INTÉRIORITÉ

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Aux origines du thème de l'intériorité

Une alternative radicale

Il n'est pas d'homme qui ne possède, invincible, le sentiment que son corps et ces prolongements de son corps que sont ses paroles et ses actes constituent l'envers extérieur d'une réalité qui est la sienne propre dont lui est offert, dans la veille et même dans le rêve, une intuition immédiate radicalement incommunicable en tant que telle à autrui et qu'on dira intérieure ou subjective. Cette antithèse d'un dehors et d'un dedans fait une métaphore fallacieuse qui invite à imaginer l'intérieur comme l'en-deçà d'une frontière ou un espace cerné par une clôture, et c'est parler de l'intériorité dans le langage de l'extériorité. D'où, pièges du langage, ces représentations matériellement dualistes qui cassent l'homme en deux, ou plutôt établissent deux hommes dans l'homme, l'un visible, vulnérable, chose parmi les choses, l'autre invisible à tous, sauf à lui seul, le regard intérieur suscitant un objet intérieur, notion peut-être contradictoire, l'homme invisible existant caché sous l'homme visible comme le corps sous le vêtement ou le visage sous le masque. Mais alors l'intériorité serait l'extériorité de l'extériorité, autre forme de la même et absurde contradiction. Le retour réflexif à l'expérience vécue congédiera ces imaginations infraphilosophiques qui, sous prétexte de mettre à part l'intériorité, lui donneraient le statut d'une chose. En vérité, l'homme extérieur et l'homme intérieur font un seul et même homme qui est à la fois et à chaque instant objet dans le monde et sujet pour lui-même. Cette existence, objective et subjective, double et une à la fois, constitue le paradoxe fondamental de la condition humaine. On peut considérer ce paradoxe comme le fait philosophique par excellence, qui est, a été et sera source d'une e [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages





Écrit par :

Classification


Autres références

«  INTÉRIORITÉ  » est également traité dans :

AFFECTIVITÉ

  • Écrit par 
  • Marc RICHIR
  •  • 12 253 mots

Dans le chapitre « Difficultés du concept »  : […] C'est dans un contexte relativement indécis, aux frontières entre la philosophie et la psychologie, que le terme « affectivité » apparaît dans la seconde moitié du xix e  siècle, avec l'équivoque de désigner tout à la fois le pouvoir d'être affecté et le « système » des « affects », lesquels se distinguent des sensations en tant que celles-ci sont exogènes alors qu'ils sont censés être endogènes. […] Lire la suite

ASSIMILATION & ACCOMMODATION, psychologie

  • Écrit par 
  • Alain DELAUNAY
  •  • 578 mots

La réunion de ces deux notions a été proposée par Jean Piaget pour éclaircir et conceptualiser deux aspects fonctionnels qui caractérisent tous les phénomènes d'adaptation au sens le plus général du terme. Les concepts d'assimilation et d'accommodation sont apparus dans des registres objectifs bien différents. Le premier désigne la propriété qu'a la vie de transformer en ses propres substances des […] Lire la suite

AUTOBIOGRAPHIE

  • Écrit par 
  • Daniel OSTER
  •  • 7 548 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « L'intime »  : […] Peut-être convient-il de s'interroger brièvement sur l'émergence de cette pratique d'une écriture qui fonde sa vérité sur l'exhibition d'un sujet dont elle se donne pour l'épiphanie. Il semble que la valorisation de l' authentique et de l' intime se soit constituée à l'âge classique européen sur la séparation progressive du domaine public et du domaine privé. Ce n'est pourtant pas dans la vogue […] Lire la suite

BALADIER CHARLES (1923-2016)

  • Écrit par 
  • Dominique IOGNA-PRAT
  •  • 724 mots

Né en 1923 à Vitry-sur-Loire (Saône-et-Loire), Charles Baladier est issu d’une très ancienne famille de vignerons bourbonnais qui franchit la Loire pour s’implanter en Bourgogne au début du xix e  siècle. Il se forme à Paray-le-Monial, haut lieu du catholicisme, passe par le petit puis le grand séminaire. En 1953, il obtient, à l’Angelicum de Rome, un doctorat de théologie avec une thèse sur les […] Lire la suite

CONSCIENCE

  • Écrit par 
  • Henri EY
  •  • 10 465 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le sujet, un « milieu » »  : […] Le caractère primordialement subjectif de l'être conscient ne peut suffire à récuser sa réalité, si celle-ci consiste précisément dans cette réalité subjective qui caractérise les real psychic acts (comme le dit le mathématicien H. Weyl) dont se compose son champ d'indétermination. H. Kuhlenbeck, qui ne cesse de se référer aux auteurs mathématiciens et cybernéticiens, a proposé une définition a […] Lire la suite

CONSCIENCE (notions de base)

  • Écrit par 
  • Philippe GRANAROLO
  •  • 2 718 mots

Dans le chapitre « Le sujet cartésien »  : […] Jusqu’ici, c’est la dimension « douloureuse » de la conscience que nous avons évoquée. Elle peut cependant présenter un tout autre visage, celui qu’a dessiné et imposé la philosophie cartésienne. Descartes (1596-1650) est incontournable si nous avons l’intention de nous réconcilier avec la conscience. Qu’est-ce donc que le « cogito » (le « Je pense donc je suis ») cartésien ? C’est la découverte […] Lire la suite

CRITIQUE LITTÉRAIRE

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO, 
  • Antoine COMPAGNON
  •  • 12 910 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Philosophie, morale, littérature »  : […] L'intérêt traditionnel des philosophes pour la littérature s'est pour sa part intensifié mais aussi déplacé vers une saisie plus radicale de la connaissance à l'œuvre dans les textes littéraires. Jean-Louis Chrétien poursuit ainsi ses recherches sur l'intériorité humaine – qui l'ont conduit dans une perspective phénoménologique à de belles analyses de la voix et de la prouesse, de la joie et du […] Lire la suite

CROYANCE

  • Écrit par 
  • Paul RICŒUR
  •  • 12 004 mots

Dans le chapitre « Kant »  : […] La première estimation est l'œuvre de la Critique de la raison pure , dont la tâche est elle-même double : justifier les divers principes de la connaissance et en limiter l'emploi à la sphère de l'expérience ; c'est à ce titre que la croyance est à la fois légitimée et contenue dans les bornes où son usage est valide. À cet égard, le belief humien est soumis à une épreuve critique du point de v […] Lire la suite

CULPABILITÉ

  • Écrit par 
  • Charles BALADIER
  •  • 9 666 mots
  •  • 1 média

Il ne suffit pas, pour faire l'expérience de la culpabilité, de se représenter un de ses propres actes comme ayant transgressé un devoir, une loi, les règles d'un art, des usages. Pour passer de la faute objective à la culpabilité subjective, il faut que celle-là soit intériorisée, selon un processus dans lequel Jean Nabert a vu « l'un des phénomènes les plus mystérieux de la vie morale » et qui […] Lire la suite

CYNISME

  • Écrit par 
  • Henri WETZEL
  •  • 1 368 mots

Dans le chapitre « Une morale de la subversion »  : […] L'assurance du cynique pousse des racines profondes dans l'ascèse – découverte et apprentissage de soi. Celle-ci donne sens à son prosélytisme et efficacité à son opportunisme, et le garantit de la duperie des conventions ; que celles-ci s'installent dans le rapport social ou dans la société que l'on forme avec soi-même. Il est ainsi avéré que la première des règles de vie est la prudence. C'est d […] Lire la suite

ENFANCE (Les connaissances) - La petite enfance

  • Écrit par 
  • Hélène STORK
  •  • 8 691 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Le psychisme postnatal »  : […] Schématiquement, les deux années qui suivent la naissance sont marquées, la première, par le processus de personnalisation, la suivante, par l'émergence de la communication verbale. Le psychisme, durant cette période, se développe à un rythme très rapide, de même que l'organisme. Le poids du cerveau du bébé passe d'environ 340 grammes à la naissance à 1 150 grammes à l'âge de deux ans (pour attei […] Lire la suite

EXISTENCE PHILOSOPHIES DE L'

  • Écrit par 
  • Jean WAHL
  •  • 6 149 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Kierkegaard et son secret »  : […] Si Kierkegaard donne une telle importance à l'existence, c'est qu'il ne cherche pas ce qu'il appelle l'objectivité ; sa pensée est une pensée du subjectif. S'il en est ainsi, c'est qu'il faut expliquer existentiellement la philosophie existentielle de Kierkegaard par sa vie même. Tout le développement ultérieur de cette pensée de l'existence naît de l'atmosphère de secret et de mystère qui était […] Lire la suite

DIALOGUE

  • Écrit par 
  • Françoise ARMENGAUD, 
  • Robert MISRAHI
  •  • 4 420 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une philosophie de la rencontre : Martin Buber »  : […] La doctrine de Buber est une philosophie de la rencontre, une synthèse de l'événement et de l'éternité. Le point de départ de cette pensée est une méditation (faite vers les années 1910) sur le nécessaire renouvellement du judaïsme, sur l'indispensable transformation de la «   religion », s'intériorisant en « religiosité ». Celle-ci découvre la relation personnelle à l' Absolu comme un face à face […] Lire la suite

SENTIMENT

  • Écrit par 
  • Olivier REBOUL
  •  • 3 550 mots

Dans le chapitre « Le sentiment est-il spécifique ? »  : […] Une telle définition ne dit pas si le sentiment existe vraiment comme tel, ou si l'on ne peut pas le réduire à autre chose. C'est ce qu'ont tenté la plupart de ceux qui ont prétendu l'expliquer. Les intellectualistes ramènent ainsi le sentiment à la connaissance. Il n'est, pour Leibniz, qu'une représentation confuse ; ainsi, le plaisir d'entendre la musique n'est que la représentation confuse des […] Lire la suite

JOURNAL INTIME

  • Écrit par 
  • Claude BURGELIN
  •  • 2 330 mots

Dans le chapitre « La parole de l'individu »  : […] Le journal intime devient une forme d'expression littéraire à la fin du xviii e  siècle, en même temps que les autres formes d'écriture autobiographique – comme Les Confessions de Rousseau – et en même temps que commence à se constituer et s'instituer la notion de littérature. Il s'est façonné dans sa diversité à partir d'origines multiples, repérables depuis la Renaissance : la tenue de livres d […] Lire la suite

ILLUMINISME

  • Écrit par 
  • Étienne PERROT
  •  • 4 957 mots

Dans le chapitre « Les précurseurs de l'illuminisme en Europe »  : […] Les illuministes du xviii e siècle ont eu leurs devanciers. Toutefois, c'est moins à un système déterminé qu'il convient de se référer qu'à une attitude d'esprit, à une Weltanschauung dont les éléments décisifs remontent au xvi e siècle. Paracelse (1493-1541) découvre à la Renaissance le naturalisme et la magie. Quand il s'élève contre l'astrologie et l'alchimie, ce n'est point qu'il refuse ce […] Lire la suite

IMMANENCE ET TRANSCENDANCE

  • Écrit par 
  • Robert MISRAHI
  •  • 4 276 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La transcendance intériorisée »  : […] Le mouvement des idées et des sociétés n'a pourtant pas permis à cette haute conscience de se maintenir. La transcendance, comme un refoulé, a tenté d'opérer un retour et de se frayer à nouveau un chemin à travers les conceptions les plus neuves et les plus existentielles de l'immanence. L'exemple de Schopenhauer est à cet égard fort instructif puisque, soucieux de construire une vision du monde […] Lire la suite

KIERKEGAARD SØREN (1813-1855)

  • Écrit par 
  • Jean BRUN
  •  • 3 434 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le paradoxe de la subjectivité »  : […] Kierkegaard est un penseur tragique qui s'oppose aux philosophies systématiques et à un christianisme affadi. Dans l'hégélianisme, qui était à la mode auprès des universitaires et des théologiens danois, il ne trouve que des spéculations sur l'histoire et l'objectivité sans y rencontrer une quelconque approche de la question fondamentale : Qu'est-ce que l'existence personnelle ? Il s'en scandalise […] Lire la suite

L'ESPACE INTÉRIEUR (J.-L. Chrétien) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO
  •  • 1 107 mots

Dans le chapitre « Dans la chambre du cœur »  : […] Une telle dimension responsive de la pensée, présente dans tous les livres d’un philosophe qui est aussi poète, se laissait lire dans son ampleur comme dans son acuité dans le précédent ouvrage de Jean-Louis Chrétien. Les deux tomes de Conscience et roman ( La C onscience au grand jour , 2000, et La C onscience à mi-voix , 2011) avaient magistralement dessiné, autour de la question du monologue […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Étienne BORNE, « INTÉRIORITÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/interiorite/