INSTITUT NATIONAL D'HISTOIRE DE L'ART (INHA)

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Définir un projet

Le besoin d’un institut consacré à l’histoire de l’art, discipline encore jeune en France – la première chaire universitaire d’histoire de l’art n’y fut créée qu’en 1899 – se fait jour au début des années 1970. C’est à partir du constat que, au contraire des autres grandes nations, la France est dépourvue d’un tel équipement, que l’historien de l’art Jacques Thuillier en préconise la création dans une note confidentielle de juin 1973 au président de la République Georges Pompidou. Il s’agirait de créer un « Institut de recherche » en histoire de l’art, associé à une photothèque et à une bibliothèque constituée par la fusion de la bibliothèque de l’École nationale supérieure des beaux-arts et de la bibliothèque d’Art et d’Archéologie (BAA), créée par le mécène Jacques Doucet au début du xxe siècle et léguée par celui-ci à l’université de Paris en 1917. La mort de Georges Pompidou, quelques mois plus tard, empêche que ces préconisations connaissent un développement, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand.

En 1983, l’historien de l’art André Chastel, collègue de Thuillier au Collège de France, est chargé d’un rapport sur la « création d’un Institut national d’histoire de l’art » – où seraient réunis bibliothèques, documents, archives – en mesure d’accueillir les chercheurs et les étudiants, de développer la discipline et d’en diffuser les résultats, en France comme à l’étranger. Il en voit la nécessité dans « un regain d’intérêt vers l’art et son histoire » et dans une perspective principalement nationale, celle où un lieu « de rencontre et de liaisons » – une « maison » – viendrait pallier « la négligence de domaines entiers de l’art français ». Chastel fixe l’aboutissement de ce projet à 1989 et une association intitulée « Institut national d’histoire de l’art » voit effectivement le jour en 1986, sous la présidence de l’historien de l’art Antoine Schnapper. Se heurtant à de fortes résistances administratives, l’association est dissoute en 1990, avant que, l’année suivante, la décision de transférer les collections des imprimés de la Bibliothèque nationale sur le nouveau site Tolbiac fasse ressurgir l’idée d’un « grand centre d’histoire de l’art » qui s’installerait dans les locaux ainsi libérés, au côté d’une « bibliothèque nationale des arts », prévue par un rapport du conservateur des bibliothèques Michel Melot.

Jack Lang et Lionel Jospin, respectivement ministres de la Culture et de l’Éducation nationale, confient alors au linguiste et historien de l’art Pierre Encrevé, assisté d’Emmanuel Hoog, la rédaction d’un nouveau rapport sur la création d’un « Institut international d’histoire des arts ». Si les lacunes spécifiquement françaises y sont encore soulignées – et pour la première fois celle de la séparation structurelle entre le corps des conservateurs de musées et celui des enseignants universitaires –, le nom du projet signale un changement de perspective : il ne s’agit plus de défendre seulement l’histoire de l’art français mais l’histoire de tous les arts, quels qu’en soient les sujets (y compris donc l’histoire du spectacle vivant, de la musique et du cinéma) et les aires culturelles de production. Un nouveau rapport sur la création d’une « Bibliothèque nationale des arts » est parallèlement confié à l’économiste de la culture Françoise Benhamou, qui préconise le rassemblement sur le même site (Richelieu) des bibliothèques déjà citées par Thuillier, augmentées de la Bibliothèque centrale des musées nationaux (BCMN), gérée par le musée du Louvre, et de celle de l’École nationale des chartes – dès le printemps 1993, les collections de la BAA déménagent d’ailleurs sur le site Richelieu, s’installant provisoirement en salle Ovale. Il est alors envisagé que ces deux ensembles, rejoints par l’École nationale du patrimoine nouvellement créée, constituent sur le site Richelieu un « Centre international d’histoire des arts et du patrimoine ». Jack Lang, entre-temps devenu ministre à la fois de l’Éducation nationale et de la Culture, fait immédiatement rédiger le décret de mise en œuvre, mais le Conseil d’État, consulté par principe, estime que la création d’un nouvel [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art, École normale supérieure de Lyon, directeur de l'Institut national d'histoire de l'art, Paris

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CHASTEL ANDRÉ (1912-1990)

  • Écrit par 
  • Jean GUILLAUME
  •  • 1 362 mots

Dans le chapitre « Des exigences nouvelles »  : […] Les travaux scientifiques d'André Chastel lui ont valu une célébrité nationale et internationale dont témoignent, entre autres, son élection à l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres) en 1975, l'invitation qui lui fut faite de donner à Washington les Mellon Lectures de 1977 (d'où est issu Le Sac de Rome , 1984) ou sa nomination à la présidence du Centro internazionale di studi di a […] Lire la suite

Pour citer l’article

Éric de CHASSEY, « INSTITUT NATIONAL D'HISTOIRE DE L'ART (INHA) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/institut-national-d-histoire-de-l-art-inha/