INSTINCT

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Les stéréotypes comportementaux

Réaumur et les grands naturalistes du xviiie siècle ont jeté les bases de l'observation des animaux, et particulièrement des insectes. L'éthologie contemporaine diffère essentiellement de leurs travaux par l'élaboration d'une hypothèse fondamentale concernant les actes instinctifs.

En 1898, Charles Otis Whitman remarqua que les pigeons exécutaient des mouvements caractéristiques qui différaient d'une espèce à l'autre et semblaient déterminés exclusivement par des facteurs d'ordre interne. Il qualifia ceux-ci de « mouvements endogènes » et put établir que ces formes spécifiques de conduite présentaient une constance comparable à celle des caractères morphologiques classiquement utilisés par les systématiciens.

Cette découverte attribuait une place importante aux stéréotypes comportementaux dans la phylogénie et permettait de les utiliser comme de véritables critères taxinomiques. Whitman estimait que les instincts, au même titre que les organes essentiels étaient peu nombreux et possédaient une structure uniforme. En 1910, O. Heinroth fit, indépendamment de Whitman, des observations semblables sur des canards et des oies, et démontra l'existence, au niveau des comportements, d'homologies en tout point comparables à celles qui s'observent dans les caractères morphologiques. Il revint à W. Craig de montrer, en 1918, que les mouvements endogènes sont des actes consommatoires qui ne surviennent qu'au terme d'une période plus ou moins longue, dite phase appétitive, dont la durée dépend des stimuli présents dans le milieu. L'animal manifeste une agitation caractéristique tant que le stimulus favorable recherché se fait attendre ou qu'intervient un stimulus déterminant l'aversion. La découverte du premier permet l'exécution de l'acte consommatoire, lequel est suivi d'un relâchement : le même relâchement s'observe après la disparition du stimulus négatif.

Whitman et Heinroth, ces deux zoologistes qui, comme le remarque Lorenz, « eurent la chance d'ignorer la grande bataille qui se livrait entre mécanistes [...]


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Écrit par :

  • : professeur honoraire à l'université de Louvain, membre de l'Académie royale des sciences et de l'Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, membre correspondant du Muséum national d'histoire naturelle de Paris

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Pour citer l’article

Georges THINÈS, « INSTINCT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/instinct/