INFLATION

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La politique monétaire et le contrôle de l'inflation

En proposant une modernisation de la théorie quantitative de la monnaie, le monétarisme a imposé l'idée que « l'inflation est toujours et partout un phénomène d'origine monétaire », selon l'expression de Milton Friedman. Bien que remise en cause depuis lors par plusieurs développements théoriques, cette conviction est le fondement des politiques monétaires de lutte contre l'inflation. Elle constitue aussi la justification essentielle à l'octroi de l'indépendance aux banques centrales, qui a marqué les deux dernières décennies dans la plupart des pays, et plus qu'ailleurs en Europe, avec la création de la monnaie unique européenne, l'euro, et l'institution de la Banque centrale européenne (B.C.E.).

Les coûts de l'inflation

Avant même d'évoquer les politiques de lutte contre l'inflation, il convient de s'interroger sur les coûts de cette dernière : après tout, si l'on adhère à l'hypothèse classique de la « monnaie-voile », sans effets réels sur l'économie, il semblerait que l'inflation elle-même, étant un phénomène purement nominal, soit sans coût, donc parfaitement bénigne. Mais alors pourquoi se donner la peine de lutter contre elle ?

Les analyses monétaristes ont longtemps proposé des explications peu convaincantes : ainsi Milton Friedman situait-il, dans les années 1950, les coûts de l'inflation dans « l'usure des chaussures » qu'engendrait la nécessité de se rendre plus souvent à sa banque ! Mais aujourd'hui, cela semble bien dérisoire, et probablement dépassé à l'ère de la monnaie dématérialisée et des moyens de paiement électroniques. Par ailleurs, il est aussi apparu que l'inflation, du moins lorsqu'elle demeure modérée, présente des avantages. Elle constitue, en effet, un « lubrifiant » des ajustements économiques qui sont, en permanence, nécessaires dans une économie caractérisée par la croissance et le progrès technique, en facilitant les modifications de prix relatifs : lorsque certains doivent baisser, il n'est pas nécessaire que le niveau absolu du prix correspondant baisse, ce qui rend les ajustements plus indolores.

N'y aurait-il pas de coût ? En réalité, l'inflation tend à engendrer des redistributions de revenu et de richesse – entre créanciers et débiteurs, entre titulaires de revenus nominaux fixes et ceux qui peuvent répercuter l'inflation dans leurs coûts, etc. ; certes, dès lors que l'inflation est modérée et prévisible, ces effets peuvent être gérés facilement à l'aide de mécanismes d'indexation simples. Cependant, tous ces efforts déployés par les uns et les autres pour se couvrir contre les dangers de l'inflation ont un coût économique, notamment sur les marchés financiers. Et ces coûts sont d'autant plus élevés que l'inflation est elle-même forte et imprévisible.

Or on peut s'interroger sur la possibilité de maintenir durablement le taux d'inflation à un niveau modéré. Et le principal coût de l'inflation apparaît bien là : c'est le risque de perte de contrôle, avec pour corollaire la perte de confiance des usagers dans la monnaie nationale, comme le montrent les nombreux épisodes d'hyperinflation.

Le contrôle de la masse monétaire

Au cours des décennies d'après-guerre, la politique anti-inflationniste était associée à l'ensemble des actions publiques de régulation conjoncturelle, et menée, comme elles, par les gouvernements nationaux à l'aide d'une panoplie d'instruments d'intervention, certains devant agir sur la demande, telles les politiques budgétaires et fiscales et les politiques monétaires, d'autres portant plus directement sur les évolutions nominales, telles les politiques des revenus et, dans les cas les plus difficiles, le contrôle direct, voire le blocage des prix. Mais là encore, le relatif échec de ces politiques dans les années 1970 dans la plupart des pays contribua beaucoup à leur discrédit, alors que les préceptes monétaristes apparaissaient au contraire comme à la fois simples et efficaces : de tous les grands pays développés, en effet, c'est en Allemagne, là où précisément était ostensiblement mise en œuvre une stratégie monétariste, que l'inflation était la plus basse et le taux de chômage le plus faible. Il est vrai que l'on eût pu tout aussi bien imputer, avec quelque plausibilité, cette réussite à l'exemplarité des relations sociales dans le modèle allemand de cogestion et « d'action concertée ». Mais, dans un souci d'émulation et d'imitation, c'est bien l [...]

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  • : professeur des Universités à l'université de Pau et des pays de l'Adour

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Pour citer l’article

Jacques LE CACHEUX, « INFLATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/inflation/