscient. Des psychanalystes américains tels que Kris, Hartmann et Loewenstein défendent la conception selon laquelle les interprétations émanent d'une partie du moi exempte de tout conflit et, par conséquent, pouvant faire prévaloir une rationalité propre soustraite à tout élément pulsionnel. Une partie de l'école américaine en est venue ainsi, autour de 1930-1940, à conférer à la technique d'interprétation une rationalité telle qu'elle n'a pas manqué d'enfermer finalement le problème dans un formalisme dont certains aspects sont, pour une part, contemporains des essais de formalisation logico-mathématique de la psychanalyse.

Dans une perspective différente, Ludwig Binswanger a cherché à rapporter l'interprétation psychanalytique – définie par lui en termes de mantique, au sens où cette notion comporterait à la fois une dimension heuristique et une dimension herméneutique – à des actes de compréhension dont certains sont d'ordre rationnel (selon lui, le psychanalyste serait orienté par une saisie scientifique et systématique du [...]

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Wilhelm Dilthey

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Freud et ses disciples

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Joseph interprète les songes de Pharaon, Raphaël

Joseph interprète les songes de Pharaon, Raphaël
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Écrit par :

  • : professeur de psychopathologie à l'université de Paris-VII, directeur du Laboratoire de psychopathologie, directeur de formation doctorale, chargé de mission pour la création de l'Institut interuniversitaire européen, codirecteur de la Revue internationale de psychopathologie

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Pour citer l’article

Pierre FÉDIDA, « INTERPRÉTATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/interpretation/