INSTRUMENTS DE MUSIQUEFacture instrumentale

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Les instruments à cordes (cordophones)

Les cordes frottées : le violon

Aboutissement d'une longue évolution, le violon sert de modèle à la construction des autres instruments à archet : l'alto (qui est le fidèle agrandissement du violon), le violoncelle et la contrebasse ; seules les proportions diffèrent. Le violon est composé de 69 à 71 pièces : le fond, la table, les coins et les tasseaux, les éclisses et les contre-éclisses, l'âme, la barre, les filets, le manche, la touche, le cordier et son attache, le bouton, les chevilles, le chevalet et les cordes, la plupart de ces parties étant elles-mêmes formées de plusieurs pièces. Les bois de lutherie appartiennent à trois essences principales – l'érable, le sapin et l'ébène – choisies en fonction de leurs diverses propriétés, comme la malléabilité, l'élasticité, la densité ou la résistance à la déformation. L'érable est utilisé pour le fond, les éclisses, le chevalet et le manche, ce dernier pouvant être aussi en poirier. Le sapin – surtout l'épicéa – sert à fabriquer la table, la barre, les coins, les tasseaux, les contre-éclisses et l'âme. La qualité du sapin employé pour la table est primordiale. L'ébène, enfin, fournit la touche, les filets, les chevilles, le cordier et le bouton. Les filets peuvent être également en alisier teinté ou en poirier, les chevilles en buis, en palissandre ou dans un autre bois dur homogène. Les bois doivent avoir été coupés selon des règles bien précises (il faut, par exemple, pratiquer une coupe radiale pour le bois de la table) et avoir séché pendant une durée de sept ou huit ans au minimum. Les différentes parties de l'instrument sont fabriquées à partir de planchettes de deux millimètres d'épaisseur, appelées modèles, qui reproduisent les contours de ces parties. Pour préparer le fond et la table, le luthier taille la voûte dans la masse du bois avec des gouges en acier, de petits rabots en fer, des racloirs (qui sont des feuilles d'acier fin) et des canifs. Après avoir terminé la forme extérieure, il vide la table et le fond et leur donne les épaisseurs voulues en contrôlant avec le compas d'épaisseur. Il trace ensuite des rainures sur les bords du fond et de la table et y incruste des filets en bois, afin de les consolider. Il utilise alors le moule, planche de bois ayant la forme intérieure du violon. Avec un peu de colle, il fixe les tasseaux au moule et dispose tout autour de ce dernier les éclisses qui ont été courbées au fer chaud. Il colle le fond puis, après avoir retiré le moule, il colle la table percée d'ouïes et sous laquelle est fixée la barre, dans le sens de la longueur. Il enclave le manche sculpté, le colle et, avec la lousse, il donne aux trous des chevilles et du bouton leur forme conique. Après avoir nettoyé et poli l'extérieur de l'instrument avec des racloirs et du papier de verre, il procède à l'application du vernis. Le vernis est une protection et une parure ; il doit être suffisamment résistant, mais pas trop dur toutefois, car l'instrument perdrait en sonorité. Certains, convaincus que la sonorité des Stradivarius est due principalement à leur vernis, ont cherché à découvrir le « secret » du luthier italien. Il semble cependant plus raisonnable de penser que la sonorité dépend avant tout du choix des bois et de leur forme, le vernis n'ayant une influence que sur la masse volumique, l'amortissement ou les paramètres élastiques du bois des tables. Certains violons anciens comportent des décorations gravées ou marquetées sur les éclisses, les côtés du chevillier et la volute (parfois remplacée par une tête sculptée d'homme ou d'animal). D'autres violons sont décorés d'armoiries ou de paysages peints. La plus illustre école italienne de lutherie est celle de Crémone avec les Amati, les Stradivari, les Guarneri, C. Bergonzi et L. Guadagnini. Sont également célèbres les écoles de Brescia avec Gasparo da Salò, G. P. Maggini, Venise avec F. Gobetti, D. Montagnana et Serafino Santo, et Naples avec N. et G. Gagliano. En France, l'on trouve notamment J. B. Vuillaume, en Angleterre B. Banks, en Allemagne les Klotz et en Autriche J. Stainer. Parmi les luthiers français du xxe siècle, il faut mentionner Paul Kaul, Marcel et Étienne Vatelot. Il ne suffit pas au luthier de savoir construire un instrument neuf ; il doit aussi savoir réparer les instruments anciens, en corriger les proportions, rectifier le chevalet ou le renversement de la touche, recoller certaines pièces, rebarrer l'instrument.

Les cordes du violon sont en boyau ou en métal. Leur fréquence est directement proportionnelle à la racine carrée de la tension, et inversement proportionnelle au diamètre, à la longueur et à la racine carrée de la densité. Une corde doit être, sur toute sa longueur, cylindrique, de même diamètre, élastique et d'une souplesse régulière. Au début, les luthiers s'occupaient eux-mêmes de la fabrication des cordes, mais cette activité est devenue peu à peu indépendante.

Tout travail qui demande une appréciation quasi intuitive des matériaux et de leur mise en œuvre, qui touche à l'art, ne peut être industrialisé sans perte de qualité. Un exemple : l'archet. Il est composé d'une baguette et d'une mèche. La baguette, octogonale ou ronde, est faite de bois de Pernambouc, léger, résistant et flexible. Après avoir taillé et façonné la baguette, on en courbe le bois en le chauffant sur le feu. On fabrique ensuite la tête que l'on recouvre, sur la mortaise, d'une plaquette d'ivoire. On monte la hausse (en ébène, en écaille, parfois en ivoire ou enrichie de métaux précieux) et la garniture de crins qui forme la mèche, puis on corrige l'épaisseur du bois et la courbure. Comme le luthier, le facteur d'archets se sert de modèles faits dans des planchettes de bois dur de deux à trois millimètres d'épaisseur. Jusque dans la seconde moitié du xviiie siècle, ce sont les luthiers eux-mêmes qui fabriquent les archets. Par la suite, il existera des archetiers spécialisés comme F. Lupot, F.-N. Voirin, A.-J. et A. Lamy, D. et F. Peccatte et E.-N. Sartory en France, E. et J. Dodd et J. Tubb en Angleterre, L.-C. Bausch, J.-C. Süss et A. Rau en Allemagne. L'archet de l'alto est plus court et plus lourd que celui du violon, et l'archet du violoncelle plus court et plus lourd que celui de l'alto. Il existe plusieurs types d'archets de contrebasse : arqués, rectilignes ou concaves.

Les caractéristiques des archets ont beaucoup varié selon les époques, les écoles et elles évoluent encore. Selon la demande de la musique, il a fallu des baguettes convexes et souples, ou bien longues, droites, effilées et relativement raides, ou encore, comme de nos jours pour le violon moderne, concaves, réunissant des qualités contradictoires de solidité, de fermeté, de souplesse et de légèreté. Depuis le xviiie siècle, un dispositif à vis inclus dans la hausse permet de r [...]

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Instruments de musique : matériaux utilisés dans la fabrication

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Guitare classique : exemple sonore (1)

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Portrait de Juliette de Villeneuve, J. L. David

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Clavecin Ruckers

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Écrit par :

  • : agent général pour la France des pianos Bösendorfer, expert et conseiller technique auprès du Conservatoire national de musique de Paris, membre de l'Association française des accordeurs-réparateurs de piano
  • : professeur à l'université de Lyon-II-Lumière

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Pour citer l’article

Daniel MAGNE, Anne PENESCO, « INSTRUMENTS DE MUSIQUE - Facture instrumentale », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/instruments-de-musique-facture-instrumentale/